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Crise politique

Entre alliance avec Macron et opposition franche : l’avenir des Républicains en suspens

Affaiblis suite à la dernière séquence électorale, Les Républicains hésitent quant à l’attitude à adopter à l’Assemblée nationale et vis-à-vis de la majorité présidentielle. Alors que la campagne pour la présidence du parti a débuté en vue du congrès prévu en décembre, certaines voix prétendent que les députés voteront les motions de censure, une fois que le parti sera renforcé.

lundi 31 octobre

Crédit photo : CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

Indécis quant à l’attitude à adopter l’Assemblée nationale dans le contexte de majorité relative du gouvernement Borne, les Républicains s’interrogent sur leur avenir politique. Alors que le parti doit tenir un congrès début décembre, les trois candidats à la présidence de l’organisation, Bruno Retailleau, Aurélien Pradié et Eric Ciotti se sont relayés dans les médias ces derniers jours pour présenter leur projet pour la droite.

Les propositions des trois hommes divergent, entre Retailleau voulant s’attaquer au « parti de la déconstruction », Aurélien Pradié appelant au retour de la « droite populaire », et Eric Ciotti souhaitant faire primer l’aile droite du parti et d’ores et déjà faire de Laurent Wauquiez son candidat pour 2027.

Tous cependant s’accordent sur l’impasse actuelle de leur parti, et la nécessité d’apparaitre comme distincts d’Emmanuel Macron et de la majorité gouvernementale. Cette convergence se matérialise par une forte opposition à l’égard de Nicolas Sarkozy, après que l’ancien président de la République et dirigeant de la droite n’ait pas soutenu Valérie Pécresse à l’élection présidentielle, avant appelé son parti à « franchir le rubicon » et à s’allier avec Emmanuel Macron. A cet égard, Aurélien Pradié revendiquait même ce dimanche son éloignement de Nicolas Sarkozy, estimant : « Des trois candidats à la présidence LR, je suis le seul à pouvoir tourner cette page, parce que je n’ai pas été un obligé de Nicolas Sarkozy, et jamais un de ses adversaires ».

Une animosité importante à l’égard de leur ancien leader qui illustre la crise que traverse les Républicains. Étouffés depuis plusieurs années entre Macron d’un côté et Marine Le pen, et désormais aussi Eric Zemmour de l’autre, la situation de majorité relative à l’Assemblée nationale renouvelle les difficultés de leur parti.

Au cours de la semaine dernière Emmanuel Macron a en effet pressé les Républicains de s’allier à la majorité dans un discours clairement adressé à la droite. En parallèle, Marine Le Pen a contre toute attente voté la motion de censure proposée par la NUPES, afin de mieux faire apparaitre Les Républicains, qui se sont abstenus, comme des soutiens de la majorité. Jean-Luc Mélenchon n’a pas manqué de faire remarquer ce dernier aspect, en évoquant la « larbinisation » de LR.

La dernière séquence a ainsi mis en évidence le problème posé pour LR : comment apparaitre comme une opposition ferme à Macron tout en apparaissant responsables vis-à-vis de leur base électorale et en se démarquant de Marine Le Pen. Face à cette situation, les hiérarques du parti hésitent. Après avoir assuré que, tôt ou tard, les Républicains devront déposer une motion de censure, Bruno Retailleau, par ailleurs président du groupe LR au Sénat, a hier proposé l’explication suivante au Journal du Dimanche : « Quand nous déposerons une motion de censure, le gouvernement tombera. Mais ce sera en fonction de notre calendrier, car soyons lucides : nous ne sommes pas prêts à gouverner. Nous devons d’abord nous refonder, c’est le sens de ma candidature ». Cette déclaration fait écho aux dires du vice-président de LR Gilles Platret, pour qui le parti doit sortir de l’entre-deux, et, soit former une coalition avec le camp macroniste, soit voter les motions de censure, pour ainsi faire chuter le gouvernement.

Dans les faits cette perspective ne semble pas immédiate, comme en témoigne les multiples précautions apportées par Retailleau, lequel estime même que la perspective des élections de 2027 ne doit pas être envisagée avant d’avoir renforcé le parti au cours des deux années qui viennent. Une dissolution qui adviendrait suite à une mise en minorité du gouvernement menacerait en effet les LR de perdre davantage de députés, sans compter sur les risques d’instabilité que pourrait provoquer une crise institutionnelle dans cette période d’inflation et de tensions sociales latentes, tensions que la droite souhaite naturellement éviter.

Pour autant, compte tenu de l’hostilité à Macron affichée des trois candidats à la présidence du parti, l’issue du Congrès de LR sera suivie de près par l’exécutif. Alors que le recours répété au 49.3 illustre la difficulté du gouvernement à dégager des majorités à l’Assemblée nationale, une opposition plus franche de la droite pourrait encore renforcer sa fragilité. Sans présager de la suite de la stratégie adoptée par les Républicains, une chose est sûre : la crise politique dans laquelle est empêtrée la macronie n’est pas prête de se résoudre.



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