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Du Pain et des Roses

François I et son « Pardon » aux repenties de l’avortement

Entre avortement et intégrisme religieux, le cœur du Pape balance… Le nôtre pas !

Aglaé Martin Ce mardi 1er septembre, le Pape publiait une lettre de « Rencontre avec la miséricorde », annonçant notamment la possibilité pour les prêtres de pardonner ce « mal très grave » que constitue l’avortement. A condition, bien sûr, que la pécheresse s’en repente au plus profond de son « cœur sincère ». Gerbant.

vendredi 4 septembre 2015

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Pardonner le « péché d’avortement » pour sauver l’essentiel : l’allégeance à la Sainte Morale{{}}

Passons rapidement sur le fait que cette confession pouvait déjà être pratiquée par les prêtres autorisés par l’Evêque de leur Diocèse, ce qui fait déjà perdre un peu de son utilité à cette sainte note. En plus d’avoir le « cœur sincère », pour recevoir la grâce de Dieu, les candidates au « Pardon » avec un grand P devront également effectuer un « pèlerinage jusqu’à la Sainte-Porte, […] comme signe du désir profond d’une authentique reconversion. » Dans le droit canonique actuel, datant de 1983 – car la modernité de l’Eglise ne se manifeste pas plus profondément que dans le compte twitter du Pape François – le « péché » d’avortement est puni d’excommunication. Depuis mardi dernier, la punition est l’entrée forcée dans la Sainte-Morale.

Que sait-il de la condition des femmes pour leur dicter leur conduite ?

Et notre cher Pape François ne se gêne pas pour déclarer qu’il « [connaît] bien les conditionnements qui les ont conduites à cette décision. » Ah bon ? Parce qu’en sa qualité de Patriarche de l’Eglise il « connaît bien » ce que signifie être femme dans notre société ? Il connaît la pression à se « réaliser en tant que femme » en devenant mère ? Il connaît les salaires de 26% inférieurs à nos collègues hommes ? Nos conditions de vie et de travail globalement plus précaires ? Les violences morales, physiques, sexuelles, jusqu’aux féminicides, aux viols ?

Et sait-il que durant le lapse de temps que représente son « Année de la miséricorde », également annoncée dans sa lettre et qui commencera le 8 décembre prochain, ce sont 42 millions de femmes qui auront recours à l’avortement dans le monde, selon les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), dont la moitié d’avortements illégaux, à la suite desquels environ 70 milles femmes périront d’infections généralisées, de lésions et d’hémorragies, de perforations ou déchirures utérines ? Car pendant qu’il déblatère du haut de sa chaise dorée, condamnant une fois de plus l’acte d’avortement, ce sont 70 mille femmes par an, assassinées par l’interdiction de l’avortement, qui ne pourront même pas prétendre prouver la « sincérité » de leur « cœur repentant ».

Un intégrisme bon teint à qui ni les liens avec l’extrême droite négationniste ni le soutien à une junte militaire ne font peur{{}}

Et puisque la honte n’a pas de limite, c’est dans ce même texte que, prenant la suite de son prédécesseur Benoît XVI, il fait un pas de plus vers la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), l’aile « traditionnaliste » (comme ils aiment à s’appeler) des catholiques, en froid avec le Pape et l’Eglise depuis 1975. Manifestement reliée à l’extrême-droite politique en France et en Belgique, la FSSPX s’est par exemple fait connaître par les propos négationnistes de l’un de ses Evêques en 2008, ou la protection de Paul Touvier, fonctionnaire de police collaborationniste lors de la Seconde Guerre mondiale. Entre autres choses, cette « Fraternité » refuse la liberté de religion - droit à exercer la religion que l’on veut ou aucune religion -, et, bien sûr, l’avortement. Eh oui, car l’Eglise catholique aussi a son aile intégriste…

Souvenons-nous maintenant des propos du même François en janvier dernier, quand il déclarait que les « bons catholiques » ne devaient pas « se comporter comme des lapins » en ayant pléthore d’enfants, tout en s’affirmant, une fois n’est pas coutume, contre l’utilisation des préservatifs et le contrôle « artificiel » des naissances, et, forcément, l’éternelle « théorie du genre ». Soufflons un peu. Il faudrait donc, selon notre supposé abstinent, incarner le rôle qui nous a été imposé en tant que femme, et homme, avoir des rapports sexuels non-protégés, mais pas trop d’enfants, et, surtout(!) ne pas songer à cet acte maléfique qu’est l’avortement. Peut-être a-t-il beaucoup d’humour finalement…

En tout cas, s’il est ironique pour un Pape fortement suspecté d’avoir collaboré avec la junte militaire lors de la dictature argentine - responsable de dizaines de milliers de morts ou « disparus », et 300 bébés enlevés à leurs parents pour être placés à des familles proches du pouvoir - de sembler se préoccuper de ces potentielles vies, et au détriment de vies bien réelles, il ne nous y trompe pas.

Ni l’Eglise ni les Etats ne réglementeront nos vies et nos choix

L’Eglise, alliée indispensable des gouvernements et Etats qui continuent d’interdire l’interruption volontaire de grossesse (IVG) ne se préoccupe en aucun cas de la discrimination engendrée par l’avortement clandestin, entre celles qui peuvent accéder à des instituts privés ou voyager dans un pays où l’avortement est légal, et les femmes de notre classe qui meurent par milliers des pratiques insalubres. Que ces gouverneurs religieux ou politiques se gardent bien de vouloir règlementer nos vies et nos corps, car notre nombre dépasse celui de leur clique patriarcale. Mon corps, mon choix !