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Jeunesse

#LaPrécaritéTue

Entre études et petits boulots, le calvaire de Léa, « envahie par un mélange de haine et de désespoir »

Le témoignage de Léa* fait écho à la souffrance que vivent de nombreux jeunes plongés dans la précarité et parfois obligés de choisir, malgré efforts et sacrifices, entre leurs études et des boulots mal payés. L'avenir peut alors se montrer sombre, à moins d'une réponse collective qui commence à pointer son nez au sein de la jeunesse et que nous ne pouvons qu'encourager.

jeudi 21 novembre

*Le prénom a été modifié afin de préserver l’anonymat

Je quitte le domicile de mes parents à tout juste 17 ans pour entreprendre des études à l’université. Boursière à l’échelon le plus haut, le CROUS me verse environ 550 euros par mois, auxquels s’ajoutent 200 euros d’APL. Avec ces 750 euros mensuels, je me situe bien en-dessous du seuil de pauvreté, et pourtant je ne fais pas partie des plus pauvres (je pense aux étudiant.e.s qui ne bénéficient pas de bourses car juste à la limite, ou à celles et ceux qui touchent seulement 100 euros par mois). Par ailleurs, mes parents ont eux-mêmes des difficultés financières et ne peuvent donc pas m’aider ; je leur verse même une partie de ma bourse pour participer aux frais de leur foyer. Avec ce qu’il reste, je dois donc payer mon loyer, mes factures (électricité, Internet, etc.), l’assurance de mon logement, ma nourriture, mes déplacements, des frais importants de santé (environ 150 euros par mois), ainsi que toutes les autres dépenses imprévues que l’on peut imaginer. Mais ce n’est pas tout, il faut également que je mette de l’argent de côté pour pouvoir payer au minimum mon loyer pendant les mois de juillet et août, durant lesquels je ne perçois pas la bourse du CROUS.

Comme ça ne suffit évidemment pas, je commence à travailler. Autant dire qu’à 17 ans on ne trouve quasiment pas de travail, si ce n’est quelques heures à droite à gauche de baby-sitting ou de cours particuliers au black, mal rémunérées. Malgré ce petit complément de revenus, je dois continuer à me serrer la ceinture pour ne pas finir les mois à découvert. Les premières dépenses qui en sont affectées sont les dépenses liées à la nourriture : acheter toujours moins à manger, ou de mauvaise qualité, sauter des repas pour économiser, ce qui nuit directement à ma santé.

J’enchaîne les petits jobs : 8 en 3 ans et demi d’études. Bien sûr, les seuls emplois qui me sont proposés sont rémunérés au SMIC (et encore, j’obtiens un job dans l’animation pour 1/3 de SMIC), peu stables mais impliquant malgré ça une forte charge de travail et/ou des responsabilités importantes. Je suis souvent payée en retard. Je suis exploitée en particulier par un patron odieux, qui profite du fait que je sois dans la nécessité pour me faire faire des heures supplémentaires non rémunérées, n’hésitant pas à sortir du cadre de la légalité. Je ne peux en effet pas vraiment chercher un autre emploi, car je ne peux pas me permettre de passer ne serait-ce qu’une courte période sans salaire.

En L3, je vais en cours du lundi au vendredi, et je travaille le samedi et le dimanche. Je m’en sors enfin financièrement mais je n’ai plus aucun jour de repos. Je ne fais plus qu’enchaîner les heures de cours et de travail, et cette fois-ci c’est mon repos et mon sommeil qui en pâtissent, ce qui nuit encore une fois directement à ma santé physique et mentale.

Magré ça, je valide ma Licence avec mention Très Bien. Puis, avec un dossier solide, je me vois refuser l’entrée en Master. Avec l’instauration de la sélection entre L3 et M1, de nombreux.ses étudiant.e.s comme moi se retrouvent sans rien, après avoir donné tout leur temps, leur énergie et leur force de travail afin d’être en mesure de poursuivre leurs études. La haine et le dégoût montent, avec le sentiment d’avoir fait tout ça pour rien.

Je décide de ne pas lâcher l’affaire, je fais un recours et découvre à l’origine de mon éviction un document dans mon dossier perdu par l’administration de mon université. A force de creuser et d’insister, je finis par obtenir ma place en Master. Les cours ont déjà commencé, je fais donc ma rentrée après tout le monde et démarre avec un train de retard. Seulement, j’ai obtenu un nouveau job un mois auparavant, en 24 heures/semaine. 24 heures auxquelles doivent maintenant s’ajouter les heures de cours, ainsi que les heures de travail personnel liées notamment à la rédaction du mémoire de M1. Impossible pour moi donc d’assister à tous les cours. Impossible également de quitter mon travail pour trouver quelque chose qui me demande moins d’heures, car je ne peux toujours pas me permettre de passer un mois ou deux sans salaire, et que je n’ai de surcroît absolument pas le temps de passer des entretiens d’embauche par dizaines.

Je demande à plusieurs professeurs s’il est possible d’obtenir une dispense d’assiduité pour certains TD auxquels je ne peux pas toujours assister car je travaille sur ces créneaux. En revanche, je m’engage à fournir des justificatifs, à rattraper tous les cours de mon côté, à me présenter aux examens et à fournir le travail personnel exigé. Je leur explique ma situation, et tous refusent. Ils font remonter mes absences auprès de l’administration, qui menace de les faire remonter auprès du CROUS. Le CROUS pourra alors non seulement cesser de me verser la bourse, mais également me demander de rembourser les sommes déjà perçues cette année.

Aujourd’hui, je décide donc de laisser tomber et d’arrêter mes études car je n’ai ni les moyens de poursuivre mes études sans bénéficier de la bourse, ni les moyens de rembourser ce dont j’ai déjà bénéficié. Je décide de témoigner car je me sens envahie par un mélange âpre de haine et de désespoir. Je n’ai plus aucune ressource pour faire face, et je n’ai plus aucune envie de faire partie de ce système qui me dégoûte. Tout est fait pour que moi ainsi que mes camarades précaires, nous ne réussissions pas dans les études supérieures.

Tu vis ces situations ? connais ces angoisses ? Endettement étudiant, problèmes de logement, boulots précaires, pression scolaire ? Envoie ton témoignage, à l’écrit, en vidéo, en dessin ou en musique à siterevolutionpermanente@gmail.com, pour ne plus passer ces situations sous silence et commencer à préparer une réponse collective !

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Après le drame de l'étudiant de 22 ans qui s'est immolé par le feu pour dénoncer la précarité, le mouvement étudiant refait surface. Cette détresse n'est pas isolée, la précarité chez les étudiants existe bel et bien. 😠 Révolution Permanente lance une campagne de témoignages contre la précarité étudiante ! 👊 Endettement ? Problèmes de logement ? Boulots précaires ? Pression scolaire ? Envoie ton témoignage à l'écrit, en vidéo, en dessin ou en musique (ou autre) à siterevolutionpermanente@gmail.com Pour ne plus passer sous silence et commencer à préparer une réponse collective ! . #laprecaritétue #burnout #jeunesse #précarité #precaritemenstruelle #suicide #temoignage #etudiant #metroboulotdodo #metroboulotcaveau

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