Des mobilisations massives Outre-Rhin

Entretien. Fridays for Future en Allemagne

Entretien. Fridays for Future en Allemagne

Le mouvement de la jeunesse pour le climat est particulièrement important en Allemagne, où chaque manifestation réunit plusieurs centaines de milliers de personnes. Dans cet entretien avec Yunus et Andrés, militants de la Revolutionäre Internationalistische Organisation (RIO), RP Dimanche revient sur la mobilisation de Fridays for Futur outre-Rhin, le rôle de la jeunesse et de la bureaucratie syndicale.

[Crédit photo : www.klassegegenklasse.org]

Les militants de RIO animent le journal Klasse gegen Klasse, qui appartient au réseau international de quotidiens en ligne en sept langues LaIzquierdaDiario dont fait partie Révolution Permanente.

RPD : Pour commencer, je voudrais te demander de nous parler de la chronologie du mouvement Fridays for Future en Allemagne (FFF) : quand et comment le mouvement a-t-il commencé ? Quelles structures y avait-il à ce moment-là ? Quand ont eu lieu les premières manifestations ?

Le mouvement FFF en Allemagne s’est formé, comme dans beaucoup d’autres pays d’Europe, après l’action de l’activiste climatique Greta Thunberg en août 2018 devant le bâtiment du parlement suédois. En Allemagne, les premières manifestations ont eu lieu en décembre 2018. Les initiateur·trice·s du mouvement étaient en majorité des activistes écologistes plus âgé·e·s, membres du parti des Verts et de beaucoup d’autres ONG. Les forces de gauche plus radicale ont aussi participé aux manifestations, cependant elles n’ont réussi qu’à peu d’endroits à y jouer un rôle de premier plan.

Dès février 2019, il existait 155 groupes locaux dans lesquels en majorité des lycéen·ne·s s’organisaient. 300 000 personnes ont participé à la première journée de manifestation mondiale du mouvement FFF le 15 mars, une des plus grosses mobilisations depuis quelques années. Mais ce n’était rien par rapport à la semaine dernière où 1,5 millions de personnes ont participé, ce qui en fait la plus grosse manifestation depuis le mouvement contre la guerre en Irak.

Le 20 septembre, ce ne sont pas seulement les lycéen·ne·s et les étudiant·e·s qui se sont mobilisé·e·s mais aussi plusieurs nouveaux secteurs, comme le monde de la recherche, des associations de parents d’élèves, des salarié·e·s, des travailleur·se·s indépendant·e·s et petit patronat, des artistes… Il y a eu aussi dans quelques villes des actions de blocage organisées par le milieu autonome qui recouvre un vaste spectre politique en Allemagne. Cependant, la participation des travailleur·se·s et salarié·e·s n’est restée que symbolique, étant donné que les centrales syndicales ont refusé d’appeler officiellement à la grève.

On observe donc que la jeunesse joue un rôle central dans cette mobilisation. Comment s’est-elle politisée ? Quelles idées ou courants de pensée ont influencé ces jeunes ? Est-ce que la décroissance ou la pensée anti-consommation ont joué un rôle ? Quelles sont les revendications de ce mouvement ?

La jeunesse qui descend dans la rue est d’avis que la politique actuelle du gouvernement et de l’État allemand n’est pas en mesure de les sauver face à la catastrophe climatique. Cette jeunesse mobilisée est pourtant cette génération que la classe politique considère comme non politisée. En réalité, les secteurs de la jeunesse ont participé à beaucoup de mobilisations dans les dernières années : contre le fait de reconduire des exilé·e·s à la frontière, contre le racisme d’État et contre l’hostilité anti-exilé·e·s. Cependant, on peut dire qu’avec ce mouvement la jeunesse se mobilise et manifeste massivement comme elle ne l’a pas fait depuis au moins une décennie.

À travers le quotidien de la mobilisation, la focalisation sur des décisions personnelles de consommation est un peu passée au second plan en ce qui concerne la question climatique. En effet, les lycéen·ne·s et étudiant·e·s sont convaincu·e·s que les changements des attitudes de consommation personnelle ne vont pas suffire pour stopper la crise écologique. Les jeunes semblent considérer le besoin d’un mouvement qui impose ses revendications à la classe politique et à l’État. Les faiblesses du mouvement demeurent que cette mobilisation n’a pas encore clairement pris la décision entre faire appel directement au gouvernement pour changer sa politique, ou formuler des perspectives indépendantes du pouvoir qui permettraient de faire aboutir les revendications écologiques que le mouvement formule. De ce fait, les questions de stratégie contre la crise climatique ne sont que rarement discutées. Il y a une critique générale du fonctionnement actuel de l’économie, cependant le mouvement ne se prononce que de manière minoritaire contre la logique de la croissance ou contre le mode de production capitaliste orienté vers les profits.

Le mouvement comporte de nombreuses contradictions comme celle-ci : pour commencer, on peut dire que c’est un mouvement qui comporte un caractère interclassiste dans sa composition sociale, étant donné que sont présent·e·s dans ce mouvement aussi bien des travailleur·se·s et leur enfants que des représentant·e·s de la petite bourgeoisie et même des secteurs qui soutiennent le pouvoir bourgeois (comme les entreprises « verts »). On remarque aussi qu’une majorité manifestant·e·s ont une représentation du mouvement comme partageant les mêmes intérêts matériels et de former un bloc homogène.

Cette représentation du « tous pour le climat » est bien sûr mise en avant par la direction petite-bourgeoise du mouvement, qui vient des Verts et des ONG qui leur sont proches. Il est clair qu’elle utilise le mouvement pour avancer leurs intérêts, et pour éviter que celui-ci ne se radicalise et en vienne à la conclusion que ce sont les entreprises et les capitalistes qui sont responsables de la situation. Ils veulent empêcher que la mobilisation s’en prenne aux intérêts des banques et du secteur privé.

Le mouvement FFF revendique officiellement l’annulation des émissions de gaz à effet de serre en Allemagne à l’horizon 2035, une sortie du charbon à l’horizon 2030, 100 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2035, l’annulation des subventions pour les énergies fossiles et la mise en place d’une taxe carbone (comme celle que le gouvernement Macron avait essayé de mettre en place l’année dernière).

Beaucoup de ces mesures sont souhaitables, cependant la manière dont ces transformations écologiques de la production d’énergie sont censées se réaliser est encore incertaine : est-ce que ce sont les intérêts des entreprises et des banques ou ceux des travailleur·se·s et des masses précarisées qui seront pris en compte. En ce qui concerne la revendication d’une taxe carbone sur les biens de consommation comme l’essence ou le chauffage, il est assez clair que cette mesure est dirigée contre les travailleur·se·s puisque ce sont eux qui seront les plus impactés par une hausse des tarifs.

C’est pourquoi avec le groupe RIO mais aussi d’autres forces anticapitalistes dans le mouvement FFF, nous nous prononçons contre tout type de réforme qui ferait reposer le poids financier de la transition climatique sur les travailleur·se·s et la jeunesse, et formulons des revendications qui obligeraient les vrais responsables de la crise, à savoir le patronat, à payer pour les conséquences de la crise climatique.

En ce qui concerne le mouvement étudiant plus particulièrement : peut-on parler de renaissance ou bien est ce qu’il reste marginal dans le mouvement ?

Jusqu’au milieu de l’année, la participation du secteur étudiant est plutôt restée marginale, alors que c’était précisément ce secteur qui avait joué un rôle de direction lors des mobilisations des années 1960 aux années 1980 contre la guerre au Vietnam puis contre l’énergie nucléaire et plus généralement au sein du mouvement écologiste. Le fait de réfléchir à la question climatique s’était surtout cantonné dans les dernières décennies au niveau académique. Cependant depuis quelques années, on observe une mobilisation des mouvements autonomes pour les questions climatiques : ils organisent des occupations contre l’exploitation du charbon en Allemagne comme Ende Gelände. Ces occupations rassemblent de nombreux étudiants se réclamant de l’extrême gauche.

Il y a quelques mois, des groupes locaux se revendiquant du mouvement FFF se sont organisés dans les universités, pour permettre de mobiliser plus d’étudiant·e·s à participer aux manifestations. Depuis début mai, des assemblées générales avec plus de 1 000 participant·e·s se sont déroulées dans au moins dix universités ; mais leurs revendications se limitaient à une critique des directions universitaires. Cela montre bien qu’une forme de politisation se met en place, mais que pour l’instant, la réalisation du rôle subjectif des étudiant·e·s dans un tel mouvement et la radicalisation des revendications étudiantes contre le pouvoir et l’Etat n’ont pas encore eu lieu.

Pour ces raisons, il est encore trop tôt pour parler d’une nouvelle vague du mouvement étudiant, cependant les conditions objectives sont rassemblées et semblent représenter un potentiel important pour une organisation révolutionnaire si elle choisissait d’intervenir. À Berlin, nous intervenons avec notre groupe politique universitaire Organize:strike auprès des étudiant·e·s pour tenter de les organiser dans une perspective anticapitaliste, qui se place du côté des travailleur·se·s et contre les profits du secteur privé.

Quel rôle ont joué les Verts en tant que force bureaucratique au sein du mouvement ? Comment y faire face ? Y a-t-il des groupements anticapitalistes au sein de la mobilisation contre le capitalisme vert ?

Les Verts et le secteur du capital qu’ils représentent, essayent d’influencer le mouvement, d’y instiller et d’y défendre leur propre intérêt, à savoir une transformation verte mais capitaliste de la société vers des énergies renouvelables et plus écologiques qui ne remettrait pas en question les profits des capitalistes. D’autre part, le parti des Verts espère également que la politisation générale en faveur des questions climatiques leur permettra de s’assurer une participation au prochain gouvernement. Cela a en partie été un succès, car si on s’intéresse aux résultats qu’ils ont obtenu chez les personnes qui votaient pour la première fois lors des élections européennes, le parti des Verts est clairement la première force politique du pays. Suite à ces résultats, le secrétaire général du parti avait caractérisé ce jour avec l’expression ’Sunday for Future’, ce qui lui avait valu de fortes critiques de la part des franges de gauche du mouvement, qui lui reprochait de faire de la récupération.

Cette prise de position est cependant intervenue dans un moment où les Verts cherchent clairement à s’attirer également le soutien de larges parts de la bourgeoisie allemande, en défendant une politique extérieure agressive et militariste. On a pu s’en rendre compte du fait de visite de politiciens des Verts dans des bases militaires ou par leurs déclarations en faveur d’une intervention de l’armée allemande dans le cadre d’une mission de l’Union Européenne qui devrait avoir lieu dans le golfe persique.

Dans le mouvement FFF, les membres du parti Les Verts n’interviennent officiellement que de manière individuelle et ne mettent que rarement en avant leur appartenance au parti. Ainsi, ils essayent de donner un caractère indépendant de tout parti au mouvement et à sa direction. Dans le même temps, la direction du mouvement est inféodée tant financièrement que politiquement au parti des Verts.

Bien que FFF se qualifie de mouvement horizontal et démocratique, les seules structures réellement démocratiques sont les groupes locaux liés aux militant·e·s de la base. En effet, ni les revendications officielles ni l’organisation de la direction n’ont été ne serait-ce que discutées dans les structures de la base. Cette direction est majoritairement constituée de figures publiques provenant de jeunes ONG et de permanents du parti ; ces personnes n’ont jamais été élues parmi les militants de base. Cette direction bureaucratique tente de restreindre les discussions politiques dans le mouvement de manière à ce que le contenu des revendications ou la stratégie ne soit pas discutés pour limiter l’influence des forces clairement marquées à gauche.

Depuis quelques mois, une plateforme anticapitaliste s’est développée au sein du mouvement : elle se nomme « change for future ». L’objectif de cette plateforme est de mettre en relation les différent·e·s militant·e·s et de dépasser le cadre local des initiatives. C’est à Cologne que se trouve la majorité des groupes locaux marqués à gauche. Même si ces groupes formulent une critique du capitalisme et qu’ils mettent en avant que ce sont les banques et les entreprises qui devraient payer les conséquences de la crise écologique, il n’y a que peu de connexion avec les travailleur·se·s organisé·e·s, qui seraient en mesure, en organisant des grèves et des occupations, de mettre en avant la responsabilité des capitalistes, de leur faire payer pour leurs crimes environnementaux et sociaux. Cependant, il existe bien de petites structures de la gauche radicale, qui essayent précisément de mener ce type d’actions et de tisser des liens avec la classe ouvrière.

Comment a réagit le gouvernement ? Tente-t-il plutôt de réprimer ou de coopter le mouvement ? Y a-t-il une différence de traitement entre les différentes initiatives ?

Il y a relativement peu de répression contre le mouvement. La tactique de l’État reviendrait plutôt à coopter le mouvement. Dès les premières semaines des leaders politiques et des ministres ont déclaré ressentir de manière cynique « de la fierté et de la joie » par rapport à la mobilisation de cette jeune génération pour la durabilité commune de la planète.

Les seules formes de répression que l’on a pu observer sont plutôt récentes et concernent les forces anticapitalistes du mouvement. Le 20 septembre la police est intervenue dans des cortèges anticapitalistes et a arrêté plusieurs personnes. Elle a également dispersé brutalement des actions de blocage auquel le secteur autonome participait dans l’après midi,

Dans certaines villes le Verfassungsschutz, une forme de renseignements généraux en Allemagne a annoncé que le mouvement pour le climat serait en partie investi par « l’extrême gauche ». Par exemple en Bavière les services des renseignements généraux ont déclaré qu’ils observaient de près les activités des groupes comme les Marxistische Jugend München (Jeunesses marxistes de Munich, organisation de jeunesse qui organise des militants de Rio et des indépendants) ou d’autres groupes comme Solid pour leur implication dans le mouvement pour le climat parce qu’ils défendent une perspective anticapitaliste. Ainsi l’État essaye de diviser le mouvement et d’isoler les forces de gauche.

En s’interessant à Klasse Gegen Klasse (journal en ligne de RIO), entre autres, il était possible depuis la France de se rendre compte qu’en Allemagne et à Berlin le mouvement féministe et LGBTQI avait été très actif en 2019. Y a-t-il des relations entre ces initiatives et le mouvement FFF ?

Le mouvement actuel pour le climat est composé majoritairement de jeunes femmes et ce mouvement a un visage féminin. Bien que le mouvement féministe ne soit pas a un niveau de développement très avancé et ne mobilise pas encore de manière massive, le secteur féministe et leurs revendications sont visibles dans les manifestations. Ainsi les activistes du rassemblement pour la grève des femmes ont manifesté avec les hospitaliers, et l’initiative Workers for future, qui revendique leur droit à la grève politique auprès des centrales syndicales. Il y avait aussi un cortège féministe qui rassemblait de nombreux activistes.

Ce n’est pas un hasard si ces deux mouvements se développent de manière simultanée, qu’ils s’organisent de manière internationale et mobilisent des millions de personnes. Le système capitaliste, qui maintient à la fois l’oppression patriarcale des femmes et détruit l’écologie avec ses méthodes de production orientées vers le profit ; il s’agit du même ennemi pour ces deux mobilisations. En tant que révolutionnaires nous devons nous engager pour que le mouvement des travailleurs, le mouvement FFF, et le mouvement féministe s’unissent et se dotent d’une direction ouvrière qui avec ses méthodes (la grève, l’auto-organisation, la démocratie ouvrière) permettent de renverser le capitalisme et le remplacer par une économie planifiée sociale et démocratique qui permettrait de développer les bases d’une société qui libéreraient le monde des oppressions et du changement climatique.

Quelle est l’attitude des centrales syndicales face à la question climatique ?

En amont de la mobilisation du 20 septembre, la direction de FFF a appelé les centrales syndicales à participer à la grève pour le climat. Ainsi pour la première fois depuis longtemps la question de la grève politique (quasiment interdite en Allemagne) a été débattue.

De manière traditionnelle les syndicats allemands limitent leurs grèves à des revendications économiques, qui sont réglées dans le cadre des conventions collectives. Cependant, il existe dans l’histoire de la lutte des classes en Allemagne des exemples où la base plus radicale d’un syndicat ou une partie de la direction a appelé et a mené une grève sur des revendications politiques. Ces grèves ont été fortement critiquées par les directions syndicales qui avançaient l’argument légaliste que les grèves politiques étaient formellement interdites par le droit allemand et figuraient hors de leurs responsabilités. Effectivement, il existe une décision de justice datant des année 1950, rédigée par un juge qui était déjà en fonction sous le régime nazi, qui décalre anticonstitutionnelle la grève politique. Cette décision de justice permettait de restreindre la force politique de la classe ouvrière et de défendre l’État bourgeois.

En réalité, le rapport de force et la mobilisation de masse qui permettraient aux travailleur.euse.s et aux syndicats de mener des grèves politiques n’est pas une question juridique ou législative. On le voit bien, les bureaucraties syndicales en verrouillant toute grève politique font le jeu de l’État. De plus, dans le cadre de grèves régulées par des réglementations très strictes, les combats de la classe ouvrière n’infligent aucun dommage à la classe dominante, dans cette situation le parlement bourgeois est présenté comme étant le seul moyen et le seul lieu de résolution des questions politiques.

Ainsi, toute action subjective de la classe ouvrière est empêchée, action qui lui permettrait d’apparaître au-devant de la scène politique avec ses méthodes. Pour la bureaucratie syndicale qui joue du partenariat social et qui a accompagné et soutenu les pires attaques contre notre camp social (comme les réformes Hartz) et qui joue le rôle de conciliateur dans nos rangs, il n’y a pas de meilleur statu-quo qu’une situation où les intérêts des travailleurs sont limités au terrain économique.

Cependant, cette trahison est critiquée par une part toujours plus importante de la base syndicale. Dans cette perspective le syndicat de base Ver.di aktiv (où des camarades de RIO sont organisé.e.s) a rassemblé le soutien de 450 sections syndicales, délégués syndicaux, militants syndicaux ou politiques pour appeler les directions syndicales de tous les syndicats à appeler à la grève pour le 20 septembre, défendre les intérêts des travailleurs et imposer des revendications concrètes contre la crise climatique. Des débuts d’initiatives se également formées pour appeler à la grève politique sous le label « Workers for Future », qui interviennent dans le mouvement pour une grève politique et des mesures contre les intérêts des capitalistes.

Pendant cette année où la question climatique a souvent refait surface dans le débat public, la mobilisation du syndicat IG-Metall a été une évolution importante. Le syndicat a tenté de faire pression sur le gouvernement avec la revendication que les coûts de la transition écologique ne soit pas supportés par les salariés, cela a donné lieu à une grande manifestation à Berlin où 40 000 syndiqués ont participé avec comme mot d’ordre « fair Wandel » (transition juste). Cependant, de nombreuses questions sont restées sans réponse, notamment si les directions syndicales se positionnent contre la taxe carbone, comment les intérêts des travailleurs seraient défendus en cas d’importantes vague de licenciements par exemple. Il s’agissait principalement d’une démonstration de force pour être invité à la table des négociations. En opposition complète avec les membres de la base qui comptent bien se battre contre des mesures et imposer que les patrons payent le coût de la transition écologique.

Malgré une aspiration générale, les directions syndicales n’ont pas appelé à la grève du 20 septembre, alors que des patron.ne.s d’entreprise moyenne ont « libéré » leurs salarié.e.s, pour se racheter une image positive du côté du mouvement FFF. Il y a eu un développement intéressant, étant donné la pression importante quant à la demande d’appel à la grève, de nombreuses collectivités locales n’ont pas eu d’autre choix que de « donner » la journée du vendredi à leurs employé.e.s, ce genre de phénomènes avait aussi pu être observé lors de la mobilisation contre la guerre en Irak. Bien que de nombreux travailleurs aient été présents à la manifestation et de manière plus visible qu’aux précédentes manifestations, on ne peut pas parler de mouvement conscient de la classe ouvrière ou de grève politique, cette participation était placée sous le signe de la collaboration de classe qui tente de masquer les contradictions matérielles entre les intérêts des entreprises, de l’État et des travailleurs.

Il est cependant indéniable que la revendication d’une grève politique et de ce fait une mobilisation plus large de la classe ouvrière dans le cadre des questions climatiques ne perd pas de terrain et est de plus en plus débattue. C’est pourquoi il nous semble important de mener ce débat dans les secteurs de la jeunesse et au sein des syndicats dans les mois qui viennent, car c’est une question qui est centrale pour que la classe ouvrière puisse regagner en combativité.

Quel est l’avis général des membres des syndicats vis-à-vis du mouvement FFF et des mesures décidées par le gouvernement ? De quelles perspectives a besoin la classe ouvrière et la jeunesse contre cette crise climatique ?

Une part non négligeable des travailleur.euse.s est sceptique en ce qui concerne le mouvement FFF. La raison pour cela est la peur (qui n’est pas infondée) que les mesures proposées et/ou prises par le gouvernement se retournent contre eux et qu’ils se retrouvent à devoir supporter le coût de la transition écologique.

En effet, une partie des revendications actuelles de la direction de FFF est dirigée contre la classe ouvrière de manière plus ou moins directe, par exemple par l’augmentation du prix de biens de première nécessité comme l’essence, le fuel, le gaz naturel ou le charbon dans le cadre d’une taxe carbone. Cette mesure a été confirmée par le gouvernement le 20 septembre. Le gouvernement propose également de taxer toute une série de biens de consommation sans toucher évidement aux profits et aux fortunes des capitalistes

Une autre raison pour ce scepticisme est le fait que la question reste ouverte quant à la sortie du charbon, des énergies fossiles et de la transformation de la production. En effet, cette transition nécessiterait la suppression de dizaines de milliers d’emplois. Pourtant, ni le gouvernement ni la direction de FFF n’aborde ce sujet. C’est à cause de cette omerta et de la politique plus que contre-productive des bureaucraties syndicales qu’est instaurée une contradiction artificielle entre l’emploi et les mesures visant à réduire les émissions de CO2.

Par exemple, les directions syndicales ont organisé une manifestation en collaboration avec la direction de l’entreprise RWE (grand trust de l’énergie) contre l’action de groupes autonomes qui visaient à bloquer la production d’un site d’extraction de charbon pour revendiquer la sortie immédiate du charbon. La politique des mouvements de la gauche autonome, qui ne considère pas la classe ouvrière comme sujet du combat contre la crise climatique, n’a pas fait les efforts suffisants pour prendre en compte les revendications des travailleurs et gagner les salariés à leur mouvement, ce qui entretient cette division. Mais la plus grosse responsabilité en incombe aux directions syndicales, qui ne voulaient pas mettre en danger les profits des entreprises dont le capital dépend du charbon. Elles refusaient en réalité de formuler la seule revendication qui défend les intérêts des travailleur.euse.s du charbon : à savoir que l’État organise la reconversion professionnelle des travailleurs vers des métiers en relation avec les énergies renouvelables, en garantissant tous les emplois, tout cela financé notamment par RWE et les autres entreprises de l’énergie.

Nous devons exposer tant aux travailleurs du secteur énergétique qu’aux militants du climat, que la contradiction ne se situe pas entre les intérêts des travailleurs et de la protection de l’environnement mais, au contraire, entre les profits des capitalistes et la défense de l’environnement et la lutte climatique.

Si on jette un œil aux annonces du gouvernement, on ne voit aucune mesure sérieuse qui soit réellement dirigée contre la crise climatique. La taxe carbone (10 euros par tonne), les augmentations du prix des billets d’avion, les subventions au capital investi dans les voitures électriques, sont des mesures cosmétiques qui sont faites pour protéger à tout prix les profits des capitalistes. Les Verts et les autres forces bourgeoises critiquent les mesures comme trop timides et demandent des taxes à 180 euros la tonne de CO2. Par là, ils entendent que le gouvernement n’attaque pas assez fortement les classes populaires.

Contre cela, nous avons besoin d’une boussole, dans le mouvement ouvrier et le mouvement climatique, qui refuse toute mesure qui s’oriente contre les travailleurs et se batte pour des mesures qui permettent vraiment une réorganisation écologique de la production. Ces mesures doivent, selon nous, nécessairement viser les banques et les grands groupes, qui depuis des décennies profitent de la destruction de notre planète.

Le gouvernement explique qu’il s’en tiendra à une politique de réduction de l’endettement et des coûts, ce qui peut signifier soit un abandon face à toute mesure sérieuse de lutte contre la crise climatique soit la poursuite de nouvelles coupures massives dans le secteur public et les services publics. A l’inverse, nous proposons des programmes d’investissement public (incluant une totale sécurité de l’emploi pour tous les salariés) dans les énergies renouvelables, financés par les banques et les grands groupes et une réduction immédiate des énergies fossiles. Par là même, nous revendiquons un renforcement des transports de proximité et à longue distance, des tickets gratuits, des bonnes conditions de travail, la fin de l’austérité, la nationalisation des entreprises de transport et énergétiques dans l’intérêts des usagers et sous le contrôle des salariés.

Au-delà de ça, nous pensons que le combat contre l’impérialisme, en raison de son rôle destructeur, est indissociable d’un programme pour faire à la crise climatique. Il faut exiger l’expulsion des entreprises impérialistes des pays soumis à l’impérialisme, l’annulation des dettes de ces pays, l’ouverture des frontières et la destruction des camps de concentration pour migrants.

A côté de ces mesures immédiates, qui sont essentielles pour stopper la catastrophe climatique, nous devons discuter de la façon d’organiser l’économie de manière durable à long terme. Selon nous, le mode de production capitaliste, qui s’organise autour de profit de quelques-uns, est un obstacle pour une économie durable et écologique qui s’organiserait selon les besoins des gens et de la nature. Seule une économie socialiste, panifiée à l’échelle mondiale, gérée par les travailleurs et, avec les conseils de scientifiques, planifiée démocratiquement par la population, peut sauver la planète et l’humanité d’une destruction de nos moyens d’existence. Pour organiser la société et l’économie de cette façon, il faut se battre pour une perspective socialiste, révolutionnaire, anticapitaliste dans le mouvement ouvrier et le mouvement climatique.

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