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Politique

Parachutes dorés et retraites chapeau

Envie d’argent facile ? Il faut postuler chez Alcatel-Lucent

En général, quand un collègue quitte le boulot, quand il est en fin de contrat ou qu’il part à la retraite, on fait un apéro. C’est sympa et convivial. Souvent, on lui offre un cadeau. Pour Michel Combes, il s’est passé à peu prés la même chose lors de son départ d’Alcatel-Lucent. Sauf que c’est un chèque de 14 millions d’euro que ses amis du directoire lui ont fait en partant. Scandaleux ?

mercredi 2 septembre 2015

Jean-Patrick Clech

L’affaire fait la une de la presse et des médias ces derniers jours, depuis qu’elle a été révélée par Le Journal du Dimanche. Michel Combes, ex-patron d’Alcatel-Lucent, se présentait jusqu’à hier comme un vrai capitaine d’industrie. Il se targuait d’avoir « redressé la boite », à travers la fusion avec le groupe Nokia, ayant, de ce fait « piloté la création d’un airbus européen des télécoms ». Désormais, ses pairs font semblant de le prendre de haut, comme s’il s’agissait d’un voyou mal-élevé qui avait piqué dans la caisse. Les politiciens, de gauche comme de droite, en appellent à son sens des responsabilités. Pour les salariés d’Alcatel-Lucent, c’est une autre paire de manche : 14 millions, soit l’équivalent de ce que toucherait un smicard en travaillant pendant 790 années. Il y a de quoi l’avoir mauvaise.

Combes avait pourtant solennellement pris l’engagement de ne pas souhaiter d’indemnités de départ lors de son passage de Lucent à la tête de la Numéricable-SFR, le deuxième opérateur hexagonal. A priori, de surcroît, Combes n’avait pas le droit de toucher quoi que ce soit, ayant occupé la direction d’Alcatel Lucent pendant deux ans simplement. Une règle interne à l’entreprise prévoyait, en effet, qu’un dirigeant devait rester au moins trois ans à son poste pour toucher ces avantages. Las. Un conseil d’administration d’Alcatel-Lucent a gentiment annulé, au cours de l’été, la règle des trois années, permettant, à Combes de dire au-revoir avec son chèque de 14 millions d’euros. Un paiement étalé sur 36 mois, que l’on se rassure, sans compter une retraite chapeau fixée à 50.000 euros. Pas mal pour deux ans de « boulot ».

A la tribune de l’Université d’été des socialistes à La Rochelle, Jean-Cristophe Cambadélis s’est quasiment étouffé en disant que toute cette histoire était « scandaleuse ». C’est à ce genre de propos que l’on sent que le PS est « de gauche ». Jean-Marie Le Guen, chargé des relations avec le Parlement, le plus hollandiste des porte-flingue de Valls, a tonné en menaçant de « légiférer contre les parachutes dorés ». Ce n’est pas la première fois que les socialistes disent qu’ils vont « légiférer ». Michel Sapin, ministre des Finances, a lui appelé Combes à faire preuve de « bon sens » (?!?. Le bon sens, pour reprendre Woody Allen, ce serait de « prendre l’oseille et se tirer »…). Emmanuel Macron, l’homme qui déteste les 35h, a quant à lui affirmé aux journalistes qui voulaient bien l’écouter, au sortir du Conseil des ministres, mercredi, sur le perron de l’Elysée, que cette histoire était « choquanteet pas acceptable ». Mais pas tant à cause de la somme engrangée. Le problème, selon l’ancien banquier de chez Rothschild, c’est que le « capitaine » aurait quitté le navire le premier, c’est-à-dire avant la fin de l’opération de fusion complète avec Nokia.

Jusque chez les amis de Combes, on s’étrangle. Le vice-président du Medef, Thibault Lanxade, s’est dit « choqué » (décidemment…) par ces rémunérations, la direction du syndicat patronal indiquant qu’il allait « étudier le dossier ». Côté CFDT, syndicat majoritaire chez Alcatel-Lucent, son principal dirigeant, Hervé Lasalle, qui a épaulé Combes dans la fusion avec Nokia, a souligné avec une certaine pertinence que le parachute doré de son ex-patron n’était « pas dans les normes salariales. Les salariés ne peuvent pas comprendre ».

Lorsque l’on sait qu’en deux ans Combes a détruit 10.000 emplois et fermé de nombreux sites, les salariés auront surtout compris qu’il leur faudra agir, collectivement, pour que ces pratiques cessent. Ce n’est ni le PS, ni ce genre de directions syndicales et encore moins le Medef qui prendront la moindre mesure contre ces patrons-voyous.




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