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Sujets du bac : l’Etat déconseille aux profs d’aborder le franquisme et les dictatures latino-américaines

Au tour de l’espagnol de passer à la moulinette du gouvernement. Celui-ci veut limiter les sujets d’épreuve possibles pour le bac, en empêchant des sujets jugés trop « sensibles » de l’histoire de l’Espagne ou de l’Amérique latine. Une décision très politique.

lundi 13 juin

Crédits photo : Thomas SAMSON - AFP

De nombreux professeurs d’espagnol ont récemment reçu un message d’instruction pour la conception des sujets pour l’épreuve de Langues, Littératures et Civilisations étrangères et régionales (LLCER), une spécialité du BAC pour l’année 2023. Dans celui-ci est fait mention de « recommandation » sur des sujets à éviter, tels que la Guerre civile d’Espagne, la dictature franquiste, les dictatures sud-américaines et de façon générale les enlèvements, les vols de bébés, les viols, la torture... sous prétexte de préserver la sensibilité des candidats. Des recommandations étonnantes et particulièrement irresponsables au regard de l’importance de ces sujets et des conséquences de ces évènements sur l’histoire et la société des pays hispanophones. Ils recommandent également d’éviter les sujets d’actualité trop polémiques et récents, en donnant comme exemple « la violence d’État en Amérique latine ». Ces consignes de limitations de sujets, sous couvert de protection des jeunes étudiants, ont pour conséquence de gommer l’histoire des différents pays, empêchant par là même le développement de tout esprit critique.

Difficile de ne pas voir là une forme de négation, ou tout du moins une volonté de taire certaines parties de l’histoire qui dérangent la classe dirigeante. Se refuser à faire face à ces pans de l’histoire n’est pas anodin dans les circonstances politiques actuelles, avec un gouvernement de plus en plus autoritaire et une répression des voix de contestation de plus en plus sévère. Cette décision de recommandations pour la conception d’épreuves est l’extension aux matières de langues étrangères de ce qui a déjà été observé par exemple depuis plusieurs années en SES, avec sujets orientés en faveur du libéralisme.

Bien sûr, l’effet de ces décisions est elle aussi à ne pas oublier. Empêcher l’accès à ces connaissances historiques à une jeunesse de plus en plus politisée, et qui est à l’initiative dans la lutte contre le capitalisme partout dans le monde, comme au Chili où elle était à l’origine de la révolte contre le gouvernement de Piñera, est un moyen pour la classe dirigeante d’effacer l’histoire et protéger ses intérêts. À l’heure où la jeunesse du monde entier prend la parole contre l’inaction face au réchauffement climatique, face au patriarcat, face à l’inflation et la précarité, lui empêcher de s’intéresser aux luttes passées, aux dérives des gouvernements précédents et à ce que le capitalisme a de pire à offrir est une nécessité pour le gouvernement.



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