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Monde

Lutte contre l'inflation

Equateur : treize jours de mobilisations contre la hausse des prix malgré la répression

Les mobilisations se poursuivent en équateur contre l’inflation et les politiques de privatisations, 13 jours après leur début. Cette semaine a marqué un tournant dans le niveau de répression contre la population mobilisée, en imposant un état d’urgence.

vendredi 24 juin

Indigènes, paysans, étudiants : une lutte pour de meilleures conditions de vie

Depuis bientôt deux semaines une mobilisation d’ampleur contre l’inflation et les politiques de privatisations secoue l’Equateur. Plusieurs dizaines de milliers de personnes exigent notamment le gel de l’augmentation des prix du carburant, ainsi que la baisse du coût, s’opposent à la privatisation des secteurs stratégiques de l’économie et se battent pour une mise en place de contrôles des prix, contre l’inflation et la spéculation. La population est en effet étouffée par la hausse des prix et la politique néolibérale du gouvernement à la botte du Fond Monétaire international..

Aux piquets de grève, barricades et blocage de puits de pétrole s’ajoutent des manifestations dans le centre de Quito, capitale de l’équateur, et notamment autour du parc El Arbolito, cible d’une répression extraordinaire. Pendant la journée de lundi, des milliers d’indigènes et de paysans, en particulier de la Sierra Centro et du Norte ont atteint les entrées de la ville, rejoints par des groupes d’étudiants et de petits commerçants.

Les étudiants se sont en effet joints au mouvement, ajoutant à cette lutte pour manger –où ils organisent des centres de distribution alimentaire- et vivre décemment des revendications propres à l’université comme l’augmentation du budget de l’université.

Mercredi c’est le parlement de Quito qui a été pris pour cible des manifestants qui ont cherché à envahir le lieu. En parallèle « quelque 300 personnes avaient pris le contrôle d’une importante centrale électrique dans la province andine de Tungurahua (dans le Sud). »

La réponse du gouvernement : une brutale répression ?

Face à la colère le gouvernement a choisi la répression. Cette dernière a fait à ce jour quatre morts du fait de la répression et 61 manifestants blessés dont 18 grièvement, ainsi que 86 détenus, selon les données des organisations de défense des droits de l’homme.

Ce mardi a marqué un tournant dans la répression des mouvements avec l’adoption de l’état d’exception dans six provinces du pays pour contraindre les manifestants à déserter les rues. Le décret est venu abroger le décret du 17 juin, qui avait déjà pour but de freiner l’avancée des manifestants dans Quito et incluait alors déjà l’ « usage progressif de la force » incluant… la force létale..

Dimanche matin, les forces de sécurité ont d’ailleurs investi la Maison de la culture équatorienne, qui est rattachée au parc mentionné plus haut, pour empêcher, comme en 2019, des milliers d’indigènes mobilisés de différentes provinces vers la capitale de se retrouver, pour s’organiser et discuter.

La répression s’est poursuivie pendant des heures, jusqu’à tard dans la nuit, la police a tiré des gaz lacrymogènes contre les étudiants et le mouvement indigène à l’Université centrale.

La répression fait largement écho aux mobilisations de 2019 –déclenchées à ce moment-là déjà par le prix du carburant- et dont le parc El Arbolito a été l’épicentre. La vague de protestations avait alors paralysé le pays pendant dix jours, en octobre 2019, et fait un bilan d’une dizaine de morts et quelques 1 500 blessés dans tout le pays du fait de la répression.

Une tentative de négocier pour mettre un frein au mouvement

Face aux menaces et à la répression du gouvernement, la direction de la CONAIE ( la Confédération des nationalités indigènes d’Equateur, la plus grande organisation d’indigènes du payes) semble vouloir emprunter la voie de la conciliation, comme cela avait été le cas en 2019. A l’époque, les négociations avaient porté sur des mesures pour lutter contre l’augmentation du carburant, une augmentation du budget de la santé et de l’éducation. Les négociations avaient toutefois abouti sur les mesures d’ajustement typiques du FMI, et menées par le gouvernement néolibéral et représentatif du système bancaire. Il s’agit de ces mêmes mesures qui ont mené le pays dans l’impasse et donne lieu aux mobilisations qui agitent aujourd’hui le pays.

En effet en pleine crise contre les « mesures d’ajustement » dictées par le FMI, les appels au dialogue du gouvernement sonnent faux et rappellent le cynisme de ceux qui proposent des mesures partielles qui ne répondent pas aux revendications profondes de la population. Le gouvernement a d’ailleurs annoncé un nouveau décret (457) sur la précarité, qui limite les embauches (ouvrant les portes à de nouveaux licenciements), parmi d’autres mesures visant à attaquer le secteur public. Appuyé par les Etats-Unis et le FMI, notamment en matière de maintien de l’ordre, l’État Equatorien entend coûte que coûte appliquer son agenda de réformes.

La journée de mardi a été marquée par les déclarations du ministre de la Défense et du haut commandement de l’armée en soutien au président, tandis que dans l’après-midi la direction de la CONAIE (Confédération des Nationalités Indigènes de l’Équateur) a appelé les manifestants à se retirer et a ouvert la possibilité d’un dialogue avec le gouvernement Lasso, la conditionnant à l’abrogation de l’état d’urgence et à la démilitarisation du parc El Arbolito. En entretenant la possibilité d’un dialogue avec le gouvernement actuel, la CONAIE limite toutefois l’ampleur de son action et il est indispensable que tous les manifestants, ouvriers, étudiants, organisations sociales et syndicales arrivés par milliers à Quito, restent mobilisés face aux tentatives de contenir et de dissoudre les manifestations.

Mercredi 22, une mobilisation nationale des organisations sociales et ouvrières a été convoquée, se joignant aux manifestations que le mouvement indigène a impulsé dans diverses provinces.

Dans les rues, il a été démontré qu’il existe des ressources pour pouvoir affronter le programme politique du gouvernement Lasso, du monde des affaires équatorien et du FMI pour faire triompher les revendications des travailleurs et des secteurs populaires.

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