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Notre classe

Non au licenciemen d'Eric Bezou !

Eric Bezou, syndicaliste réprimé : « En 1ère ligne durant le confinement, je suis maintenant un homme à abattre »

Le ministère du travail de Muriel Pénicaud s’apprête à licencier le cheminot syndicaliste Éric Bezou. Une décision scandaleuse en pleine crise sanitaire et alors que les cheminotEs, comme Éric lui-même, ont été en première ligne pour assurer la continuité du service public, en pleine pandémie. Nous relayons son témoignage, recueilli par le NPA.

mercredi 20 mai

Crédits photo : DR

Nous relayons une interview publiée initialement sur le site du NPA

Depuis un peu plus d’un an, la direction de la SNCF mène une procédure disciplinaire pour chercher à te licencier. Est-ce que tu peux nous expliquer quelle est ta situation actuellement ?

La procédure administrative de licenciement a commencé l’année dernière pour des faits qui remontent à mars 2019. Pour revenir rapidement sur les faits, on peut dire que j’ai fait une sorte de burn-out après m’être engagé pleinement contre la souffrance au travail de mes collègues et le suicide de mon meilleur ami Édouard Postal. En effet, Saint-Lazare a été la région "test" des nouvelles organisations du travail mises en place par la direction de la SNCF. J’ai également subi de nombreuses années de pratiques discriminatoires de la part de ma hiérarchie. Je suis le seul de mon chantier à ne pas avoir le niveau 2 dans ma qualification, discrimination syndicale que l’on a pointé à de nombreuses reprises. L’année dernière, on m’a à nouveau expliqué que la hiérarchie me refusait le niveau car je n’avais « pas la posture d’un agent de maîtrise », en m’accusant également d’être « anxiogène ». J’ai été pris en entretien, juste après avoir eu cette information, où je me suis agenouillé deux fois devant mes chefs, mon N+1 et mon N+2 (DUO pour les cheminotEs), en demandant si c’était la fameuse « posture » attendue pour que mes droits soient respectés. Je n’ai été ni insultant, ni menaçant et encore moins violent. J’ai été, certes, insolent, mais l’encadrement a grossi le trait en prétendant que j’étais menaçant, parce que le couteau à pain du réfectoire était sur mon bureau pour mon casse-croûte…

On m’a donc convoqué et fait passer devant un conseil de discipline, où la direction a prononcé mon licenciement. Comme je suis salarié protégé, ils ont dû demander l’avis du Comité Social et Économique (CSE), qui s’est prononcé unanimement contre mon licenciement. Cette procédure a suivi son cours, l’inspection du travail a refusé l’autorisation de licenciement, et cette décision a été confirmée par la Direction départementale. Mais aujourd’hui le ministère du travail de Muriel Pénicaud envisage tout de même de revenir sur cette décision, alors même que les faits dont on m’accuse sont très loin d’être avérés, si ce n’est par les seuls témoignages de l’encadrement. La décision n’est pas encore tombée, mais j’ai reçu un mail du ministère disant qu’ils allaient probablement autoriser le licenciement et qu’ils laissaient 10 jours à la défense pour apporter des précisions...

Aujourd’hui, au milieu de la crise sanitaire, c’est donc une décision politique de te licencier puisque c’est le ministère du travail qui autorise ton licenciement ?

Il s’agit bien sûr d’une démarche éminemment politique, puisque le ministère valide une fois de plus le licenciement d’un militant syndical contre l’avis des services de l’inspection. Cela est arrivé plus de 20 fois avec ce gouvernement, ce qui me semble un record scandaleux ! Il est évident que militer contre la privatisation des services publics est une démarche politique, et cela fait plus de 20 ans que je combats les réformes de la direction de l’entreprise et des gouvernements successifs. Mon cas est lié à la casse des services publics puisque je me suis battu contre la souffrance au travail créée par la transformation de la SNCF. Et bien sûr je suis également un militant de la grève de longue date, encore en 2018 contre le pacte ferroviaire et en 2019 contre la réforme des retraites. Aujourd’hui, et après avoir travaillé en première ligne durant la période de confinement, je ne suis plus "un héros" mais un homme à abattre. Rien ne nous surprend de ce gouvernement, mais il est clair que le temps des discours hypocrites pour féliciter les soignantEs et touTEs les travailleurs/euses en première ligne est révolu. Le temps de la répression est arrivé, avant même que la crise sanitaire ne soit finie.

Et malheureusement la répression à ton égard n’est pas un cas isolé…

Malheureusement non. Pénicaud, qui avait déjà à travers les licenciements de Gaël Quirante et Yann Le Merrer tenté de museler la résistance des postiers. On voit bien, au sortir de ce confinement, que la répression s’intensifie. Les entreprises de transport SNCF et RATP - qui n’ont pas su prévenir les risques de contamination en amont et pendant la crise du Covid - organisent aujourd’hui des procédures disciplinaires à tour de bras comme pour Ahmed et Alex de la RATP et les cinq collègues cheminotEs de la Gare de l’Est. Cette répression existe également dans l’éducation nationale avec les trois enseignantEs de Melle qui sont menacéEs de lourdes sanctions, de manière totalement arbitraire. Ce sont donc bien les trois secteurs à la pointe de la grève contre la réforme des retraites qui sont aujourd’hui visés directement. Si on cherche à nous réprimer, voire à nous licencier aujourd’hui, c’est bien parce qu’on les dérange. Après la gestion catastrophique de la crise sanitaire de la part du gouvernement, ils cherchent à nous réprimer parce qu’ils savent qu’on ne les laissera pas s’attaquer à nos droits et à nos conditions de travail, et qu’on sera là pour dénoncer chaque injustice vis-à-vis des collègues.
Et au delà du soutien des collègues, et de la contestation sur le plan juridique de ce licenciement, c’est une mobilisation collective pour s’opposer à cette répression injustifiée de militants syndicaux qu’il serait nécessaire de mener, malgré les difficultés réelles de se mobiliser en cette période d’état d’urgence sanitaire, où les rassemblements à plus de 10 sont interdits.

Propos recueillis par Laura Varlet

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