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Politique

Covid dans l’Education

Eric, instit’ en maternelle : « Porter un masque ? Le garder la matinée ? M. le Ministre, montrez-moi comment vous procédez ? »

Professeur des écoles en petite section de maternelle dans l’Oise, une des premières régions en France touchées par le Covid-19, Eric n’arrive pas à comprendre la décision de réouverture de son école le 11 mai. Entre impossibilité de tenir les gestes barrières et gaspillage de deux long mois de sacrifice en confinement pour les parents, il a confié à RévolutionPermanente sa colère et son indignation.

lundi 27 avril

Je suis maître d’école dans l’Oise et depuis une trentaine d’années j’enseigne dans des écoles maternelles, par choix.
 
Qu’en est-il des "gestes barrières" avec des petits ?

Cette année j’ai des TPS (tout petits de 2 à 3 ans en pré-scolarisation). Inutile de préciser que chez nos bambins, le simple fait de garder le nez propre est un doux espoir. L’assistante maternelle et moi-même sommes proches de nos élèves. Nous les rassurons, les prenons dans les bras, les consolons, les mouchons, les changeons ... par expérience, avant 5 ans (âge de la Grande Section), les distances de sécurité et gestes barrières ne signifient rien chez les enfants. Porter un masque ? Le garder la matinée ? ... Après vous M. le Ministre, montrez-moi comment vous procédez ? Mme la porte-parole du gouvernement peut-être ? 

Pas besoin de s’étendre sur le sujet : l’école est un lieu de contamination avéré.

S’il se trouve que les jeunes élèves sont plutôt des "porteurs sains", il n’en est pas de même ni pour les enseignants, ni pour les personnels, assistantes, dames de cantine, Assistant.e.s Vie Scolaire,etc ... qui prennent tout simplement le risque d’être lourdement affecté.e.s au niveau des voies respiratoires, voire même perdre la vie en exerçant leur travail. 

Autre aspect de notre métier : la convivialité, la communication, l’échange entre adultes. 

Travaillant en REP+, une grande partie des progrès que l’on remarque chez nos élèves sont le résultat de notre "bonne entente avec les parents d’élèves". C’est une tâche quotidienne : chaque enseignant et personnel dans l’école discute, échange avec les parents, rassure, explique, conseille ... et ça marche ! Même si ce n’est pas gagné d’avance avec certaines familles, la confiance mutuelle que l’on installe fait bouger les lignes. Un suivi a lieu. La fameuse "bienveillance, mais aussi la "continuité pédagogique" en maternelle, c’est d’abord et avant tout le relationnel. Lorsque tous les adultes sont sur la même longueur d’onde, l’élève progresse, il est valorisé et entouré. Les enfants de maternelle viennent volontiers à l’école et pour certaines mamans notamment, c’est l’occasion de sortir du domicile et d’échanger avec les "copines" et voisines.

Imagine-t-on en quartier populaire que les distances de sécurité vont être respectées ? Quatre fois par jour des dizaines d’adultes se croisent et échangent aux portes de l’école. Même si pour des raisons sanitaires l’équipe enseignante interdit de pénétrer dans les locaux, le Covid s’invitera dans les foyers. Toutes les familles de notre quartier, souvent de condition précaire, alternant petits salaires avec périodes de chômage, petits logements mal isolés ... mais qui ont respecté le confinement deux longs mois vont en quelques minutes annihiler le bénéfice de leurs efforts contre la propagation du virus ! 

Quel est l’intérêt de reprendre la classe au mois de mai ?

Sanitaire ? Bien évidemment, non. L’école est le meilleur vecteur pour démarrer une deuxième vague de la pandémie. 
Pédagogique ? Le ministre n’en parle même pas.
Economique ? C’est clairement avoué ... mais est-ce un bon calcul ? Risquer la vie de milliers de citoyens pour les bénéfices des grosses entreprises ? On en est vraiment là ? 

Le rôle de Garderie Nationale que l’on nous demande de jouer est très ambigu. Très flou : pas tout le monde, pas tous en même temps, on vous laisse libre de vous organiser au mieux ... traduire en langage administratif : "démerdez-vous" ! Tout cela pour 5 ou 6 semaines de classe perturbées par des semi-effectifs. Qu’en est-il du (très inégalitaire) suivi pédagogique à distance ? 

Autre point sensible de la vie des écoles maternelle : les ATSEM (Agents Territoriaux de Service en Ecoles Maternelles).

Comme elles ont très peu souvent l’occasion de le faire savoir publiquement, je vous remonte le sentiment des agents territoriaux, ces femmes essentiellement qui, pour un salaire misérable, arrivent avant les enseignants le matin, nettoient les locaux, prennent en charge des ateliers, changent les enfants, secondent les enseignants, collent les cahiers ... Elles sont terrorisées par l’épidémie ! Depuis début mars, les mairies de certaines communes les font venir régulièrement, les mettent en contact avec les enfants de soignants. Elles viennent travailler avec la peur au ventre et n’osent pas utiliser leur "droit de retrait", craignant de se faire sanctionner. C’est ça, leur réalité !

A l’heure où tous les autres pays européens décident prudemment de reprendre au mois de septembre, l’injonction du gouvernement français de rouvrir les écoles, collèges, lycées (tiens, pas les facs ?) en mai est une ânerie supplémentaire sur la liste des improvisations hasardeuses. Inutile, inefficace et dangereux. 

A nous enseignants responsables de corriger le tir. 

Organisons-nous pour préparer, par tous les moyens légaux, la "Non-reprise" de l’école aux mois de mai et juin : droit de retrait, préavis de grève déposés par nos fédérations syndicales.

Respectons nos élèves, respectons nos parents d’élèves, protégeons nos collègues et les personnels. Crosse en l’air et rompons les rangs. Les 11, 18 , 25 ... ce sera sans nous. Nos "chefs de guerre autoproclamés" sont incapables de prendre des décisions sensées, remédions à leur manque de discernement.

"Réfléchir, c’est aussi commencer à désobéir" !

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