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Monde

Espagne. 5.000 morts du coronavirus, le résultat des politiques d’austérité néolibérales

Alors qu'en seulement en une journée l’Italie a enregistré 969 morts, l’Espagne a péniblement compté 769 décès, soit un total de 4858 décès depuis le début de la crise. ces deux pays sont victimes des conséquences de plus d'une décennie de politiques d'austérité.

samedi 28 mars

Dépassant déjà largement la Chine (avec une différence de 1566 morts à ce jour), ce vendredi 27 mars, l’Espagne compte 64 059 cas positifs et 4858 décès. Parmi les cas positifs, 9444 sanitaires sont infectés, ce qui représente plus de 14 % du total des personnes contaminées.

Face à cette crise, qui met grossièrement en évidence le démantèlement du système de santé qui s’est opéré ces dernières années, révélant toutes les carences et les négligences de la cinquième puissance impérialiste européenne, l’Espagne est contrainte d’improviser des hôpitaux, des morgues et même du matériel de protection. La ville la plus touchée est Madrid, qui compte jusqu’à présent 2412 morts, soit près de la moitié de l’ensemble du pays.

Hôpitaux et morgues surchargés

L’un des pavillons du centre d’exposition Ifema à Madrid se transforme actuellement en hôpital provisoire, dans le but de décongestionner les hôpitaux, accueillant des patients qui ne sont pas dans un état grave, et de limiter ainsi la propagation de la maladie. Cet hôpital disposera de 5 500 lits pour les cas légers de coronavirus et d’une unité de soins intensifs (UCI) pour les plus graves. Parallèlement, un autre pavillon sera transformé en refuge pour accueillir les sans-abri asymptomatiques.

L’utilisation de ce parc d’exposition comme hôpital pendant la crise est un reflet clair et douloureux de la situation actuelle de l’État espagnol : les hôpitaux débordent de patients, qui sont obligés de passer des nuits assis sur des chaises dans le couloir en attendant d’être examinés. Ceux qui ne sont pas infectés, mais qui se présentent à l’hôpital faute de réponse téléphonique, finissent par être infectés sur place. Ceux qui sont soumis à d’autres traitements hospitaliers non liés au coronavirus sont abandonnés, soit par manque de personnel, soit par manque d’espace, soit par manque de garantie qu’ils seront protégés d’une éventuelle contagion.

La transformation de ce lieu emblématique de Madrid s’ajoute à une autre transformation, encore plus effrayante : en raison du nombre énorme de décès, les morgues n’ont pas de place pour recevoir les corps. Face à cette image sombre, il a été décidé d’utiliser comme morgue la patinoire du Palacio de Hielo, situé à seulement deux kilomètres du parc d’exposition Ifema, car la température de la patinoire olympique de 1800 mètres carrés facilite la conservation des corps.

Pénurie de tout sauf la négligence

D’autre part, le personnel sanitaire est contraint de réaliser de longues journées de travail en raison du manque de personnel, de partager des lunettes de protection !, ce qui, ajouté au manque de masques FFP2 (nécessaires pour éviter de contracter le virus lors du traitement des patients), fait que le nombre de sanitaires infectés dépasse désormais les 9400 personnes, qui risquent également d’infecter leur famille lorsqu’ils rentrent chez eux.

Ces images terrifiantes et effrayantes clament haut et fort que rien ne suffit, qu’il n’y a pas assez de respirateurs, qu’il n’y a pas assez d’unités de soins intensifs pour les personnes les plus touchées, qu’il n’y a plus de matériel de protection, que le personnel de santé est trop peu nombreux et accablé (s’il n’est pas infecté par le virus), que les hôpitaux sont surpeuplés, qu’il n’y a plus de place pour mettre les morts.

Parmi tant de pénuries, il y a un excédent : la négligence de l’État. Comme si tout ce qui précède ne suffisait pas à déclencher toutes les alarmes, il s’avère que les travailleurs des branches « non essentielles » sont toujours tenues de continuer à produire, ce qui met en danger leur vie et leur santé. En outre, un lot de 9 000 tests qui ne fonctionnent pas ! a été acheté auprès d’un fournisseur chinois. Ces tests ne détectent pas les positifs comme prévu, ils ne reconnaissent que 30 % des cas, alors que la marge d’affirmation de soi devrait être de 80 %.

Le reflet de l’attaque contre la santé et les services publics

Mais le problème n’est pas le virus lui-même, mais la situation de manque et d’insuffisance que présentaient déjà dans les moments de normalité les hôpitaux publics en Espagne et particulièrement à Madrid.

Comme l’ensemble du système public systématiquement attaqué par les politiques d’austérité néolibérales, le système de santé a été gravement détérioré par les coupes budgétaires qui ont suivi la crise de 2008. La crise actuelle met complètement à nu l’État néolibéral et impérialiste, montrant crûment que le manque d’investissements, le démantèlement et la privatisation du secteur de la santé les ont laissés complètement sans défense face à cette crise sanitaire, révélant des effets dévastateurs inimaginables.

Il est important de rappeler que face à ces avancées néolibérales contre le système de santé public, plusieurs manifestations ont eu lieu vers la fin de 2012, appelées « marée blanche », dont les principaux slogans étaient « la santé publique n’est pas à vendre, elle est à défendre » et «  ce sont les mains qui vous soignent  ». La seule réponse à cette mobilisation a été bien évidemment les matraques de la même police qui contrôle aujourd’hui les rues.

La répression policière ne tue pas les virus microscopiques

Si les respirateurs, les équipements de protection, le personnel sanitaire et les tests sont insuffisants, la police est de trop : la principale réponse de l’État face à cette crise est de renforcer les mesures punitives et de remplir les rues de policiers et de militaires, par nature racistes et anti populaires, dans le seul but de maintenir l’ordre social et un statu quo qui place les profits de plusieurs millions d’euros des capitalistes au-dessus de la vie de milliers de personnes, alors que toutes ces ressources entre les mains du secteur privé ne sont pas mises au service d’une lutte déterminée contre l’épidémie. Au lieu de cela, alors que les grandes entreprises sont sauvées, le contrôle et la répression se renforcent sur les personnes les plus touchées par cette crise sanitaire : les travailleurs et les classes populaires.

Tout cela, ajouté à l’effronterie avec laquelle la famille royale se balade, utilisant la crise sanitaire pour gagner en légitimité et sans dépenser un seul centime de son énorme fortune, la colère et le mécontentement de la population ne font que croître. C’est pourquoi, le vendredi 27 mars à 21 h, une caceroleada depuis les balcons a été organisée, ayant pour slogan « ni couronne (corona en castillan), ni virus » et affirmant que les gens « ne meurent pas, on les laisse mourir ».




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