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Réforme des retraites

Espagne. Sous le gouvernement PSOE-Podemos, l’âge de départ à la retraite continue de reculer

En 2011, le gouvernement espagnol a fait passer une réforme prévoyant le recul progressif de l’âge de départ à la retraite jusqu’à 67 ans d’ici 2027. Une réforme qui continue de s’appliquer sous le gouvernement PSOE-Podemos, pourtant souvent décrit comme le « gouvernement le plus progressiste de l’histoire » du pays.

Irène Karalis

12 janvier 2023

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Crédits photo : CLAUDIO PERRONE / AFP

En Espagne, le système des retraites est basé sur un système public de retraite par répartition ainsi que sur un système privé de retraite par capitalisation donnant lieu à une retraite complémentaire. En 2011, le gouvernement socialiste de José Luis Zapatero a fait passer une réforme prévoyant le recul progressif de l’âge de départ à la retraite jusqu’à 67 ans d’ici 2027. En 2021, l’âge légal de départ à la retraite était fixé à 65 ans, la durée de cotisation pour partir avec une retraite à taux plein étant de 37 ans et 3 mois. Depuis le 1er janvier 2023, l’âge de départ à la retraite est fixé à 66 ans et 4 mois et la durée de cotisation à 38 ans et 6 mois. La période prise en compte pour le calcul du montant de la retraite a également été allongée, passant de 15 ans à 25 ans.

Pour les retraités espagnols, la précarité comme quotidien

En plus de devoir travailler plus longtemps, ce qui diminue les possibilités de pouvoir partir à la retraite en bonne santé ou à la retraite tout court, les travailleurs et travailleuses espagnoles doivent également vivre avec des pensions extrêmement basses. Selon un rapport de 2020 de la Banque d’Espagne, en 2020, 40% des retraités partaient avant l’âge légal de départ, soit avec une décote, et 60% des retraités touchent une pension inférieure à 1000 euros. De plus, selon un rapport du Trésor datant de 2021, la pension la plus courante est de 785 euros.

En 2021, le gouvernement PSOE-Podemos a souhaité faire passer la période prise en compte pour le calcul du montant de la retraite de 25 ans à 35 ans, ce qui aurait provoqué une réduction moyenne de 6,3% du montant des pensions. Des manifestations de milliers de retraités ont fait reculer le gouvernement et l’ont même forcé à adopter l’indexation des pensions sur l’inflation. Les retraités descendus dans les rues d’Espagne exigeaient également une pension minimale de 1080€, le retrait des deux dernières réformes des retraites ainsi que le retour à 65 ans comme âge de départ à la retraite.

Finalement, en novembre 2022, le gouvernement « progressiste » a dévoilé la mesure phare de son deuxième bloc de réduction des pensions, décidé avec Bruxelles : l’allongement de la période de calcul des pensions de 25 à 30 ans, avec la possibilité d’éliminer de ces 30 ans les deux pires années de cotisation au libre choix du travailleur. Selon la Banque d’Espagne, cela signifierait une réduction des pensions de près de 10% car les dernières années de la vie active sont généralement plus rémunératrices que les premières et porter cette période à 30 ans, c’est pratiquement la porter à toute la vie professionnelle de nombreux travailleurs en Espagne, où précarité et chômage sont monnaie courante.

Si le gouvernement utilise la crise comme prétexte, difficile de ne pas comprendre quels intérêts il défend fondamentalement, quand on sait que l’IBEX 35, les 35 plus grandes entreprises espagnoles, ont enregistré plus de 60 milliards d’euros de bénéfices en 2021.

À l‘heure où Emmanuel Macron souhaite faire passer l’âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans, augmenter la durée de cotisation et supprimer les régimes spéciaux, il est intéressant de voir le rôle qu’a joué le « gouvernement le plus progressiste de l’histoire », composé du PSOE et de Podemos, équivalent de La France Insoumise en Espagne. Si les membres de Podemos ont expliqué s’opposer à l’allongement de la période de calcul, force est de constater que sa présence au sein du gouvernement n’aura pas permis ni d’abroger les réformes néolibérales contre les retraites des travailleurs espagnols, ni d’augmenter les pensions des retraités. Au contraire, plutôt que de revenir sur les réformes antisociales brutales imposées par des gouvernements de droites, ce gouvernement de coalition "progressiste" préfère continuer de les appliquer. Une illustration claire des limites des projets de la gauche de gouvernement, à l’heure où la NUPES a constitué une première expression de l’union de la gauche réformiste en France dans le cadre des élections législatives.

Si des dissensions existent au sein du gouvernement, l’objectif de Podemos reste bien de maintenir à tout prix le gouvernement de coalition jusqu’aux prochaines élections face à la menace d’un éventuel gouvernement de coalition de entre la droite traditionnelle du Partido Popular et l’extrême-droite incarnée par Vox. Une menace qui grandit à mesure que le gouvernement de gauche réformiste trahit les espérances de ceux qui l’ont élu.

En revanche, on ne peut que s’inspirer des retraités et travailleurs espagnols qui se sont mobilisés en 2021 pour obtenir, entre autres, l’indexation de leurs pensions sur l’inflation, et ce avec succès. À une semaine du 19 janvier, l’urgence est à l’élaboration d’un plan de bataille, qui ait pour colonne vertébrale la grève


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