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Politique

Macron en Outre-Mer

Essais nucléaires et « dette » de la France : Macron tente de blanchir l’impérialisme français en Polynésie

La visite d’Emmanuel Macron en Polynésie n’a rien d’anecdotique, elle révèle au contraire le passé colonial et le présent impérialiste de la France dans ce territoire du Sud-Pacifique. En reconnaissant une dette de la France envers la Polynésie concernant les essais nucléaires, le président de la République veut blanchir l’image de la France et apaiser les tensions dans un territoire stratégique. Pourtant rien ne pourra faire oublier et pardonner les conséquences catastrophiques de ces essais sur les populations locales.

mercredi 28 juillet

Crédits photo : Ludovic MARIN / AFP

La Polynésie française : un territoire stratégique pour la France

Sous domination française depuis 1843 suite aux guerres coloniales menées par la France contre le royaume de Tahiti, les îles de la Polynésie française ont reçu ces quatre derniers jours la première visite du président de la république française, Emmanuel Macron, lors de son mandat. Quatre jours de visite symboliques mais non sans enjeux pour le chef de l’Etat, qui ont fait résonner le passé colonial et le présent impérialiste de la France. L’accueil en fanfare à son atterrissage, recouvert de fleurs et de coquillages ou encore une grande chorale d’habitants locaux en tenue traditionnelle pour chanter la marseillaise donne le ton. La visite d’Emmanuel Macron a été rythmée par des mises en scène mettant en avant la « nation française » et l’importance de la Polynésie française pour celle-ci.

En visite au centre hospitalier de Polynésie française, Emmanuel Macron a usé comme à son habitude d’une rhétorique culpabilisante reprochant un manque de volonté et regrettant que «  des centaines milliers de doses restent inutilisées ». Un discours habituel faisant porter sur la responsabilité individuelle l’échec du gouvernement dans sa stratégie vaccinale et son incapacité à convaincre de sa nécessité. Ainsi Macron somme les polynésiens de se faire vacciner « Pour vous, pour vos parents, pour toutes celles et tous ceux que vous aimez, pour la France, faites-vous vacciner. » Après avoir vanté l’avancée de la vaccination en métropole, Macron fait donc de la vaccination une question d’honneur pour la nation française… un discours qui ne peut cacher pourtant que les territoires d’outre mer auront du faire face à la gestion coloniale de la crise sanitaire comme le rappelle dramatiquement la situation en Martinique ou encore à la Réunion.

Lors de son discours de clôture, Emmanuel Macron ne pouvait pas être plus explicite quant aux enjeux stratégiques et impérialistes de la localisation des îles polynésiennes : « Je crois à la stratégie indo-pacifique, où la Polynésie a un rôle essentiel à jouer ». En parlant d’une « zone où le monde se fait », sans la nommer, il met au centre la menace que représente la Chine en train de déployer une politique offensive dans le Sud-Pacifique : « Dans les temps qui s’ouvrent, malheur aux petits, malheur aux isolés. Malheur à celles et ceux qui vont subir les influences et les incursions de puissances hégémoniques ». La politique impérialiste de la France s’exprime encore plus explicitement lorsqu’Emmanuel Macron déclare dans un ton paternaliste «  ici c’est la Polynésie, ici c’est la France, vous serez protégés ». Ces déclarations ne sont pas le fruit du hasard et démontrent l’importance de la localisation de la Polynésie française en termes de présence militaire pour la France. Comme le rapporte Libération, l’armée française a en juin dernier renforcé sa présence en envoyant trois avions de chasse, deux avions ravitailleurs et deux appareils de transport à Tahiti.

« Nous sommes la nation de Pasteur, nous sommes la nation des lumières »… mais aussi une nation coloniale

La visite du chef de l’Etat français en Polynésie n’a pu se faire sans réveiller des dossiers chauds de l’activité de la France dans ces territoires lors de la deuxième moitié du XXème siècle. Pour cause les îles sous domination française du Sud Pacifique ont été le lieu d’importants essais nucléaires. En effet, pas moins de 193 essais nucléaires ont été réalisés en tire 1966 et 1996 dans l’archipel. Si le chef de l’Etat a affirmé lors de son discours, que les essais nucléaires avaient été bénéfiques pour la France qui s’est dotée de l’arme atomique- ce qui lui permet aujourd’hui de se maintenir parmi les plus grandes puissances mondiales-ces essais ont engendré des conséquences terribles pour les populations locales. La fameuse « dette » reconnue par Emmanuel Macron.

Une enquête, intitulée « Toxique » réalisée par le média Disclose en 2021, affirme que suite aux essais effectués dans l’atmosphère entre 1966 et 1974 la population a été exposée à des doses de radioactivité supérieures à celles annoncées par l’Etat français qui n’a ni alerté ni protégé les habitants. Un héritage empoisonné provoquant leucémie, lymphome, cancer de la thyroïde (atteignant des pourcentage record dans le monde), du poumon, du sein, de l’estomac etc. D’après les calculs de l’enquête 110 000 personnes ont été dangereusement exposées à la radioactivité, celle-ci dénonce l’opacité et les mensonges de l’Etat français affirmaient encore en 2020 que les liens entre les essais atmosphériques et l’émergence de pathologies ne pouvait être établie. En plus des mesures terrifiantes des taux de contaminations dans l’air, l’eau ou encore le sol, un rapport confidentiel du ministère de la santé Polynésien de février 2020 va jusqu’au mentionner « un cluster de cancer thyroïdiens » aux îles Gambier fortement exposées aux premiers essais. Un exemple parmi d’autres. Si les essais atmosphériques ont arrêté en 1975, les essais souterrains ont pris la suite en ajoutant à la contamination de ces territoires un impact environnemental conséquent. Selon Sébastien Philippe, chercheur et coauteur de l’enquête « Toxique » : "Les atolls ont été défigurés. Ces essais souterrains ont provoqué des effondrements, des fractures de roches et des centaines de kilos de produits de fission et de plutonium restent emprisonnés. La faune et la flore ont été durement affectées ».

Sachant cela, la déclaration d’Emmanuel Macron expliquant, en parlant des essais qu’on « ne peut absolument pas dire qu’ils étaient propres » apparaît comme un euphémisme. De même les annonces d’apparence volontariste d’accélérer et renforcer les indemnisation des victimes en place depuis 2010 se révèlent être de façade lorsque l’on constate que le Civen ( l’institution en charge d’indemnisé ) a refusé, toujours d’après l’enquête toxique, prés de 80% des dossiers. En dix ans, 506 personnes ont été indemnisées alors même que le ministère de la santé polynésienne estime qu’il y aurait 10 000 victimes réparties essentiellement autour de Tahiti et les îles Gambier.

En déclarant reconnaître la dette que la France a envers ce territoire, Emmanuel Macron tente en réalité d’apaiser les tensions liées aux crimes coloniales de la France en Polynésie. Un discours mémoriel, dans la suite de celui fait au Rwanda, une nouvelle fois timoré et qui ne satisfait en rien les associations se battant pour mettre la lumière sur les essais nucléaire dans la région. Ainsi la visite d’Emmanuel Macron est lourde de sens en rappelant le passé colonial destructeur de la France et en affirmant la domination actuelle sur ces territoires d’outre mer stratégique pour la « nation française ».




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