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Monde

Elections générales du 28 avril

Etat Espagnol. L’extrême-droite de Vox jaillit de la crise du centre-droit

Les élections du 28 avril ont mis fin à l’exception espagnole : ne disposer d’aucune organisation d’extrême-droite forte dans le système partidaire, alors même que le reste de l’Europe connait depuis plusieurs années une montée de ces formes réactionnaires de populisme.

lundi 29 avril

Jade Marlen

Crédits Photo AFP

Une exception du moins partielle, l’extrême-droite ayant longtemps été intégrée aux institutions espagnoles à travers le Partido Popular (PP), issu d’un regroupement des droites et traversant actuellement sa pire défaite électorale. La poussée de Vox incarne ainsi l’un des projets de sortie de crise du régime les plus réactionnaires, alimentée par un puissant sentiment anti-indépendantiste et conservateur.

Les élections générales espagnoles du 28 avril avaient pour objectif d’élire les représentants du Parlement et du Sénat. Des élections anticipées convoquées par le gouvernement social-libéral de Pedro Sanchez, après l’échec de l’adoption de la loi des finances pour l’année 2019. Un scrutin qui, malgré la victoire du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE), témoigne de l’approfondissement de la crise de régime, aucun parti n’ayant obtenu assez de sièges pour constituer un bloc majoritaire.

Crise de la droite traditionnelle et percée de l’extrême-droite

Le scrutin voit la percée fulgurante du parti d’extrême-droite VOX et son entrée au parlement avec 24 sièges. Ce résultat est largement dû à la capitalisation sur la droite de la crise du Partido Popular, qui essuie le pire score de son histoire, passant de 137 à 66 députés et voyant son électorat quasiment réduit de moitié. Le PP est l’un des piliers du régime de la transition de 1978, issu d’un projet de regroupement de plusieurs tendances de la droite à l’extrême-droite.

A ce sujet, bien que la percée de l’extrême-droite se fasse de manière plus approfondie, et à visage découvert, celle-ci a tout de même gardé, même après la chute du régime franquiste, une place auprès des gouvernements nationaux, autonomes et des municipalités, sous la bannière du PP. Une intégration qui conduit aujourd’hui à la rupture dans le cadre de la crise du régime espagnol et de ses principaux partis discrédités par les mesures anti-sociales imposées à la population. Mais également, par la crise du système capitaliste et la dynamique internationale de renforcement de l’extrême-droite, à l’image des Trump, Le Pen, Salvini, Orban ou Bolsonaro.

Une réponse réactionnaire face au processus catalan

Face à cette crise des partis historiques de la bourgeoisie espagnole, la droite s’est fragmentée sous trois étiquettes : le Partido Popular, Ciudadanos et Vox, ces derniers ayant largement capitalisé sur le sentiment anti-indépendantiste et pro-espagnoliste. Un climat réactionnaire alimenté par les mesures répressives et anti-démocratiques à l’encontre de la lutte pour l’autodétermination des catalans, à l’image de l’application de l’article 155, de la persécution des leaders et militants indépendantistes, des lois restreignant la liberté d’expression et de manifester, de la répression policière, et de la défense inconditionnelle du régime monarchiste, programmes aussi bien défendus par le PP, le PSOE et Ciudadanos.

Ce bloc des droites (PP, Ciudadanos et Vox) représente une volonté de sortie très dure sur la droite de la crise du régime : un projet en faveur de la monarchie espagnole et de l’oppression des peuples autonomes, contre les femmes et les personnes LGBTI, les migrants, les travailleurs, la jeunesse, et contre les droits démocratiques.

Vox prône, entre autres, l’interdiction des partis indépendantistes qu’ils accusent de coup d’Etat en Catalogne, et défend la nostalgie du franquisme. Leur discours se porte également contre les musulmans et les immigrés et contre les organisations “féministes radicales” que le parti souhaite interdire, défendant la famille chrétienne comme pilier de la société et attaquant les mouvements des femmes au prétexte de criminaliser les hommes. Au point de lutter pour l’abrogation des lois qui reconnaissent la violence de genre (quand bien même celles-ci restent timorées).

Dans un tweet publié le jour des élections, mais aux allures moyenâgeuses, Vox est représenté comme un combattant marqué du drapeau espagnol, contre les féministes, communistes, gays, indépendantistes, antifascistes… ainsi que les propres médias dominants. Un message qui rappelle les tweets faussement « antisystème » de Donald Trump.

Contre le « moindre-mal », faire payer aux capitalistes leur crise

Face à la poussée de l’extrême-droite, le PSOE, appuyé par Unidas Podemos, a joué la pression au vote utile, et au gouvernement du moindre-mal. Pourtant, le PSOE a lui-même appliqué sans sourciller les contre-réformes du code du travail, des retraites, et appliqué les plans d’ajustement imposés par le paiement de la dette, ainsi que les lois anti-immigration. Il a été un des acteurs de la répression contre les catalans, de l’application de l’article 155 et a toujours été un fidèle défenseur de la monarchie espagnole et du Concordat avec l’Eglise.

Quant à Unidas Podemos, le mouvement né de la volonté de dénoncer « la caste » du PP et du PSOE n’a pas hésité à revendiquer la constitution de 78, héritière du franquisme. Ce dernier cherche aujourd’hui à expliquer que la seule alternative possible est un gouvernement de soutien au PSOE. Or, semer les illusions comme le fait Unidas Podemos selon lesquelles régénérer une démocratie qui n’a fonctionné que pour les riches, est le meilleur moyen de renforcer l’extrême-droite, tout en désarmant la classe ouvrière et les secteurs en ligne de mire.

Chercher à canaliser toutes les difficultés de la société dans un appui parlementaire à des gouvernements qui dans les dix dernières années ont appliqué la destruction du code du travail et la précarisation, gouvernant pour les actionnaires et les créanciers, ne peut amener qu’à de nouvelles frustrations.

L’extrême droite et son programme réactionnaire ne peuvent être arrêtés que par la lutte des classes. Plutôt que le virage à droite opéré par Unidas Podemos, il s’agit de bâtir une alternative pour la classe ouvrière, les femmes, les migrants, les jeunes, qui défende un programme qui fasse payer aux capitalistes leur crise. C’est dans cette perspective que militent nos camarades du Courant Révolutionnaire des Travailleurs et Travailleuses dans l’Etat Espagnol.




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