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Etat espagnol : début du procès politique contre les dirigeants indépendantistes catalans

Dans la logique d’un tournant réactionnaire à peine maquillé par le faible gouvernement de Pedro Sanchez, l’Etat espagnol entamait ce mardi 12 février le procès politique contre les leaders indépendantistes catalans. Apres avoir durement réprimé le peuple catalan lors du référendum du premier octobre, l’Etat espagnol se sert aujourd’hui de l’appareil judiciaire pour continuer l’offensive contre les droits démocratiques.

mardi 12 février

Crédit photo : DR

Avant le début du procès, Carlos Lesmes, le président du Tribunal Suprême de Madrid, affirmait que ce procès politique était « le plus important que nous ayons organisé [depuis le rétablissement de la] démocratie », après la mort du dictateur Francisco Franco en 1975. Carlos Lesmes ne se trompe pas. Si la Transition a été le processus politique permettant de garder les prérogatives du franquisme sous une couverture démocratique, après la crise économique de 2008 et la conséquente crise du régime postfranquiste, la question que se pose l’État reste la même : comment garder un pouvoir en crise et à chaque fois plus contesté ?

Dans ce sens, le procès contre les dirigeants indépendantistes suite au referendum du 1er octobre et la volonté d’écraser le mouvement démocratique catalan s’inscrit dans un processus de « restauration conservatrice » où l’État espagnol vise à refermer la crise qui traverse la monarchie, le régime politique et ses institutions, par la réaction.

Un procès politique

Après avoir durement réprimé les plus de deux millions de catalans qui ont lutté pour mettre en place un referendum d’autodétermination, l’État espagnol entamait ce mardi 12 février un procès politique contre 18 dirigeantes indépendantistes. Parmi eux Oriol Junqueras, ancien vice-président du gouvernement catalan ; Carme Forcadell, l’ex-présidente du Parlement catalan ; ainsi que Jordi Cuixart et Jordi Sànchez, les présidents des plus puissantes associations culturelles indépendantistes.

Emprisonnés depuis plus d’un an sans jugement et accusés de rébellion et de malversation sans preuves, le Parquet et l’avocat d’État demandent 25 ans de prison contre OriolJunqueras et 17 ans contre Carme Forcadell, Jordi Cuixart et Jordi Sanchez. De son côté, l’accusation populaire portée par le parti d’extrême-droite Vox, qui cherche à capitaliser pour les élections européennes, demande 74 ans contre le premier et 52 ans contre les trois derniers.

Conscients du caractère politique du procès et de la violation des droits démocratiques– fait qu’avait déjàsouligné la Cour européenne des droits de l’homme- autant le Tribunal de Madrid et le gouvernement que le Parquet national ont refusé l’accès aux observateurs internationaux qui souhaitaient assister au procès.

Même si ce mardi, nous n’avons assisté qu’à des questions préalables au jugement, cette situation inouïe n’a pas seulement attiré l’attention de nombreux médias internationaux, mais à produit plusieurs réactions dans la rue. Dès ce mardi, le Sindicat d’Estudiants a appelé à la grève et à manifester contre « la répression franquiste » et plusieurs rassemblements ont eu lieu autant à Barcelone qu’à Madrid. De son côté, les membres des Comitès de Defensa de la República (CDR) ont bloqué les voies les plus importantes de Catalogne et ont rejoint l’appel à la grève du 21 février lancé par l’intersyndicale CSC contre les conditions de travail et la répression politique.

La forte usure que traversent les institutions de la Transition ainsi que la reprise d’une dynamique de mobilisation dans le contexte de faiblesse du gouvernement de Pedro Sanchez, risquent d’approfondir les tendances à la polarisation déjà accélérées avec la présence du parti profranquiste Voix au parlement d’Andalousie et la manifestation d’extrême-droite qui a eu lieu ce dimanche à Madrid.




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