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Super mardi

Etats-Unis. Après des manœuvres, l’establishment obtient une première victoire face à Sanders

Joe Biden a gagné 9 des 14 Etats en jeu lors de ce « super mardi » dans la primaire démocrate. Le vote des Afro-américains a été déterminant. Une première analyse après cette offensive de l'establishment contre Sanders.

mercredi 4 mars

Crédit photo : Saul Loeb / AFP

L’establishment politique et économique sort clairement vainqueur de ce « Super Mardi » avec une performance électorale qui ressuscite la campagne de l’ex-vice-président Joe Biden, qui était jusque là très médiocre. Il gagne 9 des 14 Etats en jeu. Les marchés sont rassurés même s’ils savent que ce n’est pas fini.

Une démonstration claire du caractère complètement antidémocratique du fonctionnement de cette grande organisation impérialiste qu’est le Parti Démocrate, où il ne suffit pas d’obtenir la majorité de voix pour gagner la primaire, puisqu’il faut encore réussir à avoir la majorité de délégués, qui ont le dernier mot et peuvent se retourner à tout moment, issus des élections dans chaque Etat. Les primaires démocrates constituent ainsi une réplique en miniature du système électoral états-unien et démontrent à quel point la « grande démocratie mondiale » a mis en place l’un des systèmes électoraux les plus antidémocratiques des pays impérialistes.

Le résultat de Biden est directement lié à une manœuvre de l’establishment pour contrer la montée de Bernie Sanders, candidat autoproclamé « socialiste démocratique ». En effet, ces derniers jours, des candidats dits « modérés » comme Pete Buttigieg et Amy Klobucharn aux maigres résultats se sont retirés afin de concentrer les voix de l’establishment derrière un seul candidat. Il s’agit d’une sorte de « coup » à l’intérieur du parti pour empêcher que Bernie Sanders ne devienne le prochain candidat démocrate - même si cette possibilité reste de toute façon difficilement probable à cause du caractère antidémocratique du fonctionnement interne du parti. On doit ajouter à cela l’échec de la candidature du milliardaire Michael Bloomberg qui pourrait se retirer et ainsi favoriser la campagne de Biden, sans compter que ses délégués, lors de la convention qui désignera le candidat démocrate, apporteraient leur soutien à Biden. Quant à Elizabeth Warren, le maintien de sa candidature représente, en principe, un obstacle pour Sanders.

Cependant, malgré ces manœuvres Sanders a toujours des chances de l’emporter : il a gagné l’Etat de Californie, le « gros lot » de ce Super Mardi avec 415 délégués en jeu. Cela montre que la crise du Parti Démocrate reste plus qu’ouverte et exprime à sa manière la polarisation sociale et politique que traversent les Etats Unis.

Le vote de la population afro-américaine mérite des explications spécifiques. Celle-ci s’est tournée « massivement » en faveur de Biden qui est perçu pour une grande partie de cette frange de la population comme le plus à même de battre Trump. Guidés plutôt par une logique pragmatique que par une sympathie profonde envers Biden, les afro-américains ont exprimé leur méfiance à l’égard de Sanders qui n’apparait pas à leurs yeux comme capable de rassembler suffisamment d’électeurs - notamment les secteurs les plus « modérés » - pour battre l’actuel président. Il s’agit d’une logique politique dont l’objectif principal se limite à remplacer Trump. Or, son défaut réside dans le fait que, même si le président actuel est néfaste, il ne faut pas oublier que sous la présidence de Barak Obama, dont Biden a été le vice-président pendant 8 ans, les assassinats de Noirs ont continué, les politiques contre les travailleurs et les classes populaires, dont les Noirs sont une partie très importante, n’ont pas cessé et même les quelques promesses comme la santé gratuite pour tout le monde n’ont pas été adoptées.

Mais Sanders est aussi responsable de cette situation car lui-même se présente comme le seul capable de battre Trump ; alimentant ainsi cette logique du « moindre mal » et en faisant un « argument » de campagne. Il est ainsi logique que certains électeurs et électrices voulant avant tout faire partir Trump se tournent vers des candidats qui leur semblent plus capables d’atteindre cet objectif. Le marketing de campagne de Biden a compris cela et tente de le présenter comme un « rassembleur » de tous les secteurs démocrates : les plus modérés, l’establishment, le grand capital et finalement les plus « radicaux », étant donné que Sanders appellera sans aucun doute à le soutenir face à Trump en cas de défaite, comme il l’a déjà fait avec Hillary Clinton en 2016. Sanders est ainsi devenu victime de sa propre logique « possibiliste » et de son respect du cadre antidémocratique du régime politique nord-américain.

Tout cela montre que tenter de réformer depuis l’intérieur le Parti Démocrate, l’un des partis impérialistes les plus importants au monde, relève au mieux d’une illusion, au pire d’une tromperie pour des millions de travailleurs et de jeunes qui veulent un changement radical par rapport à la « vieille politique » pour les riches. Or, cette stratégie de Sanders correspond à ses conceptions politiques profondes. Le candidat s’affirme en effet « socialiste démocratique », par opposition aux « révolutionnaires », et prétend réformer le capitalisme, gérer de façon « plus juste » les Etats Unis, ni plus ni moins que la principale puissance impérialiste. Son « modèle » ? La social-démocratie scandinave. Ainsi, le « socialiste », s’oppose aux expropriations des capitalistes et se contente de défendre quelques mesures comme la gratuité de la santé pour tout le monde, des taxes sur le capital financier et quelques mesures écologiques. Comme dit Paul Krugman, prix Nobel d’économie qui n’est nullement hostile à Sanders, l’un des problèmes de celui-ci pour capter un électorat plus large c’est qu’il se prétend socialiste alors qu’il ne l’est pas vraiment... ce que Krugman, qui souhaiterait précisément que Sanders abandonner cette rhétorique « socialiste », regrette.

Dès lors, dans ce grand pays impérialiste où le régime est totalement antidémocratique, où les campagnes électorales impliquent de dépenser des millions et des millions de dollars pour être audible à une échelle de masses, les travailleurs n’ont ni un candidat et encore moins un parti qui défendent leurs intérêts. Et cela à une échelle national comme internationale, car dans la puissance impérialiste la plus importante au monde un parti représentant les intérêts de la classe ouvrière et des opprimés ne peut être que profondément internationaliste et anti-impérialiste. En ce sens, l’énergie et l’enthousiasme de millions de travailleurs et de jeunes à travers les Etats Unis pourrait être utilisée pour construire un parti de ce type, vraiment socialiste, anticapitaliste et révolutionnaire, défendant l’ensemble des travailleurs et des opprimés, au lieu de continuer à légitimer ce parti réactionnaire qu’est le Parti Démocrate. Cependant, cela n’est nullement la politique de Sanders.




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