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AVORTEMENT

États-Unis : Des élections de mi-mandat décisives pour le droit à l’avortement en Pennsylvanie

En Pennsylvanie, la population élira le nouveau gouverneur de l’État lors des élections de mi-mandat du 8 novembre prochain. Après la suppression constitutionnelle du droit à l'avortement au niveau fédéral, Doug Mastriano, le candidat républicain, compte interdire l'avortement s'il est élu gouverneur.

samedi 5 novembre

Crédit Photo : ASSOCIATED PRESS / CAROLYN KASTER

Le 8 novembre prochain se tiendront les élections de mi-mandat aux États-Unis. Pour rappel, ces élections renouvellent un tiers du sénat, toute la chambre des représentants ainsi que les gouverneurs d’une partie des États, dont la Pennsylvanie.

Doug Mastriano le candidat républicain en lice pour le poste de gouverneur, est un sénateur ultra-réactionnaire, vétéran de l’armée américaine et soutenu par Donald Trump, qui veut interdire le droit à l’avortement. Il a précisé qu’il n’y aurait, s’il gagne les élections, aucune exception à l’interdiction de l’IVG qu’il considère comme un « génocide niant la science ». En cas de victoire, le candidat républicain reviendra donc sur le droit à l’avortement, même en cas de viol, d’inceste ou de danger pour la personne.

En 2019, dans le cadre d’un projet de loi visant à réduire le délai légal d’avortement de 10 à 6 semaines, un journaliste à demandé à Doug Mastriano si une femme serait accusée de meurtre en cas d’avortement. L’actuel candidat au titre de gouverneur a répondu : « Ok, revenons à la question de base. Est-ce un être humain ? Est-ce un petit garçon ou une petite fille ? Si c’est le cas, il mérite une protection égale devant la loi. ». Lorsque le journaliste a demandé s’il s’agissait d’une réponse affirmative à sa question initiale, Mastriano a répondu : « Oui, je le dis. ».

En faveur de la criminalisation des personnes qui auraient recours à un avortement, Doug Mastriano a aussi déclaré que l’expression « mon corps, mon choix » était un « non-sens ridicule. »

Depuis l’abrogation de l’arrêt Roe v. Wade par le sénat américain le 24 juin dernier, les États ont désormais la possibilité d’interdire complétement l’avortement et donc de le criminaliser. Plusieurs États, notamment du Sud, ont déjà fortement restreint ou interdit le droit à l’avortement depuis cette date. C’est l’enjeu principal des élections de mi-mandat en Pennsylvanie.

Si les élections sont directement décisives pour ce droit fondamental en Pennsylvanie, l’offensive conservatrice concernant les droits des femmes et des personnes LGBTI est très forte dans l’ensemble du pays. Après l’abrogation de Roe v. Wade, le procureur général du Texas voulait réinstaurer la « sodomy law  », loi rendant les relations homosexuelles illégales. La dernière attaque en date a eu lieu en Floride, où le conseil de médecine a voté en faveur de l’élaboration d’une règle visant à interdire les soins liés au parcours de transition pour toute personne âgée de moins de 18 ans.

La question des droits reproductifs est au cœur de ces élections de mi-mandat : les démocrates en font un des axes centraux de leur campagne électorale en se présentant comme la seule force politique capable de s’opposer à la droite pour « sauver » l’avortement. La Pennsylvanie est l’un des théâtres principaux de cette campagne électoral, puisque les démocrates font du droit à l’avortement leur principal cheval de bataille pour la gouvernance de l’État face à l’un des candidats républicains les plus extrêmes sur la question.

Le droit à l’avortement est une réelle préoccupation pour les Américains qui, selon un sondage national de PBS Newshour/Marist, sont 58 % à déclarer que la décision de la cour suprême les rend plus enclins à aller voter. La côte de popularité de Biden a d’ailleurs augmenté de 5 points depuis juillet dernier.

Si les démocrates se servent de la peur suscitée par la possible interdiction de l’avortement dans le but de se faire élire en Pennsylvanie, nous ne devons pas oublier qu’ils ne sont aucunement une véritable force d’opposition à la droite américaine. Lors des quatre mandats de présidence des démocrates, les droits reproductifs n’ont jamais été ni sécurisés, ni entièrement légalisés. C’est ce qui a permis à la cour suprême de révoquer Roe v. Wade. Nous ne devons pas faire confiance aux démocrates pour protéger les droits reproductifs, ni même les étendre. D’ailleurs, le parti de Biden a indiqué qu’il ne défendrait pas les jeunes personnes trans qui font actuellement l’objet d’attaques ignobles de la part de la droite.

En canalisant la lutte pour les droits reproductifs sur le terrain des institutions, les démocrates, loin de faire avancer la lutte, détournent le mouvement féministe, qui s’est largement mobilisé depuis le début de l’année, de ses potentielles victoires. C’est par la création d’un véritable rapport de force en indépendance de toutes les institutions du régime en place que nous pourrons obtenir de réels droits reproductifs, qui ne s’arrêtent d’ailleurs pas à la question de l’avortement mais s’étendent à toutes les questions relatives au droit à disposer de son corps, incluant évidemment les droits des personnes trans.



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