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Répression

États-Unis. Des militants risquent la perpétuité pour avoir balancé de la peinture

Le 9 juillet dernier se tenait dans l’Utah, aux Etats-Unis, une nouvelle vague de manifestations du mouvement Black Lives Matter. À cette occasion, un groupe de manifestants décide, pour exprimer sa colère, de recouvrir le bureau du procureur local de peinture rouge. Une action symbolique qui pourrait aujourd’hui leur valoir la perpétuité.

dimanche 9 août

Jeudi 9 juillet. Alors qu’une nouvelle vague contestataire ébranle les États-Unis, un groupe de manifestants, dans l’Utah, décide de prendre part à une action symbolique : recouvrir de peinture rouge les bureaux de Sim Gill, le procureur de district qui avait, quelques jours plus tôt, blanchi deux policiers impliqués dans la mort d’un jeune homme. Une décision prenant l’allure d’une provocation alors qu’un mouvement contre les violences policières remue le pays depuis des semaines.

L’action se déroule sans accrocs : alors que la manifestation fait le tour de la ville, le groupe s’approche du bâtiment, et, rapidement, en recouvre la façade de peinture rouge. Si l’évènement fait bien pale figure face à la répression féroce qui s’est abattue sur les manifestants ces derniers mois, c’est pourtant celle-ci qui déclenchera l’indignation de la classe politique locale — et attirera les foudres de la justice.

« Cela va tellement plus loin qu’une simple application de la loi. Ce sont des représailles.  », s’exprimait Madalena McNeil dans TheHill. Cette dernière se voit accusée d’avoir acheté un pot de peinture rouge avant la manifestation. Pour cela, elle et six de ses camarades encourent la perpétuité. Quid des policiers violents, parfois même impliqués dans le mort de manifestants ? Rien, bien sur, sinon des mises à pied temporaires, parfois même rémunérées.
McNeil, elle, reste lucide quant à la situation, dénonçant l’expression décomplexée d’une justice à deux vitesses :

« Lorsque j’ai vu ce que j’encourais, je me suis rendue compte que j’étais devenue une ennemie aux yeux de l’État, simplement pour avoir fait usage de mes droits. […] Leur message, c’est : n’allez pas manifester. Si quelqu’un fait quelque chose, vous aurez des ennuis.  » raconte-t-elle dans The Beast].

« Il s’agit d’une utilisation effrayante de pouvoirs juridiques, qui pourraient avoir un effet dévastateur sur la liberté d’expression et de manifestation. », ajoute son avocat.

Sim Gill, de son côté, se défend : « Je ne pense pas qu’elle ira en prison pour ça. », assure-t-il. Pourquoi, alors, avoir exigé la perpétuité ? Pourquoi avoir de surcroît exigé que l’action soit jugée comme une violence en gang, assurant un jugement plus sévère ? Enfin, pourquoi avoir confié l’affaire à ce même Sim Gill, qui se trouve donc à la fois juge et partie ?

Et, si les démocrates tentent aujourd’hui de se donner le beau rôle face a un Trump plus agressif et réactionnaire que jamais, il serait trop facile d’oublier que Sim Gill, le procureur aux manettes de cette manœuvre répressive, est, lui, membre du parti démocrate. Une belle démonstration, s’il en est, que si démocrates et républicains miment une bataille féroce entre leurs partis, tous deux savent parfaitement s’accorder dès lors qu’ils s’agit de répression.




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