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États-Unis. Face à la flambée de contamination Covid, le pari risqué d’une vaccination de masse

Depuis plusieurs semaines, le nombre de morts et de contaminations de Covid-19 a explosé aux États-Unis, atteignant les plus hauts chiffres depuis le début de la pandémie. Face à cette situation, une campagne de vaccination de masse a été lancée, ce dimanche, malgré les contraintes techniques et les incertitudes.

lundi 14 décembre 2020

Crédits photo : POOL/AFP / Morry Gash

Depuis plusieurs semaines maintenant, la pandémie de Covid-19 s’est fortement accélérée aux États-Unis, avec des chiffres de contaminations et de morts journaliers jamais atteints depuis mars 2020 : plus de 2500 morts et plus de 150 000 contaminations par jour, depuis début décembre, alors que le nombre d’hospitalisations a dépassé la barre des 100 000. Au total, les États-Unis ont atteint le seuil fatidique des 300 000 morts depuis le début de la pandémie.

Des chiffres élevés, qui font des États-Unis le pays le plus touché par le Coronavirus aujourd’hui, devant l’Inde, le Brésil, la Russie et la France. Face à cette situation critique, une vaste campagne de vaccination a débuté outre-Atlantique, ce dimanche 13 décembre.

Campagne de vaccination de masse : un pari risqué et techniquement compliqué

Ainsi, des millions de doses de vaccin Pfizer/BioNTech, annoncé efficace à 95% en novembre dernier, ont été envoyées par voie aérienne partout dans le pays. Si cette gigantesque campagne de vaccination a été présentée comme « la plus ambitieuse de toute l’histoire » par le New York Times, nombre d’incertitudes demeurent.

Sur le plan technique d’abord, l’opération s’annonce extrêmement compliquée. En effet, le vaccin Pfizer/BioNTech doit être conservé à -70°C, sous congélation carbonique. Ainsi, des « 
problèmes de réfrigération pourraient notamment ruiner les doses et une pagaille logistique pourrait retarder les expéditions. Si les hôpitaux ne parviennent pas à obtenir un flux continu de personnes qui viennent se faire vacciner, les doses décongelées pourraient être gâchées
[….] la pandémie elle-même pourrait affecter certains des travailleurs médicaux que les États-Unis comptent mobiliser pour vacciner les Américains » explique ainsi le Wall Street Journal. Un casse-tête technique donc, et un processus qui s’annonce périlleux au vu des contraintes liées aux conditions de conservation des doses, tout au long de la chaîne d’acheminement.

Sur le plan médical ensuite, des incertitudes demeurent autour du vaccin Pfizer/BioNTech. « Il faut s’entourer de toutes les précautions. Les Anglais ont commencé à vacciner depuis 24 heures et ont déjà lancé une alerte », expliquait ainsi, ce 10 décembre, le Pr Eric Caumes, spécialiste des maladies infectieuses sur les antennes de LCI. « Pour les personnes très âgées, pour qui le Covid-19 est un risque vraiment important de mortalité, je ne me poserai pas de questions : il faut les vacciner en priorité [...]chez les jeunes, c’est complètement différent, d’autant qu’ils ont, apparemment, plus d’effets indésirables », ajoute-t-il, avant de conclure : « Au niveau des effets indésirables, il y a un vrai problème dans le vaccin Pfizer ».

En tout état de cause, la mise en place d’une vaccination de masse, au vu des difficultés techniques et des incertitudes qui demeurent sur le plan médical, se présente comme un pari risqué pour l’administration Trump. La gestion de la pandémie outre-atlantique, avec un Trump optant pour la ligne du déni afin de maintenir brutalement l’activité économique, est évidemment la première cause de la situation dramatique d’aujourd’hui, et l’emballement de la pandémie ces dernières semaines amène à une forme de « campagne de vaccination en panique ».

Des enjeux économiques et politiques sous-jacents

Outre les enjeux sanitaires, d’autres facteurs entrent en compte dans le lancement de cette campagne de vaccination massive, malgré les incertitudes et les contraintes techniques.

Sur le plan économique, il y a, d’une part, la guerre des laboratoires qui est bel et bien lancée. Dans cette course au profit morbide, qui ne se déroule pas sans couacs, comme la semaine dernière avec le report à fin 2021 du vaccin Sanofi/GSK, il est clair que Pfizer/BioNTech bénéficie désormais d’une longueur d’avance sur le marché. Par ailleurs, c’est bien le PDG de Pfizer qui, avec l’annonce du vaccin, avait empoché 5,6 millions de dollars.

D’autre part, sur un plan plus général, les variations du taux de la bourse sont en partie indexées sur les différentes annonces sanitaires, créant une instabilité à échelle mondiale. Comme l’explique un article de Boursorama ce lundi 14 décembre : « la campagne de vaccination contre le COVID-19 a commencé en début de journée aux États-Unis, où des hôpitaux ont commencé à administrer des premières doses du vaccin développé par l’alliance Pfizer-BioNTech, moins de 72 heures après le feu vert de la Food and Drug Administration (FDA). Cette nouvelle, qui marque le franchissement d’une nouvelle étape vers la fin de la crise sanitaire, l’a emporté aux yeux des investisseurs sur les nouvelles mesures de confinement décidées dans plusieurs pays, l’Allemagne et le Royaume-Uni entre autres ». C’est ainsi que, malgré les grandes incertitudes, l’annonce de cette campagne de vaccination de masse a aussi pour conséquence de faire repartir les marchés à la hausse. Pourtant, il est clair que ces « bons chiffres » sont en grande partie artificiels, tant la seconde vague de l’épidémie est plus importante que la première, et que les indicateurs ne plaident pas en faveur d’un début de sortie de la crise sanitaire à court terme.

Mais c’est aussi dans un contexte politique particulier que s’inscrit cette campagne de vaccination massive. En effet, les États-Unis vivent actuellement une période de transition, marquée par les multiples accusations de fraudes électorales du camp Trump lors du scrutin présidentiel qui a vu la victoire du candidat démocrate Joe Biden. Biden, justement, avait annoncé un plan « agressif » contre la pandémie ce 8 décembre, tablant sur 100 millions de doses en 100 jours. Alors que la gestion de la pandémie a été un facteur décisif de la défaite de Trump, ce dernier, encore aujourd’hui aux commandes, a donc répondu avec cette campagne de vaccination massive.

Des enjeux économiques et politiques donc, s’ajoutant à la volonté de masquer un bilan catastrophique de la gestion de la crise sanitaire, très loin d’un plan à la hauteur de la pandémie qui nécessiterait la nationalisation sous contrôle des travailleurs des laboratoires aujourd’hui engagés dans une course au profit, l’embauche massive de personnels soignants dans les hôpitaux, ou bien encore une vaste campagne de prévention et de dépistages, permettant l’isolement des personnes malades basé sur des organes d’auto-organisation de la population. Tout au contraire, c’est une campagne de vaccination agressive, brutale, visant avant tout à maintenir l’activité et les profits du grand patronat, qui a été lancée ce lundi par l’administration Trump.




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