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Droit à l'IVG

Midterms. Les électeurs du Michigan inscrivent le droit d’avorter dans la constitution de l’Etat

L'Etat du Michigan aux Etats-Unis a voté une proposition qui restaure en partie le Roe V. Wade, y autorisant donc le droit à l'avortement. C'est une victoire pour les droits reproductifs, mais maintenant, le mouvement pro-choix doit exiger beaucoup plus.

mercredi 9 novembre

© Anna Van Schaap

Au Michigan, la « Proposal 3 », un scrutin proposé dans le cadre de la défense du droit à la liberté reproductive, a été adopté à 54,5% contre 45% des voix. Cette mesure contrecarre l’interdiction d’avorter qui existait dans cet Etat depuis 1931. Ce résultat, combiné à des victoire du même type dans les Etats du Kentucky, du Vermont et de la Californie, démontre encore une fois le soutien d’une majorité d’électeurs au droit à l’avortement, et ce même dans les Etats où la polarisation politique est très forte, ou simplement à majorité républicaine. Ce structin constitue une réponse claire face aux attaques de la droite contre l’avortement ainsi que contre la décision anti-démocratique de la Cour Suprême d’annuler l’arrêt Roe v. Wade (qui permettait l’avortement dans la loi). Selon un sondage réalisé par ABC News à la sortie des bureaux de vote, l’avortement était de loin le sujet le plus présent dans la tête des électeurs, dépassant même l’inflation.

Après le référendum en faveur du droit à l’avortement dans l’Etat du Kansas, c’est une victoire importante pour les droits reproductifs, même si il ne s’agit que d’un Etat. La campagne pour la « Proposal 3 » promettaient de rétablir Roe v. Wade dans le Michigan ; les électeurs y ont répondu massivement et très favorablement.

Cependant, le simple rétablissement de Roe n’est pas suffisant. Sous le régime de Roe, les cliniques du Michigan étaient gravement surchargées et limitées dans leur capacité à fournir des soins. Les lois dues à la droite, y compris les exigences de consentement parental, les périodes d’attente obligatoires et l’interdiction d’accepter l’assurance pour la majorité des avortements, ont restreint l’accès en particulier à la classe ouvrière et à tous les opprimés.

En outre, les restrictions ciblées imposées aux services d’avortement, également connues sous le nom de lois TRAP, réduisent considérablement le nombre de cliniques et de personnel disponibles pour pratiquer des avortements dans l’État. Les politiciens anti-avortement font passer ces lois TRAP sous prétexte d’améliorer la santé reproductive, alors qu’elles visent à imposer des exigences coûteuses et médicalement inutiles, si importantes que les cliniques sont obligées de réduire leurs services ou de fermer complètement. Dans le Michigan, les cliniques sont obligées de respecter des normes structurelles comparables à celles des centres chirurgicaux. Les cliniques doivent également se trouver à moins de 30 minutes d’un hôpital et avoir un accord de transfert avec cet hôpital, même si l’avortement est connu pour être l’une des procédures les moins risquées qui soient.

La victoire dans le Michigan, comme celles dans d’autres États, montre qu’il y a des millions de personnes qui veulent se battre pour défendre les soins de santé reproductive. Ces victoires prouvent un rejet des politiques ultra-réactionnaire de la droite qui cherche à limiter notre droit à choisir. Cependant, nous devons être clairs sur le fait que le droit à des avortements gratuits, sûrs et librement accessible aux États-Unis ne sera pas gagné simplement avec l’extension de la « Proposal 3 » à d’autres Etats. Après la « Proposal 3 », de nouvelles lois continueront de restreindre le droit à l’avortement, et de nouvelles attaques venant de la droite pourraient surgir pour en limiter davantage l’accès. Et comme nous l’avons vu, le parti démocrate a démontré son incapacité à lutter contre ces lois et réglementations restrictives, ses réponses allant de l’opposition occasionnelle au soutien actif.

En effet, la popularité du candidat d’extrême droite, Tudor Dixon, au poste du gouverneur de l’Etat du Michigan montre que les attaques de la droite ne sont pas prêtes de s’arrêter. La campagne médiatique honteuse menée par la droite, qui mélangeait fake news et propos transphobes, indiquait que la proposition autoriserait la stérilisation et la transition forcées des mineurs. La droite américaine considère ses politiques contre l’avortement et contre les droits des personnes LGBTQ+ totalement en lien. Il faut donc que la lutte pour le droit à l’avortement soit elle aussi liée à la lutte pour l’accès aux parcours de transition en toute sécurité et plus généralement à la lutte pour les droits des personnes LGBTQ+.

Et effectivement, le mouvement de droite au Michigan a fait plusieurs propositions de lois contre les droits des LGBTQ+ et est prête à partir encore à l’offensive. En octobre dernier, les républicains ont présentés la loi HB 6454 qui, si elle est adoptée, rendrait illégal tout parcours de transition pour les personnes en dessous de 18 ans, parcours qui sauvent des vies et qui seront traités comme des abus sur mineurs dans le cadre de la loi. Cette tentative s’inscrit à la suite de celle du Sénat du Michigan qui voulait, en 2021, exclure les jeunes transgenres de l’athlétisme à l’école et les trier en fonction de leur genre assigné à la naissance. Après leur échec, les républicains ont opérés un revirement en posant le débat sur le budget de 2022-2023, tentative qui a finalement échoué.

En tant que militants révolutionnaires socialistes, nous voulons beaucoup plus. « Proposal 3 » n’assure en aucun cas la vraie liberté reproductive. Pour ça, nous avons besoin que l’accès à l’avortement soit gratuit pour toute personne qui en fait la demande, sans période d’attente, sans le consentement d’une personne tiers et assurer au niveau fédéral et non État par État. La seule manière d’obtenir cela, c’est par un mouvement massif dans les rues, les écoles et les lieux de travail, avec comme point pivot une stratégie à un niveau fédéral, et en intime liaison avec la lutte contre les attaques des droits LGBTQ+.

"Proposal 3" remet Roe en place, mais nous avons besoin de beaucoup plus que Roe.

[Article originellement paru sur Left Voice, média frère de Révolution Permanente aux États-Unis]



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