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États Unis. Le mouvement anti-raciste ravivé après le meurtre des deux manifestants

A Kenosha, la fusillade policière contre Jacob Blake et le meurtre de deux manifestants par un milicien d'extrême-droite ont ravivé et radicalisé un mouvement anti-raciste d'une ampleur inédite qui polarise gravement la population à deux mois des présidentielles.

lundi 31 août

Crédits photos : AFP/Getty

Le mouvement né du meurtre de George Floyd était déjà historique de par son ampleur, il pourrait l’être aussi de par sa durée et sa profondeur. Trois mois après le décès de ce père de famille africain-américain, les manifestations monstres se poursuivent. Une mobilisation d’une ampleur telle que The Washington Post se demande comment celle-ci est-elle devenue aussi « mainstream », tandis que 69% de la population estiment que le meurtre de Floyd est l’expression d’un problème structurel de la police et non un cas isolé.

D’une part, le mouvement jouit d’un large soutien, allant jusqu’à fragiliser le Parti Républicain à travers des prises de position comme celles de Mitt Romney ou Mark Esper.
D’autre part, l’abolition et le définancement de la police restent unes des principales revendications de la mobilisation. Ainsi, au cœur d’une crise économique et sanitaire sans précédent, 41% de la population sont favorables à un définancement de la police au profit de l’amélioration des services publics.

Et si la figure du mouvement reste bel et bien cet Africain-américain de 47 ans asphyxié sous le poids de Derek Chauvin, les victimes de la répression policière se sont multipliées ces dernières semaines dans les manifestations. Dernière en date, Jacob Blake qui a été fusillé de 7 balles dans le dos devant ses enfants alors qu’il tentait de séparer une bagarre dans les rues de Kenosha. Un drame qui a eu pour conséquence de faire renouer le mouvement avec le caractère émeutier des premières semaines. C’est ainsi qu’un centre correctionnel de la ville a été entièrement incendié tandis que les affrontements avec la police se sont poursuivis pendant plusieurs nuits durant.

Un état d’émeute dans plusieurs grandes villes du pays, qui polarise largement la population à quelques semaines du scrutin présidentiel. Trump, largement fragilisé et dont la stratégie de la loi et de l’ordre n’ont pas permis d’entériner la mobilisation, mise désormais sur les milices d’extrême-droite pour anéantir les manifestations en les faisant passer pour des cadres de défense populaire. A Kenosha, ce sont deux manifestants qui ont été tués par un jeune de 17 ans faisant partie de ce type de milices. En juin déjà, les manifestants avaient dénoncé l’accueil chaleureux du chef de la police de Snohomish envers une douzaine d’hommes armés venus réprimer dans le sang aux côtés de la police, l’un arborant même le drapeau confédéré. Enfin, c’est à Portland qu’un nouveau décès a été déclaré ce lundi, après des affrontements très durs entre miliciens et manifestants.

Une répression à deux voix entre la police et l’extrême-droite, qui finit donc de radicaliser un mouvement particulièrement massif, aux multiples soutiens. Après les évènements de Kenosha, ce sont ainsi les basketteurs de la NBA qui ont initié une grève historique pour protester contre les violences policières.

A deux mois des élections présidentielles, les émeutes et la répression sont les principaux sujets abordés par les candidats, ces derniers se renvoyant la balle de la responsabilité dans l’avènement d’un tel mouvement. Si Biden devance Trump dans les sondages à propos des intentions de vote, cette popularité semble indexée à la pression du vote utile. En effet, bien que les jeunes préfèrent largement le candidat démocrate face à Trump (+30 points), celui-ci ne parvient toutefois pas à conquérir profondément la jeunesse qui semble se tourner massivement vers l’abstention. Une sortie de crise par la voie institutionnelle qui semble donc très compromise à mesure qu’une nouvelle génération militante émerge aux Etats-Unis, éveillée à la politique non seulement par les crimes racistes mais aussi par la crise sanitaire et l’austérité.




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