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Etats-Unis : Le plan de relance de 900 milliards va avant tout bénéficier aux grands patrons

Ce lundi 28 décembre, Donald Trump a ratifié le nouveau plan de relance de l'économie américaine de 900 milliards de dollars. Un plan qui cristalise de multiple enjeux politiques, avec en toile de fond les élections au Sénat, et qui va bénéficier avant tout aux grands patrons.

lundi 28 décembre 2020

© Crédit photo : ANDREW CABALLERO-REYNOLDS AFP

Si l’on s’en fie à la présentation faites par les grands médias français, le plan d’aide de 900 milliards de dollars ratifié par Donald Trump après quelques jours d’un bras de fer entre le bientôt ex-président d’un côté, son parti et les démocrates de l’autre, aurait une vocation quasi-exclusivement sociale.

En effet, que cela soit dans les colonnes du Point, de France Info, de Libération ou de Ouest France, pour ne citer qu’eux, les éléments avancés sont stricto-sensu les mêmes : Le plan de 900 milliards de dollars permettrait ainsi de prolonger un report des expulsions pour loyers impayés à 10 millions d’américains, d’apporter un soutien au plan de vaccination et des aides supplémentaires pour les hôpitaux, un chèque de 600 dollars par adultes et par enfants pour les ménages les plus vulnérables, éviter la fermeture de services publics etc. Et c’est tout juste si Donald Trump n’est pas repeint en Che Guevara, lui qui a imposé un bras de fer au Congrès, estimant que le chèque aux familles devait être réhaussé à 2000 dollars, avant de céder ce lundi.

Pourtant, la réalité du plan de relance économique voté et ratifié est tout autre. D’une part, on ne manquera pas de souligner que les fameuses aides ont été divisé par deux, passant de 1200$ à 600, comme le souligne l’Humanité. Mais surtout, ce sont deux enjeux centraux qui se cachent derrière les batailles qui ont entourés le vote et la ratification de ce plan d’aide : Electoral, d’abord, avec en vue les élections au Sénat en Géorgie, qui vont déterminés en partie la mandature Biden. Economique ensuite, avec un désaccord de fond entre démocrate et républicain sur l’axe de gravité de ces aides, avec comme point d’accord une aide massive aux très grandes entreprises.

Le bras de fer de Trump : une posture de campagne

Ce lundi, on ne compte plus les élus, républicains et démocrates, les économistes et acteurs financiers qui ont exprimés leur soulagement après la ratification surprise du plan d’aide par Donald Trump. Le bientôt ex-président avait en effet, depuis la semaine dernière, entamé un véritable bras de fer avec le congrès américain et toutes ses composantes.

Paradoxalement, Donald Trump, en arguant avant tout sur la question du montant du chèque alloué aux familles les plus vulnérables face à la pandémie, se retrouve sur la même ligne que les démocrates. Pourtant, la position de l’actuel président américain, dans les derniers jours de sa mandature, tient plus du froid calcul électoral que du « virage à gauche ».

En effet, le scrutin en Georgie concernant les élection au Sénat rendra son verdict ce 5 janvier. Essentiel à plus d’un titre, car si les démocrates l’emportent, le président Biden obtiendra la majorité au Sénat et à la Chambre des Représentants. Dans ce cadre, la remise en cause et le bras de fer de Trump face à l’ensemble du Congrès, qui avait trouvé un accord après des négociations tendues, vise avant tout à se positionner dans le cadre de ce scrutin comme le meilleur défenseur des intérêts des classes populaires et des plus précaires. Une posuture qui ne l’a pas empêché, en dernière instance, à ratifier le plan d’aide, mais qui permet à Donald Trump d’occuper l’espace politique. Un point crucial tant les élections en Géorgie s’inscrivent dans le climat délétère des élections présidentielles, marquées par les multiples accusations de fraude proféré par le clan Trump à l’égard des démocrates.

Un plan d’aide qui, quelque soit la formule, est avant tout destiné aux grands capitalistes

Bien sur, le plan d’aide ratifié ce décembre n’est pas le premier depuis le début de la crise sanitaire. Le bilan de la politique mené jusqu’ici est par ailleurs proprement catastrophique, avec des dizaines de millions de nouveaux chômeurs et pas moins de 26 millions d’américains souffrant « d’insécurité alimentaire », un chiffre qui a explosé avec la pandémie.

C’est dans un article ô combien cynique du Café de la Bourse, site spécialisé en conseils pour faire de bon placement boursiers, qu’il est précisé quels sont les secteurs qui seront les grands bénéficiaires du plan d’aide ratifié ce 28 décembre. Il est ainsi précisé que « les Républicains militent pour des fonds alloués à la protection des entreprises, écoles et universités contre d’éventuelles poursuites pénales en provenance de salariés / étudiants ayant été contaminés par le Covid-19 », c’est à dire pour que « l’enveloppe du plan de relance sera davantage allouée à la couverture du risque pénal qui plane sur les sociétés américaines ainsi que sur son système éducatif [...] nous savons qu’aux États-Unis la loi permet les « class actions », ces recours collectifs qui permettent à un grand nombre de personnes de poursuivre une entité afin d’obtenir une indemnité financière pour se faire indemniser au regard de son préjudice. La facture peut donc devenir très salée, voire même mettre en péril l’existence de certains groupes s’ils doivent s’acquitter de lourdes indemnisations. Leur faillite est donc possible ».

Côté Démocrates, en revanche, le plan « sera surtout axé sur le redressement et la modernisation de l’industrie américaine, ses infrastructures, le renforcement des stocks de produits et matériels, ainsi que l’amélioration de la sécurité [ ...] A cet égard, les secteurs d’activités qui devraient particulièrement profiter du plan du plan de relance des démocrates sont : l’industrie en priorité (modernisation des infrastructures, renforcement des stocks, relocalisation, amélioration de la sécurité, innovations technologiques) ; le numérique et la santé (quote-part importante dédiée à la R&D) ; l’énergie verte et les véhicules électriques ».

Deux variantes stratégique donc, mais un même objectif qui est d’offrir de nouveau grand cadeau au patronat. Ce n’est donc pas une surprise si, ce lundi, la côte américaine sur les marchés était attendu à des sommets, comme l’explique Bourse Direct.

Pour les classes populaires, les travailleurs et la jeunesse américaine, le plan de relance de ce 28 décembre ne promet donc rien d’autres que plus d’austérité, de licenciements et de dégradations des conditions de vies, déjà dramatiques aujourd’hui. Tout au contraire, c’est pas la grève et l’action qu’il sera possible d’ouvrir la voix à une réelle alternative pour les dizaines de millions d’américains qui subissent de plein fouet la crise économique, sociale et sanitaire actuelle, bien loin des froids calculs électoraux et des plans de relance visant avant tout à ce que les grands capitalistes ne payent pas les pots cassés de la crise.




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