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Crise économique

Etats-Unis. Les demandes d’aides alimentaires en forte hausse

Alors que la crise sanitaire s’aggrave de jour en jour aux États-Unis, la première puissance capitaliste semble devoir également faire face à la plus grosse crise économique depuis les années 1930. Au-delà des effets dévastateurs d’un système de santé privatisé, l’insuffisance voire l’absence de système de protection sociale met une grande partie de la population dans des conditions de précarité extrême.

mardi 14 avril

Crédits photo : Mike Blake / REUTERS

Alors que l’épidémie n’a pas encore atteint son point le plus haut, des organisations caritatives alimentaires débordées font état de plusieurs centaines de personnes quotidiennes supplémentaires en ces jours de crise nationale. Des images de files de voitures qui patientent sur plusieurs kilomètres pour obtenir de quoi manger circulent et confirment la hausse vertigineuse de la demande d’aide alimentaire.

La semaine dernière, une des organisations concernées : Greater Pittsburgh Community Food Bank affirmait avoir servi plus de 800 voitures en une seule journée. Loin d’être prêtes à gérer les conséquences d’une crise sanitaire et économique, ces organisations expliquent manquer de moyens financiers et matériels. En plus de ces premières augmentations dramatiques du nombre de demandes, les banques alimentaires affrontent également une baisse de plus de la moitié des dons.

Certaines associations estiment déjà les conséquences en milliards. C’est le cas du plus grand réseau de banques alimentaires du pays, Feeding America qui prévoit de manquer d’1,4 milliards de dollars pour les 6 prochains mois.

Selon Courrier International, Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, s’apprête à verser 100 millions de dollars au groupe Feeding America. Si le don semble particulièrement important, il ne suffira qu’à couvrir 10% des besoins du réseau. Ce don apparaît d’ailleurs comme une miette face aux bénéfices que la société Amazon continue de faire en exploitant ses travailleurs toujours exposés, révélant ainsi l’hypocrisie de la démarche.

Le gouvernement, à défaut d’intervenir auprès des organisations sociales, préfère apporter une aide financière aux entreprises, leur laissant libre choix de se racheter une conscience ou non, à l’image d’Amazon.

Ces dernières semaines ont révélé que les travailleurs et travailleuses sont en première ligne des conséquences de la crise sanitaire. La pandémie, non prise en charge par les autorités, les attaque de plein fouet, avec un nombre impressionnant de licenciements et d’entreprises qui font faillite. Aux Etats-Unis, alors que 6,6 millions d’Américains se sont ajoutés aux listes de demandeurs d’emplois rien que la semaine dernière, sans parler des travailleurs sans papiers qui n’y sont pas inscrits, le pays enregistre le plus important nombre de suppressions de postes depuis 1930.

Aux États-Unis, aucune aide n’est disponible pour les travailleurs, pas même de système de chômage partiel. Ils se voient obligés de se mettre en congé sans soldes ou perdent leur emploi.

Ce sont plus de dix-sept millions de nouveaux inscrits aux allocations chômages, qui ont été enregistrés ces trois dernières semaines, représentant environ 10 % de la population active. Des chiffres alarmants à tous points de vue, notamment sanitaire lorsqu’on sait que l’occupation d’un emploi est souvent la clef d’accès aux assurances maladies, dont certains chômeurs se retrouvent maintenant privés. Sans aide à l’accès aux soins, nombreuses sont les familles qui ne pourront pas se battre contre le covid-19, faute d’armes.

Selon les statistiques « ethniques », le chômage aurait touché deux fois plus vite les asiatiques et afro-américains ainsi que les jeunes de 20 à 24 ans, double peine pour les minorités discriminées qui sont les premières précarisées et exposées. Une force de travail jeune et racisée, première ligne d’ajustement face à la crise et qui risque de rester sans perspectives dans un temps plus long.

Aujourd’hui, ces nouveaux chômeurs et précaires, n’ont plus qu’un seul filet de sauvetage : les banques d’aide alimentaire. Alors que ces dernières risquent d’être bientôt à cours de moyens, le président des États-Unis Donald Trump annonce un « plan de sauvetage » plus que sélectif, n’incluant aucune organisation caritative.

C’est quelques deux billions de dollars qui sont débloqués pour amortir la crise économique, mais qui verra réellement son économie relancée ? Parmi ces deux billions, soixante milliards sont destinés à l’industrie de l’aviation non-essentielle, la moitié du montant qui a été alloué à la santé, 125 milliard. Scandaleux en période de pandémie.

Dans ce plan de sauvetage les autorités déclarent également verser 1200 dollars pour chaque citoyen américain, un montant qui ne couvre souvent même pas un loyer et qui est loin d’être suffisant la majorité de la population. De plus, ces chèques de 1200 dollars ne concernent pas les travailleurs sans papiers qui ont perdu leur emploi, et qui même s’ils cotisent et payent des impôts ne peuvent pas prétendre aux allocations chômage et continuent d’être déportés.

Le cynisme de cette situation prend des traits particuliers lorsque des entreprises suspendent les cotisations patronales pour les retraites de leurs employés, avec l’aide et la bénédiction du gouvernement. À nouveau et plus que jamais les pertes sont publiques et les profits sont privés.

Dans ce contexte de crise économique, des mesures d’urgence s’imposent pour épargner la précarité à de trop nombreuses personnes. Là où les entreprises non-essentielles continuent de fonctionner en mettant en péril la santé des travailleurs, il serait pertinent de nationaliser l’activité et de mettre à contribution des comités de chômeurs pour coordonner les forces de travail sous contrôle ouvrier afin de produire du matériel de protection et des respirateurs. C’est l’initiative par exemple de cette entreprise en Argentine qui fabrique maintenant des masques et des blouses.




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