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États-Unis. Restriction du droit de vote dans les États du Sud

Alors que les habitants du Sud des États-Unis essayent de voter, ils doivent faire face à de nombreuses difficultés. Qu'il s'agisse de politiques explicitiment suprémacistes blanches de la fin du XIXe siècle, des manoeuvres de XXIe siècle qui visent à restreindre le droit de vote, des longues files d'attente, des catastrophes climatiques, ces diverses mesures, facteurs et manoeuvres anti-démocratiques mettent en lumière un système organisé pour privilégier une minorité de la population contre les intérêts d'une grande majorité.

mercredi 4 novembre

Le sud des États-Unis a une longue histoire sur l’élimination des votes de ses électeurs afin de priver les africains-américains et tout dissident politique de leur pouvoir politique. Que ce soit par le biais d’organisations terroristes violentes comme les Chevaliers du Camélia blanc ou les tristement célèbres "tests d’alphabétisation", la classe capitaliste s’est efforcée de faire taire les votes des Noirs en les privant directement et indirectement de leurs droits. Dans le passé, les lois Jim Crow ont empêché les Noirs de voter. Lorsqu’elles ont été renversées, une série de nouvelles formes de contraintes pour les électeurs ont émergé, allant du gerrymandering (découpage électoral partisan) et de l’intimidation de la population anciennement incarcérée. Nous allons présenter quelques exemples concrets actuels dans plusieurs États du Sud pour comprendre ce phénomène.

Pour commencer, le Texas ne dispose que d’un seul lieu de dépôt des bulletins de vote par comté. C’est déjà une mesure totalement antidémocratique, car cela oblige les votants à faire des heures de route pour pouvoir voter lors des élections. La classe ouvrière est celle qui est la plus touchée, en raison de son temps limité pour déposer les bulletins de vote. Ensuite, après que des fonctionnaires locaux aient mis en place des dépôts de bulletins de vote en voiture dans le comté de Harris, plusieurs procès ont été intentés au Texas pour disqualifier les 127 000 votes exprimés. Il faut noter que le comté de Harris, qui fait partie de Houston, a une population de 4,7 millions d’habitants. Heureusement, la Cour suprême de l’État a maintenu le dépôt en drive-in (vote par voiture) pour que les 127 000 votes déposés par cette méthode soient pris en compte. La survie de ces bulletins de vote pour le processus démocratique est importante ; cependant, il n’aurait jamais fallu en arriver là. Cette tentative ouverte pour le maintien du pouvoir par les classes dominantes nord-américaines montre à quel point celles-ci sont prêtes à faire plier la loi pour l’adapter à leurs désirs. Si dans la forme, ce genre d’attaque est relativement récente, on peut retracer ces méthodes de répression démocratique remonte à l’époque de la Reconstruction (période qui succède à la guerre de Sécession).

Dans le Mississippi, un amendement constitutionnel adopté à l’époque de Jim Crow doit être supprimé. Il a été institué en 1890 pour maintenir la suprématie des Blancs dans ce qui était autrefois un État à majorité noire. Dans cet amendement, le Mississippi a poussé encore plus loin la nature antidémocratique des collèges électoraux en instaurant une règle semblable à celle imposée aux fonctionnaires d’État. C’est à dire que non seulement un candidat doit gagner le vote de la population, mais il doit également obtenir la majorité des voix dans la plupart des 122 districts du Mississippi. Ainsi, même si cet État compte le pourcentage le plus élevé d’électeurs noirs, il n’a pas encore élu de responsables de l’État qui ne soient pas blancs. Malheureusement, la constitution du Mississippi n’est pas très différente de celle de ses voisins, et n’est pas non plus unique sur les extremités auxquelles la classe dominante auront recours seulement dans le but de se maintenir au pouvoir.

En Floride, une mesure permettant aux personnes anciennement incarcérées de voter a été adoptée en 2018. Cependant, cette mesure a rapidement été remise en cause. En effet, les anciens criminels ont dû payer toutes leurs amendes (souvent très élevées) avant d’être autorisés à voter. Pour aggraver les choses, dans de nombreux cas, les fonctionnaires en charge de la gestion de ces amendes n’ont pas été honnêtes sur ce qu’ils devaient réellement payer.

Récemment, le Mississippi, l’Alabama, la Louisiane et la Géorgie, ainsi que plusieurs autres États, ont tous été touchés par l’ouragan Zeta fin octobre, laissant des millions de personnes sans électricité et endommageant les infrastructures. Certains États ont refusé d’ouvrir des bureaux de vote supplémentaires pour compenser les bureaux fermés. Ces collectivités locales, qui se remettent encore des catastrophes climatiques survenues au cours d’une pandémie mondiale, sont laissées à elles-mêmes pour faire en sorte que la population puisse voter. Compte tenu des files d’attente assez longues à Atlanta, en Géorgie, cela ne fait que rendre encore plus difficile d’assurer que tout le monde peut participer à un processus démocratique.

Alors que les habitants du Sud essayent de voter, ils doivent faire face à de nombreuses difficultés. Qu’il s’agisse des politiques explicitement suprémacistes de la fin du XIXe siècle, des méthodes du XXIe siècle visant à restreindre le droit de vote, des longues attentes, des catastrophes climatiques ou de tout ce qui précède, la restriction des votes met en lumière les problèmes liés à la manière dont le système électoral américain est organisé pour protéger une minorité contre les intérêts de la majorité.




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