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Présidentielles aux États-Unis

États-Unis. Trump mobilise ses partisans réactionnaires pour intimider les électeurs

Mardi dernier, lors du premier débat de la campagne présidentielle qui l’oppose à Joe Biden, Trump a encouragé sa base électorale de droite à surveiller les bureaux de vote et a appelé le groupe armé d’extrême-droite les Proud Boys à se « tenir prêt », montrant une nouvelle fois qu’il est prêt à accentuer la pression y compris en mobilisant sa base la plus réactionnaire pour gagner le scrutin.

lundi 5 octobre

Ce dessin a été produit par DonkeyHotey pour WhoWhatWhy from these Creative Commons licensed images : Donald Trump (DonkeyHotey / Flickr – CC BY-SA 2.0), marchers (Rae Allen / Flickr – CC BY 2.0), rifles (Teknorat / Flickr – CC BY-SA 2.0) and flags (Elvert Barnes / Flickr – CC BY-SA 2.0).

Le contexte de crise sanitaire et la crise économique qui touche durement les États-Unis, a ouvert une profonde crise politique qui secoue la principale puissance impérialiste au monde. Les fondements racistes, criminels et inégalitaires de l’État américain avaient été ébranlés par le mouvement historique contre les violences policières et le racisme systémique. Les différents secteurs de la bourgeoisie américaine cherchent, avec cette élection, une direction politique capable d’affronter cette crise sans précédent.

Suite aux massives mobilisations antiracistes, Trump se retrouve dans une position particulièrement délicate à moins d’un mois du scrutin. Son concurrent démocrate Joe Biden est donné largement gagnant dans la majorité des sondages. Cependant, le processus électoral en cours qui désignera le prochain président des États-Unis s’avère beaucoup plus serré que ne le laisse présager les sondages. Rappelons que l’élection de Trump en 2016 avait défié les pronostics et les sondages qui donnaient Hillary Clinton gagnante.

Et pour cause : Donald Trump semble prêt à tout pour se maintenir au pouvoir. Depuis le début de la campagne, l’actuel président américain a multiplié les annonces qui remettent en cause la légitimité du processus électoral. De cette manière il prépare une contestation légale du résultat des élections, dans le cas où il lui serait défavorable. Il met notamment en cause le vote par correspondance qui concerne près de la moitié du corps électoral (23 États sur 50), accusant le dispositif d’être propice à la fraude.

Plus que de simples déclarations, Trump a d’ores et déjà commencé à préparer cette bataille sur le terrain institutionnel via diverses manœuvres anti-démocratiques permises par la constitution américaine. Il a désigné Amy Coney Barrett, figure de la droite religieuse, comme juge de la Cour Suprême. Choix stratégique puisqu’il reviendra à la Cour Suprême de trancher en cas de contestation des résultats électoraux. Trump l’a d’ailleurs assumé très clairement : « Je pense que [l’élection] va se terminer à la Cour suprême ... Et je pense qu’il est très important que nous ayons les neuf juges ».

Mais Trump semble aussi déterminé à mener cette bataille sur le terrain extra-parlementaire et extra-légal. S’il peut compter sur le soutien financier d’importants secteurs industriels et financiers (notamment de l’énergie et du BTP), il compte bien s’appuyer sur la partie de sa base électorale la plus réactionnaire. Celle-ci se compose notamment de groupuscules d’extrême droite, organisés et armés, qui s’étaient mobilisés aux côtés des forces de police pour réprimer le mouvement contre les violences policières dans le cadre de la politique de « la loi et l’ordre » menée par Trump. Ces groupes, qui prônent le suprémacisme blanc, avaient aussi été soutenus et encouragés par l’actuel président lorsqu’ils avaient manifestés, fusils d’assaut à la main, pour revendiquer la réouverture des entreprises pendant la période de confinement.

Ainsi, mardi dernier lors du premier débat présidentiel face à Biden, Trump n’a pas hésité à les mobiliser : « J’encourage mes partisans à aller dans les bureaux de vote et à regarder très attentivement parce que c’est comme ça que ça doit se passer. Je les encourage à le faire ». Quelques minutes après, il a appelé le groupe de suprémacistes blancs Proud Boys « à reculer et à se tenir prêt ». Il y a quelques semaines déjà, des militants pro-Trump avaient intimidé des électeurs devant des bureaux de votes pour les dissuader d’aller voter, actions pourtant interdites par la loi. Ces exhortations en direction de sa base électorale et de sa partie la plus radicale visent ainsi à saboter le processus électoral en empêchant une partie de l’électorat d’aller voter, en particulier les afro-américains et les latinos. Trump est donc prêt à jouer toutes les cartes possibles pour forcer une réélection, en allant même au-delà de ce qui est permis par les institutions du régime bourgeois nord-américain.

L’intimidation directe de votants par des groupes de droite s’inscrit dans une longue tradition anti-démocratique aux États-Unis. C’est notamment le cas de groupes suprémacistes qui historiquement n’ont jamais hésité à utiliser l’intimidation et la violence pour empêcher la communauté noire d’aller voter. Craignant la remise en cause de l’ordre capitaliste et racial américain, le Ku Klux Klan et toute une série d’autres groupes ont utilisé ces méthodes durant des décennies pour terroriser les minorités raciales et leur nier leur droit de vote. Or, c’est bien dans cette tradition réactionnaire de la classe dominante américaine qu’il faut comprendre les récents appels émis par Trump vers ces groupes. Ces méthodes ne sont d’ailleurs pas propre à Trump mais sont utilisées depuis longtemps par le parti républicain, qui a déjà utilisé des « patrouilles de sécurité électorale » pour s’assurer des victoires lors de scrutins.

Bien qu’une loi interdise ce genre d’intimidation, il faut rappeler que ces groupes d’extrême-droite entretiennent de nombreux liens avec les forces de police, comme le mouvement contre les violences policières en avait été témoin. En effet, l’appel de Trump vers ces groupes ultra racistes montre qu’ils sont au même titre que la police au service de la classe dominante et des milliardaires et représentent ainsi des ennemis absolus de la classe ouvrière et des communautés noires, latinos ou LGBTQI+.

Face à cette attaque des plus anti-démocratiques, seule l’organisation de la classe ouvrière, des exploités et des communautés opprimées pourra faire face à ces menaces et à ces attaques contre les droits démocratiques de la part de Trump et de ses partisans les plus violents.




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