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Du Pain et des Roses

COVID-19 et droits des femmes

Etats-Unis : six États interdisent l’avortement sous prétexte de coronavirus

L'épidémie de coronavirus est utilisée comme prétexte pour interdire les avortements dans six États aux Etats-Unis. Une attaque contre le droit élémentaire des femmes à disposer de leurs corps, qui va toucher particulièrement les femmes les plus pauvres et les femmes racisées, dans un pays où l'accès au soin est des plus inégal.

mercredi 8 avril

Crédit photo : Alex Wong/Getty Images

Alors que le COVID-19 frappe de plein fouet la plus grande puissance capitaliste du monde qui est en passe de devenir le nouvelle épicentre de l’épidémie, où jusqu’à deux millions de personnes pourraient mourir, cette crise met plus que jamais en lumière les échecs criants des politiques du gouvernement Trump et de ceux qui l’ont précédé notamment du point de vue de la fragilité du système économique capitaliste sur lequel repose notamment la gestion libéralisée du système de santé américain.
Dans le même temps, au cours des deux dernières semaines, les législateurs du Texas, de l’Ohio, de l’Iowa, du Mississippi, de l’Alabama et de l’Illinois -tous à majorité Républicaines excepté l’État Illinois à majorité démocrate-,ont interdit toutes les procédures d’avortement. Ils s’appuient sur l’interdiction de toutes « les chirurgies et procédures non nécessaires »- qui initialement ne comprend pas les avortements. Le procureur de l’Etat du Texas a menacé ceux qui continuaient à fournir des soins d’avortement, d’amendes pouvant aller jusqu’à 1 000 dollars ou 180 jours de prison. Tout cela sous prétexte de crise sanitaire du COVID-19.

Left Voice le journal frère de Révolution Permanente aux Etats-Unis nous apprend que «  l’interdiction a été immédiatement contestée par des groupes de défense des droits reproductifs tels que Planned Parenthood, la Fédération nationale de l’avortement et l’ACLU, qui affirment à juste titre que les restrictions punitives à l’avortement mettront en danger la vie et les moyens de subsistance des personnes qui souhaitent mettre fin à leur grossesse ».

Entre 2013 et 2019 les attaques contre le droit à avorter se sont multipliées, et aujourd’hui six Etats interdisent de manière permanente, l’avortement après six semaines de grossesse. Ces politiques conservatrices, qui s’en prennent directement au droit des femmes à disposer de leur corps, sont criminelles. Elles laissent des milliers de femmes - et notamment les plus précaires ne pouvant procéder à un avortement dans un État voisin – dans des situations économiques et psychologiques désastreuses.

L’interdiction totale d’avorter va amplifier cette situation et va projeter de nombreuses femmes dans des situations financières intenable si la grossesse doit avoir lieu. Le coût de celle s’élevant à plusieurs milliers de dollars aux Etats-Unis, notamment dû aux dizaines de rendez-vous médicaux que nécessite une grossesse saine, ajouté à cela le coût moyen de l’accouchement aux États-Unis qui est supérieur à 5 000 $, pour les patientes avec assurance, pour les patients non assurés – il y a plus de 20 millions de personnes non assurées- ce coût peut plus que doubler !

Au fardeau économique lié à une grossesse non désirée, s’ajoute les risques sanitaires importants que comporte l’accouchement aux États-Unis. Alors que la mortalité maternelle a chuté au niveau mondial, une étude réalisée en 2016 par le Centre national d’information sur les biotechnologies a révélé que la mortalité maternelle aux États-Unis a augmenté de plus de 100 % entre 1991 et 2014.
Et ce sont plus de 30 000 femmes qui meurent chaque années d’avortement non médicalisé…

Cette décision laisse des milliers de femmes, principalement des femmes à faible revenu et des femmes de couleur, sans accès à des soins de santé essentiels et critiques, en pleine pandémie mondiale et en pleine crise économique dévastatrice.
Cette répression sur les soins de santé reproductive va laisser des centaines de milliers de femmes, principalement des femmes à faible revenu et des femme racisées- qui sont surreprésentées dans les personnes à faibles revenus-, sans accès aux soins de santé essentiels. Cette situation va être amplifiée par la crise économique qui s’annonce : en deux semaines, pas moins de 10 millions de travailleur.ses se sont retrouvé.es sans emploi , le Texas à lui seul a vu le taux de chômage augmenter de plus de 800% la semaine dernière.

Face aux anti-IVG qui voudraient que le droit à manifester devant les cliniques, soit reconnu comme « essentiel » en ces temps de coronavirus, il est nécessaire d’exiger un droit à avorter librement. Face au prix de la santé et de la prise en charge des avortements, il faut exiger leur gratuité. Pour que plus une seule femme ne meurt de n’avoir pu exercer son droit à l’avortement, nos camarades de Left Voice écrivent « Nous devons réorganiser radicalement notre infrastructure politique et sanitaire en abolissant les soins de santé à but lucratif et en instaurant à leur place un système gratuit, public et contrôlé par les travailleurs. Pour que chaque personne ait accès à des soins de santé complets et fiables, indépendamment de sa race, de sa classe ou de son identité sexuelle. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons garantir le droit à l’avortement pour toutes et éliminer les disparités raciales et de classes en matière de santé  »




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