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Politique

Offensive réactionnaire

« Etats-généraux de la laïcité ». Fourest, Enthoven... Schiappa ouvre le bal des islamophobes !

Marlène Schiappa ouvrait ce mardi les « états généraux de la laïcité ». Service après-vente de la loi « séparatisme », la conférence a vu se succéder des interventions plus islamophobes les unes que les autres, instrumentalisant la laïcité à des fins racistes sous couvert de débat « intellectuel ».

mercredi 21 avril

Photo : Compte Twitter du Ministère de l’Intérieur

Comme le rappelait la ministre Marlène Schiappa elle-même dans son discours d’ouverture, ces « états généraux de la laïcité » s’inscrivent dans une offensive plus large menée par le gouvernement, au nom de la « laïcité ».
« Le cadre [a été] fixé par le président de la République, notamment lors de son discours des Mureaux, et nous le maintenons avec le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. C’est dans ce cadre que nous ouvrons ces états généraux de la laïcité, parce qu’il nous faut convaincre, en particulier les nouvelles générations de l’importance de la laïcité », affirmait la ministre, invoquant « l’urgence de ce travail de conviction […] dans un moment où notre société doit faire face à la fragmentation ».

Il s’agit en effet d’une référence au discours prononcé en octobre par Macron pour annoncer le lancement de la loi Séparatismes, une loi profondément islamophobe, réactionnaire et liberticide. L’interview récente de Macron au Figaro s’est d’ailleurs voulue une nouvelle incarnation de cette offensive liberticide.

Depuis, la surenchère fait rage entre les ministres Darmanin, Blanquer et Schiappa se concurrençant sur ce terrain, sur fond de préparation des présidentielles, comme le moquent différents médias bourgeois. « La concurrence est rude entre ministres faisant assaut de propositions, tel Gérald Darmanin à l’intérieur, pour qui la laïcité doit être le « remède » pour soigner un pays « malade » du séparatisme islamiste, mais aussi le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui a confié au Monde vouloir lancer un think tank sur la laïcité en vue de la présidentielle de 2022 », écrit notamment Le Monde.

Une islamophobie parée des habits républicains de la « laïcité »

La conférence d’ouverture a consisté en une succession d’interventions « d’intellectuels » portant sur les « principes juridiques, philosophiques et politiques de la laïcité », mais ce sont bien les tenants d’une « laïcité » instrumentalisée à des fins islamophobes qui ont été conviés à cette opération de communication.

Sous couvert d’un « débat apaisé », l’enjeu de ces « états généraux de la laïcité » pour le gouvernement était bien de légitimer son offensive raciste et réactionnaire contenue notamment dans la loi séparatisme passée sans encombre au parlement.

En témoigne la liste des invités. Parmi lesquels le philosophe Henri Peña-Ruiz connu pour avoir défendu le « droit d’être islamophobe », ou encore l’essayiste Caroline Fourest, figure du fémo-nationalisme et dénonciatrice de « l’islamo-gauchisme ». Mais également des « intellectuels » et « philosophes » comme Raphaël Enthoven, bien connus pour être les courtisans ridicules de la bourgeoisie et du macronisme. Ce dernier s’adonnant largement à alimenter toute la rhétorique du « péril islamo-gauchiste » qu’utilise le gouvernement, la droite et l’extrême-droite pour faire taire et réprimer toutes celles et ceux qui dénoncent l’islamophobie et le racisme d’État.

La tribune a donc vu se succéder des interventions plus réactionnaires et islamophobes les unes que les autres, mettant dos à dos des organisations politiques ouvertement racistes et xénophobes comme le Rassemblement national et des courants décoloniaux qui dénoncent à juste titre un racisme d’État qui puise ses racines dans l’histoire coloniale de l’impérialisme français.

« La laïcité est un universalisme et non pas un différencialisme. C’est pourquoi je dénis au Rassemblement national le fait qu’il soit laïc […]. Mais hélas il y a une autre branche de la tenaille qui essaie d’étrangler la laïcité, c’est la mouvance décoloniale », a dénoncé Henri Peña-Ruiz lors de la conférence, reprenant à son compte les accusations en « islamo-gauchisme ».

Pire encore avec Caroline Fourest qui poussait toujours plus loin la rhétorique : « Ce mot islamophobie il a tué les dessinateurs de Charlie Hebdo, ce mot islamophobie il a tué le professeur Samuel Paty. Et demain, à qui le tour ? ». Des propos scandaleux qui amalgament non seulement l’islam et les musulmans au terrorisme mais y associent aussi tous ceux qui dénoncent cet amalgame et le racisme anti-musulman.

Des propos dans la droite lignée du réactionnaire Pascal Bruckner qui avait indignement accusé la militante antiraciste Rokhaya Diallo d’être complice de la mort des membres de Charlie Hebdo. Ou encore ceux du ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer, qui dénonçait de « complicité intellectuelle du terrorisme » les « islamo-gauchistes ».

En bref, une série de propos scandaleux qui visent à faire taire celles et ceux qui dénoncent le racisme tout en cachant la réalité du racisme d’État et de l’offensive islamophobe qui a des conséquences dramatiques à l’encontre de la communauté musulmane. Comme en témoigne les récentes attaques islamophobes qui se sont enchaînées ces dernières semaines.

Comme l’indique Le Monde La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) recevra des « cartes blanches » proposées à différentes associations dans ce cadre. Cela illustre à nouveau les ambiguïtés de cette organisation de l’antiracisme institutionnel, plus à une polémique près lorsqu’il s’agit d’islamophobie, en témoigne la récente nomination de les anciens premier ministre Édouard Philippe et Manuel Valls comme membres du comité d’honneur. Ce dernier aura passé son temps à instrumentaliser des drames comme ceux de Charlie Hebdo pour développer des discours islamophobes décomplexés et alimenter le racisme contre la communauté musulmane.

Une tentative de durcissement idéologique face à une jeunesse mobilisée contre le racisme

Cette offensive idéologique s’est par ailleurs accompagnée d’une volonté de « pédagogie » et de « débat » qui n’est pas sans rappeler la multiplication des « grands débats » par la Macronie. Une consultation publique a ainsi été lancée auprès de 50 000 jeunes de 18 à 35 ans, autour de la question « comment faire vivre la laïcité au quotidien ? »

Alors que la jeunesse s’est largement politisée autour de l’antiracisme et de la dénonciation des violences policières, à l’image des mobilisations contre la loi Sécurité globale récemment, et des manifestations à l’appel du Comité Adama l’été dernière dans la lignée des mobilisations nées aux États-Unis suite au meurtre de George Floyd, le gouvernement cherche aujourd’hui à contrer cette politisation de la jeunesse qui remet en cause le racisme d’État. D’une part en cherchant à légitimer un appareil policier à l’image abîmée, comme en témoigne les stages auprès de la police proposés par Darmanin aux jeunes des quartiers populaires.

Récemment, un sondage IFOP dénonçait ainsi « un recul de la laïcité » dans les lycées, alors même que les réponses démontraient bien plutôt la dénonciation des discriminations, notamment contre les musulmans ou assimilés comme tels. L’occasion pour l’extrême-droite d’agiter le spectre du « basculement civilisationnel ». La volonté de pédagogie envers les jeunes en matière de laïcité, aujourd’hui affichée par le gouvernement, laisse voir une nouvelle fois la perméabilité entre les idées véhiculées par l’extrême-droite et la politique gouvernementale.

Pour le retrait des lois liberticides et autoritaires

A l’image de cette jeunesse antiraciste qui refuse de se laisser intimider par les offensives idéologiques islamophobes du gouvernement, il est nécessaire d’exiger le retrait des lois liberticides et autoritaires, loi Séparatisme et Sécurité globale en tête.

Alors que Macron multiplie les mesures sécuritaires et renforce l’arsenal répressif, à l’image du plan des 10 000 policiers supplémentaires, et que la droite joue la surenchère, il est nécessaire de ne rien céder et de répondre par la mobilisation dans la rue. Il est urgent que les organisations du mouvement ouvrier, de la jeunesse ainsi que les comités des quartiers populaires qui luttent contre les violences policières et contre le racisme d’État , fassent front et se mobilisent dans la rue pour construire un rapport de force qui pourra stopper le gouvernement et imposer le retrait de toutes les lois liberticides et racistes. Qui plus est quand la gauche institutionnelle, à l’image du PCF et du PS au parlement, s’est montrée largement inconséquente et conciliante face à ces offensives.




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