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Jeunesse

Témoignage

Etudiante en alternance : obligation de travailler et pression scolaire malgré le coronavirus

Nous relayons le témoignage de Julie, étudiante en alternance contrainte par son contrat de continuer à travailler en agence bancaire pendant le confinement, en s'exposant au virus, tout en rattrapant l'ensemble de ses cours pour valider son master...

samedi 21 mars

Les étudiants en alternances ont récemment été comparés à des héros dans un article en ligne. Les études en alternance, c’est ce que je vis depuis maintenant trois ans, et je peux vous confirmer que c’est loin d’être facile. Être étudiant en alternance, c’est présence obligatoire à chaque cours, présence obligatoire à chaque journée de travail. C’est être concentré, prendre des notes, les retaper en rentrant, réviser les partiels, et rendre les projets de groupe. C’est aussi la pression psychologique du travail, qui pèse autant que celle de l’université. Et tout ça, c’est du non-stop. Pas de vacances scolaires, aucun temps offert pour réviser, car tout est compté, payé.

Depuis lundi, les facultés sont fermées au même titre que les écoles, lycées, collèges... Mais en tant qu’apprentis, nous avons été informés que, le prochain cycle scolaire étant supprimé, notre présence serait alors obligatoire en entreprise les prochaines semaines, à la place des cycles scolaires. Encore. Est-ce vraiment logique ? Alors que l’université nous demande de rendre en temps et en heures d’importants travaux, en sachant que de nombreuses heures y étaient consacrées pendant le cycle scolaire ? Mais aussi en sachant que nous sommes considérés comme des personnes « à risque », en tant que potentiels « porteurs sains » ? Nous avons également été informés que malgré ce qu’ils appellent des « solutions » mises en place, il n’y aura aucune garantie que l’obtention du diplôme aura lieu elle en temps et en heure... Mais alors quand ?

Se pose la question des devoirs de fin d’année, qui représentent 85% de notre note du semestre. Il s’agit de la rédaction du mémoire de fin de M2, mais également d’un projet tutoré à mener par groupe de 3 ou 4. Je tiens à préciser que ces projets doivent être rendus en temps et en heure, et qu’une note en dessous de la moyenne est éliminatoire pour l’obtention de notre Bac+5. Les quatre prochaines semaines devaient être dédiées à ce projet. Suite à la fermeture de l’université, on nous a informés que les sujets, indications, commentaires, ou questions seront échangés par voie électronique entre les élèves et les enseignants. En soit ce n’est pas une mauvaise idée, mais il y a encore une question qui reste sans réponse : ou va-t-on trouver le temps ? En sachant que nos horaires hebdomadaires à l’université sont de 35h, nous sommes tous à la recherche de 140h de disponibles pour travailler ensemble à distance !

Passons ensuite aux conditions de travail en cette période sanitaire assez critique. A ce jour, de nombreuses agences [bancaires] sont restées ouvertes avec un cycle de fonctionnement tout à fait normal : libre d’accès aux clients, rendez-vous physiques, service d’accueil... Les précautions ? Une seule : pensez à vous laver régulièrement les mains. Pas de masques, pas de gants, pas de restrictions... Suite à des plaintes, nous avons pris la liberté de fermer les grilles, et de ne traiter que les demandes URGENTES. Résultat ? Des dizaines et des dizaines de clients, qui s’entassent alors dans le petit hall derrière la grille, à seulement quelques centimètres des uns des autres... Et traiter les demandes une à une signifie tout de même : le contact, le dialogue face à face, l’échange de stylo, l’ouverture de et fermeture de la porte…

En plus de l’atmosphère générale stressante liée à la situation sanitaire critique, la pression nous ronge tous. Nous devons continuer à travailler, travailler à la place d’étudier, et... étudier à la place de... dormir ? Je me demande encore comment je vais m’en sortir.




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