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Jeunesse

Validisme de l'UP

Étudiante handicapée. Privée d’aménagements, l’Université de Paris lui propose de « redoubler »

Après l’affaire de Julie, étudiante en situation de handicap harcelée par l’Université de Paris, Tilly, étudiante handicapée dans la même université, raconte son combat pour obtenir les conditions d’étude dont elle a besoin, face aux services de la fac qui la poussent à redoubler.

mardi 23 novembre

Médiapart révélait il y a quelques semaines le calvaire vécu par Julie, étudiante à l’Université de Paris. En situation de handicap aigüe, elle a vécu un enfer, harcelée et humiliée par les référents handicap, la médecine scolaire et la direction de la fac durant les plusieurs années de son parcours. Ces révélations ont largement révolté parmi les étudiants de la fac qui ont exprimé leur solidarité et leur colère lors d’un premier rassemblement :

La parole commence depuis à se délier pour d’autres étudiants en situation de handicap qui font face aux mêmes difficultés et subissent des violences au quotidien de la part des services de la fac. Une étudiante de l’Université de Paris a ainsi contacté le Poing Levé suite au premier article que nous avons écrit sur le sujet, pour nous parler de sa situation.

Tilly est étudiante en M1 à Paris Descartes, l’un des pôles de l’Université de Paris. Dysgraphique et dysorthographie, Tilly a malgré tout réussi jusqu’ici une scolarité brillante, grâce à la mise en place de différents aménagements pour l’accompagner. Son médecin et le service de la fac ont aussi attesté à son arrivée en septembre à l’Université de Paris de ses besoins d’aménagements : quelqu’un pour prendre les notes en cours, mais également d’un tuteur pour l’accompagner dans son travail pour un certain nombre de cours, et d’aménagements pratiques pour les examens. Depuis son arrivée à l’Université de Paris, qui lui faisait miroiter une image prestigieuse, elle vit un combat sans répit pour accéder à ses droits.

Si la médecine de la fac et son Pôle Handicap ont reconnu le handicap et attesté des aides dont elle nécessite, rien n’a pourtant été mis en place jusqu’à aujourd’hui. Rien, à tel point que l’étudiante a dû chercher et «  recruter  » elle-même une de ses camarades en tant que preneuse de notes, alors que la gestionnaire des tuteurs disait ne pas parvenir à en trouver. Une démarche personnelle à laquelle Tilly a donc été contrainte face à l’inaction du service de gestion des tuteurs, même après leur avoir signalé plusieurs fois que leur soi-disant avis de recherche d’un tuteur et d’un preneur de notes ne circulait nulle part, et qu’aucun étudiant de sa filière ne l’avait reçue, etc.

De plus, les problèmes s’accumulent pour Tilly, puisque la preneuse de notes qu’elle a trouvée - et qui l’aide donc depuis plusieurs semaines - n’est toujours pas rémunérée. La raison ? Pour la fac c’est «  trop compliqué  » en raison du statut d’étudiante étrangère de cette dernière. Toujours selon le service de gestion des tuteurs, elle pourrait finir par être rémunérée, mais pour moins d’heures que celles qu’elle travaille effectivement. Et pour achever toute démarche de réclamation, cela fait un moment que le secrétariat concerné ne répond plus du tout aux mails de l’étudiante, la laissant sans rémunération ni information.

En ce qui concerne le tutorat auquel Tilly a droit, là encore aucune solution n’a été trouvée. Une situation particulièrement critique à la mi-novembre puisqu’il est impossible pour Tilly de travailler et réviser ses cours sans un tuteur, pour des examens qui ont lieu dans 3 semaines ! Aux multiples relances de l’étudiante, voilà la réponse de Jean-Basptiste Busaal (référent pour les étudiants en situation de handicap et vice-doyen de la faculté d’économie et gestion) : pour lui l’Université «  n’a qu’une obligation de moyens  » vis-à-vis des étudiants handicapés, c’est-à-dire l’obligation de chercher un budget et des tuteurs, «  et non de résultats  ». Aucune obligation, donc à ce que les aménagements et aides soient effectivement trouvés et mis en place. «  Il serait tout à fait dommage que vous ne puissiez pas bénéficier de tous vos aménagements  » mais «  l’université ne peut pas en porter la responsabilité  » finit-il par conclure, après avoir précisé que la mieux placée pour trouver un tuteur serait Tilly elle-même, puisque les étudiants préféraient aider quelqu’un qu’ils connaissent.

Entravée par ces obstacles et face à l’indifférence des services référents de la fac à l’image de la réaction du vice-doyen, la suite qui se dessine pour Tilly serait le redoublement. Une «  solution  » d’ailleurs proposée avec la même désinvolture par Jean-Baptiste Busaal, pour lui, «  si malheureusement vous ne validez pas votre année, il serait toujours possible de redoubler.  » «  Il est très rare de ne pas trouver de tueur (…) malheureusement ça tombe sur vous, mais nous n’y pouvons rien  ». Agacé, trouvant peut-être l’étudiante trop revendicative et pressante, il va jusqu’à lui signaler que cette affaire n’est pas un «  combat  » à mener contre lui, avant de la menacer de ne plus lui répondre : «  si mes messages ne sont pas utiles, je ne vous écrirai plus  ».

Contrairement à ce qu’affirme le vice-doyen de sa faculté, comme pour Tilly et Julie, poursuivre sa scolarité est un combat permanent pour les étudiants en situation de handicap. Ne serait-ce qu’obtenir la mise en place des aménagements qui leur sont dus est bien souvent le fruit d’une longue lutte avec l’administration de leur part. Comme le dit Tilly elle-même, proposer le redoublement comme une solution est proprement scandaleux. D’autant plus que «  ce sera le même problème l’an prochain  ». Car en effet, ce problème n’a rien de conjoncturel ou d’isolé, mais résulte du fonctionnement même de l’université et du manque de moyens, en particulier en ce qui concerne l’accompagnement des étudiants handicapés. Face à cette situation et devant trop d’entraves à leur réussite nombre d’entre eux se retrouvent poussés vers la sortie des universités, comme le montrent les 81 témoignages rassemblés par Streetpress. C’est aussi le cas de Tilly, qui a finalement décidé de mettre fin à son année universitaire, à cause du stress généré par cette situation.

Dans une fac aussi élitiste et sélective que l’Université de Paris, on voit bien que la priorité n’est pas celle de la réussite et des conditions d’études de ses étudiants, et plus encore pour les étudiants en situation de handicap, laissés de côté, voire harcelés comme l’a révélé le cas de Julie. Pour nous au Poing Levé, la fac est responsable de ces parcours impossibles que doivent subir ces étudiants, cette «  fac, qui pour un classement international, pour pouvoir se vendre, fait le choix de privilégier une poignée d’étudiants, pour délaisser, maltraiter, humilier, et tout simplement refuse l’éducation à des milliers d’autres  » comme le déclarait Philéas au rassemblement en soutien à Julie. Tous les étudiants ont droit à des conditions d’étude dignes. Nous revendiquons dans ce sens la mise en place de moyens qui permettent des aménagements réels d’études pour ceux qui en ont besoin, l’embauche massive de tuteurs et de preneurs de notes avec des contrats et des rémunérations dignes, ainsi que l’embauche de médecins et de personnels de santé nécessaire à l’accompagnement de l’ensemble des étudiants, pour que chaque étudiant puisse bénéficier du cadre nécessaire à sa réussite.




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