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Jeunesse

En première ligne face au Coronavirus

Etudiante licenciée par McDo : "les plus précaires vont payer la crise"

Étudiante et travailleuse précaire chez McDonald’s, j’ai été licenciée en raison du coronavirus. Pour les profits de quelques uns, je risque de me trouver dans une situation d'extrême précarité. Une fois de plus, ce sont les travailleurs qui sont en première ligne de la crise sanitaire et économique.

mardi 17 mars

Crédits photos : © Archives JEROME FOUQUET

Étudiante en première année, j’avais besoin de cet emploi pour pouvoir me mettre en colocation et payer mon loyer. Comme beaucoup de jeunes, j’ai dû me résigner à prendre un job précaire dans la restauration, en maniant difficilement l’exploitation au travail, la pression scolaire, et la précarité dans la vie.

J’ai été embauchée à McDonald’s le 17 février, pour une période d’essai de deux mois, période pendant laquelle je pouvais me faire virer du jour au lendemain. Période en or pour les patrons, où ils peuvent te faire accepter n’importe quelles conditions de travail en agitant le spectre du licenciement.

Mais la crise du coronavirus est arrivée, mettant en danger des centaines de milliers de personnes sur le territoire, y compris les travailleurs des services publics ou de la restauration, surexposés aux risques de propagation. Pour Mcdo, aucun doute : pour ceux qui ne travaillent pas dans la livraison à domicile, c’est le licenciement qui prime. Pour une entreprise qui fait des milliards de bénéfices chaque année, licencier ses salariés en pleine épidémie du Coronavirus rend compte d’une logique de profit sans vergogne.

Ce n’était pas par gaité de coeur que j’avais décidé de postuler au McDo, mais bien par nécessité. Les conditions de travail étaient épuisantes : pas de pause pendant 4h30, un rythme fatigant à tenir sous peine de se faire remonter les bretelles par les managers, et tout ça en paraissant le plus heureux possible auprès de la clientèle. Quelque part, je suis bien contente de n’avoir plus à travailler dans ces conditions-là.

Mais j’avais besoin de ce travail pour devenir indépendante et payer mon loyer. Je n’avais pas prévu de me faire licencier et de me retrouver sans ressources au bout d’un mois de travail, encore moins à cause d’une épidémie. Et pourtant, c’est bien ce que m’a annoncé la manager ce mercredi après 4h de boulot. Après m’avoir bien rassurée sur le fait que ce n’était pas dû à un mauvais travail de ma part, elle m’a annoncée que l’entreprise était obligée de me licencier car économiquement il fallait réduire les effectifs. Bien sûr, les derniers arrivés dans l’entreprise sont les premiers touchés, et bien souvent ces derniers sont des étudiants précaires.

Evidemment, avec des milliards de dollars de bénéfice, aucun risque pour Macdo de souffrir de la crise sanitaire et économique qui se profile. D’avoir du mal à remplir son frigo. D’avoir du mal à accéder aux soins lorsque les services hospitaliers ont été détruits par les réformes néolibérales.

Ce que je vois, c’est qu’une fois de plus, ce sont les plus précaires qui vont devoir payer la crise, et que les patrons s’en tirent toujours aussi bien. Alors que dans certains magasins, les employés sont obligés de bosser deux fois plus en étant exposés au virus et que dans certains McDonald’s qui font McDrive les employés doivent continuer à travailler comme si de rien n’était, d’autres McDo font le choix de licencier leurs employés pour préserver leur chiffre d’affaires, quand bien même ces employés sont précaires et n’ont pas d’autre choix que de travailler chez McDo.

Face à ce patronat qui fait passer leurs profits avant nos vies, nous devons nous organiser et réclamer que ce soit lui qui paye la crise et non pas les plus précaires qui en pâtissent. Au MacDo mais dans toutes les entreprises, nous avons droit au chômage partiel indemnisé à 100%, et financé par le patronat. Comme disaient les travailleurs de l’usine PSA Italie, "nous ne sommes pas de la chair à canon".




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