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Jeunesse

Après Parcoursup et la hausse des frais d’inscription

Étudiants, lycéens, exigeons la gratuité de l’enseignement supérieur !

Alors que depuis plusieurs semaines les lycéens et les étudiants ont rejoint la colère générale contre le gouvernement, joignant leurs revendications contre l’augmentation des frais d’inscription à l’université à celles des gilets jaunes, le discours de Macron à la télévision n’a même pas abordé la question.

mardi 11 décembre 2018

Crédit photo : Jean-Philippe Ksiazek / AFP

Université made in Macron : sélection et augmentation des frais d’inscription

Après Parcoursup et la généralisation de la sélection sociale à l’entrée et tout au long du parcours universitaire imposée par Macron au printemps dernier malgré une forte mobilisation, le gouvernement a annoncé franchir un cap supplémentaire dans la destruction de l’université publique. Dès la rentrée prochaine, les étudiants étrangers hors Union européenne se verront contraints de débourser 2 700 € pour une année de Licence, et 3 700 € pour une année de master ou de doctorat, soit une multiplication par 10. Dans le même temps, un rapport de la Cour des Comptes est venu confirmer ce que tout le monde savait déjà : il ne s’agit que d’une première étape, raciste, dans la remise en cause totale du principe de quasi-gratuité de l’université française.

En effet la manœuvre est si fréquente qu’elle ne surprend plus personne. S’attaquer brutalement en cherchant à étaler les attaques dans le temps pour isoler les possibilités de résistance : les étudiants étrangers aujourd’hui, et tous les autres demain. On se rappelle d’ailleurs des préconisations de Gary Bobo, le conseiller ultra libéral de Macron, et son rapport qui précisait explicitement qu’il fallait « Y aller doucement, mais commencer tout de suite avec les frais d’inscription", avec pour objectif d’arriver à des frais d’inscription entre 4000 et 8000 € !

En réalité, ce qui se dessine, c’est bien le parachèvement de la politique néolibérale menée ces vingt dernières années par les différents gouvernements. Depuis le processus de Bologne, la bourgeoisie française souhaite revenir sur le compromis dont est issue « l’université de 68 ».

La raison est avant tout économique : le patronat n’a plus besoin d’autant de techniciens supérieurs qu’avant, d’autant plus que le patronat est de plus en plus réticent à supporter le coût d’un tel enseignement public s’il ne lui rapporte pas plus directement. D’où un double processus : d’abord une dé-massification de l’enseignement supérieur, qui ne peut être que relative, mais qui s’exprime par la sélection croissante, à chaque échelon (après le BAC, après la licence, après le M1), destinée à réduire les masses salariales et les coûts des infrastructures des universités, mais aussi et surtout de réduire les bancs des chômeurs diplômés qui sont la base matérielle à une contestation profonde du système.

D’autre part une dé-démocratisation de l’enseignement supérieur public, avec des incursions de plus en plus franches du capital industriel et commercial dans la direction des universités, leurs enseignements et leurs diplômes.

Par tous ces aspects, l’université française est aujourd’hui la cible de réformes visant à faire correspondre son fonctionnement et son utilité aux évolutions du capitalisme. En cela, il ne s’agit en rien d’un changement qualitatif du rôle de l’université : elle reste asservie aux besoins des capitalistes, bien que ceux-ci aient changé.

Ce n’est pas aux étudiants et aux enfants de travailleurs de payer leur crise !

Le modèle rêvé des capitalistes, ce serait une université sélective et payante, dont les filières et diplômes seraient ajustés année par année en fonction des besoins de l’économie. Derrière ce modèle, l’idée que l’université n’est pas un lieu d’émancipation mais seulement un lieu où l’on investit dans un diplôme supposé apporter du travail, par une formation destinée non pas seulement à développer des compétences, mais aussi à formater une certaine subjectivité à même de répondre aux besoins du patronat.

Cette université, c’est l’université que Macron est en train de mettre en place : en instaurant la sélection en première année de licence, c’est avant tout une sélection sociale qui est mise en place, empêchant toute personne issue des classes les plus défavorisées à avoir accès à l’éducation. La loi ORE a aussi instauré l’idée qu’un diplôme pourrait être fermé si l’insertion professionnelle à la sortie de la fac était trop faible.

Avec la hausse des frais d’inscription, ce qui est en jeu c’est l’idée selon laquelle ce serait aux étudiants de payer pour combler le déficit des universités et pour pallier au manque de moyens sciemment orchestré par les différents gouvernements. Dans cette logique, étudier n’est plus un droit mais bien un privilège donné aux plus favorisés. Les étudiants deviennent des clients, qui peuvent prétendre à un service en fonction du prix déboursé pour avoir accès à une formation de qualité. Pour tous les autres, des solutions de seconde zone seront mises en place : formations poubelles, voies professionnalisantes, etc. Autrement dit, la fin définitive de l’université comme établissement de service public.

Exigeons la gratuité de l’enseignement supérieur comme seule manière de lutter contre la sélection sociale à l’université

À l’heure où des centaines de lycées sont bloqués, et où des milliers d’étudiants se réunissent chaque jour en Assemblée Générale, alors que nous avons déjà rejeté massivement Parcoursup et la Loi ORE au printemps dernier, et surtout, alors que Macron est plus que jamais isolé et fragilisé, c’est le moment de repasser à l’offensive.

Nous devons non seulement nous battre pour le retrait des projets d’augmentation des frais d’inscription, mais également pour exiger la gratuité totale de toutes les formations et des établissements de l’enseignement supérieur. Le statu quo n’est pas suffisant : les formations et les écoles les plus prestigieuses sont d’ores et déjà fermées aux enfants issus des classes populaires. Les enfants privilégiés étudient en grande partie dans des établissements privés et payants, et les lycéens qui n’ont pas la chance d’être nés dans les « bonnes familles » se retrouvent dans les filières poubelles et les universités de seconde zone. Nous devons refuser cet état de fait. En finir avec la sélection sociale à l’université ne pourra se faire sans exiger la totale gratuité de toutes les formations et de tous les établissements de l’enseignement supérieur.

Pour y parvenir, il faudra tout d’abord répondre à la « crise » de financement de l’enseignement supérieur. Depuis 10 années en France, le gouvernement maintient les budgets de l’université constants, pendant que le nombre d’étudiants a augmenté de 10 %. D’où une rhétorique sur la crise et sur la nécessité d’y réduire les dépenses, mais aussi de recourir aux financements privés : cela n’est qu’un moyen, par la bande, de mener des contre-réformes permettant un contrôle plus direct de la recherche par le capital industriel et commercial.

Or, le discours sur les déficits budgétaires n’est qu’un enfumage médiatique censé faire oublier à quel point l’économie française est riche. Ainsi, un quart des bénéfices des quarante entreprises les plus cotées (CAC40) permettrait de doubler le budget de l’enseignement supérieur. La fortune des trois plus grosses fortunes de France permettrait de financer les universités pour six années ! Pendant que les universités se délabrent et se ferment aux enfants des classes populaires, ce sont ces mêmes enfants qui permettent aux actionnaires du CAC40 de s’enrichir, en devant travailler dès leurs 18 ans faute d’études.

La question n’est donc pas pour le gouvernement une impossibilité économique de financer l’enseignement supérieur : c’est surtout la volonté de faire reposer le coût de celui-ci sur les étudiants et leurs familles, tout en réduisant l’accès à la fac.

À l’heure actuelle, des centaines de milliers de Gilets Jaunes se battent depuis plusieurs semaines contre la vie chère et contre la précarité, et pour en finir avec Macron, le président des riches. Alors que celui-ci a été contraint de s’exprimer pour tenter de désamorcer la colère populaire, pas un mot n’a été dit pour répondre à nos revendications. C’est le moment d’amplifier la mobilisation et de nous structurer autour d’un programme clair, qui passe entre autre par exiger la gratuité totale de l’enseignement supérieur, et par l’abrogation de la Loi ORE.




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