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#EtudiantsFantomes : « On se sent oubliés par tout le monde »

Pour les étudiants, grands oubliés du confinement, l’intégralité des cours se passe derrière les écrans, ce qui les plonge en grave situation d’isolement social. Sur Twitter, les témoignages de détresse fusent via le hashtag #etudiantsfantomes.

jeudi 14 janvier

Crédits photo : Rido / shutterstock.com

Selon un rapport de l’Observatoire de la vie étudiante publié en septembre 2020, 31% des étudiants ont présenté les signes d’une détresse psychologique. On parle de solitude, de décrochage scolaire, d’une dégradation accélérée de leur santé mentale. Et les conséquences sont déjà alarmantes. En effet, ces derniers jours, le récent suicide d’un étudiant en quatrième année de Droit à Lyon et la tentative d’une autre étudiante ce mardi viennent tirer la sonnette d’alarme. Loin d’être des cas isolés, le syndicaliste Paul Mayaux explique au HuffPost que ces tentatives de suicides « ne sont que celles que les médias ont bien voulu médiatiser. Il y en a eu bien d’autres qui n’ont pas été traitées ».

Face à cette détresse, liée à la fermeture des facs mais aussi à l’augmentation du chômage et de la précarité, la réponse du gouvernement est scandaleuse, très loin de proposer des solutions viables et immédiates, l’heure est à l’infantilisation et à la culpabilisation des étudiants. En début de semaine la ministre de l’enseignement supérieur Frédérique Vidal a annoncé l’impossibilité de reprendre les cours en présentiel et a décrété que « le problème c’est le brassage. Ce n’est pas le cours dans l’amphithéâtre mais l’étudiant qui prend un café à la pause, un bonbon qui traîne sur la table ou un sandwich à la cafétéria avec les copains ». Elle a réitéré ce jeudi, en insistant sur quelques mesures cosmétiques durant les annonces gouvernementales : passer d’un psychologue pour 30 000 étudiants à... deux psychologues pour le même effectif, le maintien des cours en distanciel pour la plupart des étudiants, aucune solution face à la crise économique subit de plein fouet par la jeunesse. Les étudiants expriment alors leur colère sur les réseaux sociaux, et notamment sur Twitter, via le hashtag #étudiantsfantômes. 

 

Les étudiants témoignent de la non réaction du gouvernement face à leur détresse et à leur isolement.

 

 

La tenue de certains partiels en présentiel a également fait gronder la colère des étudiants.

 

Des milliers de témoignages de ce type sont relayés sur Twitter, rendant compte de l’anxiété et de la détresse des étudiants au niveau national. Pour les premières années, le sentiment de décrochage se fait d’autant plus criant, car s’adapter à de nouvelles méthodes et à un nouvel environnement dans des conditions aussi difficiles relève d’un réel combat. « On se sent oubliés par tout le monde » nous confie Anaïs, étudiante en L1 d’Histoire à l’Université Bordeaux Montaigne. « Je suis en fac par passion, ma filière me plaît, mais j’ai de plus en plus l’impression d’être déprimée, de ne plus avoir envie de me lever, de ne plus avoir envie de lire les ouvrages qu’on me demande, de m’investir, et cela se dégrade chaque jour ».

La solitude est commune à bon nombre d’étudiants, comme le relève Lucie, étudiante en première année de Lettres à Pau : « C’est difficile de compter sur les autres étudiants car on ne se connaît pas ». Une solitude couplée à un sentiment d’abandon « Une prof nous a même dit "À votre place, j’aurais adoré pouvoir rester dans mon lit pour faire les cours !”, ce genre de commentaire démoralise beaucoup ». Un manque de considération qui place les étudiants dans une situation de grande incertitude face à leur avenir. « On stresse tout le temps, on dort mal, on est loin de notre famille, on se pose beaucoup de questions sur notre futur [...], et le gouvernement ne fait rien, nous dit-elle. On ne peut pas se projeter. »

Les difficultés psychologiques vont de pair avec la précarité grandissante des étudiants, et des inégalités qui se sont creusées pendant la crise sanitaire. Il faut garder en tête qu’un étudiant sur deux travaille, et que cela ajoute une pression supplémentaire à une situation déjà très anxiogène. Jean-Baptiste, étudiant au Mirail à Toulouse, affirme manquer de temps pour répondre à nos questions, tant il est pris entre les partiels, les cours qui continuent et son job étudiant. « Je révise mes cours, je vais recevoir un sujet de partiel à rendre pour demain, et ce soir je travaille de 19 heures à 22 heures ».

Comme nous le disait déjà Rozenn, étudiante et préparatrice de commande à Chronodrive, la situation des étudiants travailleurs est intenable : « Quand tu rentres chez toi t’es juste crevée [...] j’ai des collègues qui s’endorment devant les cours, parce qu’ils reviennent du travail et qu’ils ont couru pendant 4 heures ». Rien d’étonnant dans un contexte où l’intention du gouvernement est de sauvegarder les profits du patronat, au détriment de l’immense majorité de la population, et en particulier de la jeunesse étudiante.

Il est clair que les étudiants n’ont plus rien à attendre du gouvernement. Mais pour certains, la détresse se transforme en colère, qu’il s’agira d’exprimer massivement dans la rue dès le 26 janvier, date de mobilisation nationale dans l’éducation.




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