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Politique

Contre le souverainisme, la nécessité d’un internationalisme révolutionnaire

Européennes. A la Mutualité, Lutte Ouvrière tenait son premier grand meeting de campagne

Hier soir à la Mutualité, Lutte Ouvrière tenait son grand meeting de campagne. L’occasion de présenter quelques uns des candidats du parti, tous issus du monde du travail, et de porter un discours qui tranche avec la majorité des autres candidats.

samedi 11 mai

Sur la scène de la Mutualité, Eddy Le Beller, technicien dans un chantier naval, décline le profil d’une dizaine des candidats de Lutte Ouvrière présents. Cheminote, ouvrier dans l’automobile, enseignante, postier : tous sont issus du monde du travail et entendent porter dans cette élection la voix des travailleurs.

Un choix qui tranche parmi les 34 listes déposées puisque Lutte Ouvrière est la seule organisation qui revendique la nécessité de renverser le système capitaliste pour ces élections, le NPA n’ayant pas pu se présenter cette année. L’objectif de cette campagne est clair, permettre à une fraction de l’électorat ouvrier de voter pour le camp des travailleurs. Un enjeu central dans un contexte où les travailleurs ont vu leurs organisations se retourner contre eux tout au long du XXème siècle, comme le narre Arlette Laguiller.

Un point de vue anti-impérialiste et anti-capitaliste sur l’Union Européenne

Après une première intervention de cette dernière, porte-parole de l’organisation pendant de nombreuses années, c’est Ghislaine Joachim-Arnaud qui prend la parole. « L’impérialisme a fait que je suis française, et même européenne » explique la technicienne de laboratoire qui milite en Martinique. Dans les DOM-TOM, où les taux de chômage atteignent des records, l’Union Européenne apparaît au travers des panneaux publicitaires indiquant les grands projets financés par les fonds européens.

Pourtant, en Martinique comme ailleurs, ce sont les grands entrepreneurs qui bénéficient en premier lieu de cette manne, à l’image de Vinci qui a touché l’argent du FEDER dans le cadre de la mise en place de la ligne de bus Transport collectif en site propre (TCSP). En parallèle, les travailleurs voient leurs conditions se dégrader, comme les ouvriers agricoles confrontés à une surmortalité liée au contact régulier avec les pesticides.

Une situation qui explique probablement le désintérêt des populations des DOM-TOM pour des élections européennes pour lesquelles l’abstention avoisine les 90%. Dans une situation d’urgence sociale, la numéro 3 de la liste de Lutte Ouvrière rappelle le programme économique de son organisation : l’indexation de salaires et pensions sur l’inflation, des embauches massives et un contrôle ouvrier sur les comptes des entreprises.

Contre le souverainisme, la nécessité d’un internationalisme révolutionnaire

Jean-Pierre Mercier, militant ouvrier et syndicaliste de la CGT PSA, prend place à la tribune. Contre le discours souverainiste qui fait de l’UE la cause de tous les maux, celui-ci rappelle que l’Union Européenne est avant tout une alliance entre des capitalistes nationaux. Une alliance dans laquelle, par ailleurs, la France joue un rôle central, loin des discours indécents qui la décrivent comme une pure victime.

Contre ces simplifications qui font la promesse d’un retour progressiste au cadre strict de l’Etat-nation, Mercier rappelle qu’il n’y a jamais eu d’âge d’or avant l’UE, et que le franc comme la Banque de France, soumis au contrôle des capitalistes français, asservissaient les travailleurs tout autant que ne le font aujourd’hui l’euro et la BCE, dirigés par les capitalistes européens.

Ces récits souverainistes sont d’autant plus faux qu’ils dressent les travailleurs les uns contre les autres, à l’image de la critique des « travailleurs détachés » portée par de nombreux candidats, et ce jusqu’à Ian Brossat du PCF, qui incriminent l’Europe plutôt que de pointer du doigt un système qui organise la mise en concurrence et le nivellement par en bas. Contre ces discours qui pointent du doigt des travailleurs étrangers qui « voleraient le pain des français » (comme Mélenchon le faisait en 2016), Mercier affirme haut et fort : « les seuls voleurs ce sont les capitalistes ».

C’est ainsi sur la nécessité d’un véritable internationalisme qu’entend appuyer la liste de Lutte Ouvrière. Un internationalisme qui, comme le note Trotsky dans La Révolution Permanente « n’est pas un principe abstrait : il ne constitue que le reflet politique et théorique du caractère mondial de l’économie, du développement mondial des forces productives et de l’élan mondial de la lutte des classes. » Et Jean-Pierre Mercier de rappeler que PSA compte plus de nationalités que l’Union Européenne elle-même…

La nécessité pour les travailleurs de s’organiser pour la révolution

« Les travailleurs ne changeront pas leur sort par les élections » rappelle Nathalie Arthaud dès le début de son discours. L’exploitation ne fait en effet pas partie des éléments que l’on pourrait modifier par la loi, elle est le socle même du capitalisme et de la démocratie bourgeoise. Dès lors pourquoi se présenter aux élections ? La réponse est simple : il s’agit de ne surtout pas laisser le terrain politique à la seule bourgeoisie.

Alors que les Gilets jaunes ont montré une combativité impressionnante sans pour autant remettre en question le pouvoir du grand patronat, cette nécessité d’une « politique » de classe apparaît comme particulièrement prégnante.

Ici, si Lutte Ouvrière critique la stratégie du « black bloc », soulignant l’impuissance de ces destructions à créer un véritable rapport de force, on ne peut que regretter que la question de l’obstacle que constitue aujourd’hui les directions syndicales ne soit pas mentionné. Celles-ci apparaissent pourtant comme l’une des causes centrales de l’absence de véritable convergence entre Gilets jaunes et mouvement ouvrier, mais aussi de revendications clairement dirigées contre le pouvoir du patronat.

Pour conclure, Nathalie Arthaud souligne finalement que, alors que la crise écologique met en lumière les dégâts causés par le capitalisme, et que l’Europe se transforme chaque jour un peu plus en une forteresse, la seule issue pour l’Humanité est, plus que jamais, de « renverser le capitalisme ». Un appel à la « révolution » qui tranche nettement dans le paysage de ces élections européennes, marquée par des candidats plus ou moins réactionnaires, mais qui partagent tous une certitude : la nécessité de préserver un système pourrissant qui nous conduit pourtant à la catastrophe.




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