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Politique

« Pour la Renaissance européenne »…

Européennes. Macron passe à l’offensive pour reconstituer un bloc autour de lui

Avec la publication simultanée dans les 28 pays membres de l’Union Européenne de sa « lettre aux citoyens d’Europe », Macron entame officiellement sa campagne pour les élections à venir, et cherche à agréger autour de lui un bloc pour le soutenir, en cherchant à capitaliser sur la crise des Républicains.

mercredi 6 mars

Crédits photo : Philippe LOPEZ / AFP

Dans le contexte de la séquence ouverte par la mobilisation des Gilets Jaunes, les élections apparaissent pour Macron comme une bouée de sauvetage. Pariant sur l’éclatement de l’opposition et sur un essoufflement de la contestation, il espère rejouer le scénario des présidentielles.

Profitant d’un petit rebond en sa faveur dans les sondages – ou du moins, d’un ralentissement de la dégringolade qu’a connue sa cote de popularité – il est passé à la vitesse supérieure en publiant une tribune, intitulée « Lettre aux citoyens d’Europe », dans les principaux quotidiens de chacun des pays membres de l’Union Européenne.

En plus d’être une tentative de canaliser la colère des Gilets Jaunes, la Grande mascarade du Grand débat avait permis à Macron de commencer à lancer sa campagne en vue des Européennes, tout frais payés par le contribuable. Malgré la tentative ratée de coopter le mouvement, cela avait permis à Macron d’occuper largement l’espace médiatique, et de commencer à souder autour de lui, sous couvert d’une « initiative démocratique », un bloc contre les Gilets Jaunes. Macron fait la transition en mettant en œuvre une opération communication autour du lancement de sa campagne à l’échelle européenne.

Cette lettre ouverte brosse les principales mesures qu’il veut appliquer pour la « renaissance européenne ». « Je vous propose de bâtir ensemble cette Renaissance autour de trois ambitions : la liberté, la protection et le progrès » écrit-il. Comprendre : un programme ultra-libéral pour s’attirer la sympathie du patronat européen, tout en renforçant la répression aux frontières, et présenté comme seule alternative progressiste face à la montée de l’extrême-droite.

Beaucoup de voix se sont élevées pour dénoncer la contradiction qui existe entre le programme « social » défendu par Macron dans sa tribune à l’échelle de l’Union européenne, et la politique qu’il applique en France, avec une destruction systématique des services publics et une précarisation grandissante des travailleurs.

Il entend notamment capitaliser à droite sur la crise que traversent actuellement les Républicains. En effet, la formation de droite, tout comme le Rassemblement National, n’a pas réussi à capitaliser sur le mouvement des Gilets jaunes. La crise qui s’est ouverte chez LR suite à l’effondrement du bipartisme et leur absence au second tour des présidentielles est toujours en cours. Dernière prise de guerre de Macron sur sa droite : Jean-Pierre Raffarin qui, dans la foulée d’Alain Juppé ayant accepté de siéger au conseil constitutionnel, quitte les Républicains pour soutenir Macron dans sa campagne. Sans surprise, le groupe parlementaire de droite Agir, par le biais de son co-fondateur et ministre de la Culture Franck Riester, a également annoncé rallier la liste LREM.

Ainsi, le scénario qui semble se dessiner est l’arrivée en tête de la liste LREM aux élections européennes, face à une opposition incapable de capitaliser sur la colère exprimée par les Gilets Jaunes. Mais cette victoire se ferait au prix d’une abstention record – toujours très élevée dans des élections comme celles-ci, et d’autant plus dans un contexte post-2017, où Macron avait été élu par une base très restreinte.

Dans ce contexte, même si Macron parvient à s’assurer une victoire, elle s’appuierait sur un socle extrêmement fragile. Les larges brèches ouvertes par l’irruption des Gilets Jaunes sur le devant de la scène politique sont loin de se refermer.




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