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Politique

Extrême droite

Européennes. Quels enseignements tirer des résultats du Rassemblement National ?

Avec 23,31% des voix, la liste du Rassemblement National est arrivée en tête du scrutin des européennes. Si ce score est plus faible qu’en 2014 (24,86%), en termes de « voix absolue », il est de 500 000 voix supérieures à 2014, ceci s’expliquant par la plus forte participation.

jeudi 30 mai

Enracinement de l’électorat RN dans ses bastions historiques

Le score obtenu par le Rassemblement National, inférieur en pourcentage aux élections européennes de 2014, témoigne plutôt d’un enracinement au sein de ses bastions historiques. Ainsi, la géographie du vote RN reste stable. L’autre enseignement est que le RN opère des percées certaines régions comme dans le quart sud-ouest, ou le centre de Bretagne, de même que dans les colonies comme en Guadeloupe. Plusieurs chiffres disponibles en attestent.

C’est d’abord et avant tout dans ses bastions historiques que le Rassemblement National a fait le plein de voix. Ainsi, en région PACA, dans l’Est, le Sud et dans le Nord, la liste menée par Jordan Bardella atteint ses scores les plus forts, de 35 à quasi-50% des suffrages exprimés – profitant d’une mobilisation plus importante de secteur habituellement très abstentionnistes aux européennes -les ouvriers et employés ont été 43% à voter contre 35% en 2014.

Autre fait significatif, dans les grandes métropoles, le RN a été quasi-systématiquement battu, à l’exception notable de Marseille, seule grande ville où la liste d’extrême droite est arrivée en tête. Pas de surprise non plus dans les zones rurales, ou le RN arrive en tête, sans toutefois qu’il soit à noter une hausse significative en termes de voix.

Enfin, et surtout, c’est avant tout la mobilisation de la base électorale du Rassemblement National pour ces élections qui détonne par rapport aux autres listes. Ainsi, parmi celles et ceux qui ont voté pour la liste d’extrême droite aux européennes, 84% avaient glissés un bulletin Marine Le Pen dans les urnes au premier tour de la présidentielle de 2017, selon une enquête Elabe effectuée le jour du vote.

Le RN tire les dividendes de son implantation locale

L’un des autres enseignements à tirer est que cet enracinement du RN est directement lié à son implantation locale. Ainsi, « dans les villes qu’il administre depuis 2014, la hausse par rapport au résultat de la présidentielle est nettement plus importante que sa moyenne nationale. Avec un record à Hénin-Beaumont, où la liste RN fait 9,4 points de plus que Marine Le Pen en 2017 et franchit ainsi la barre des 50 % », comme l’affirme Le Figaro. « Par rapport aux européennes de 2014, le RN fait mieux dans quatre de ses villes et moins bien dans six », est-il expliqué. « De même, dans les circonscriptions conquises il y a deux ans, l’effet implantation a nettement joué. Celle de Marine Le Pen, la 11e du Pas-de-Calais, décroche deux records : celui du résultat (48,29 %) et celui de la progression (+ 7,12 points) », est-il indiqué.

Progression en Bretagne et dans les colonies

En Bretagne, si le RN arrive en seconde position, il commence à s’implanter durablement. Avec 17,7 % des voix contre 23,1 % au national, il y a une progression est plus forte qu’au national : en 2014, au cours du dernier scrutin européen, il avait obtenu 17,11 % des voix. Si au niveau national il stagne, notamment en rapport à la présidentielle, sur quatre départements bretons, il commence à avancer. Il aurait notamment gagné 40 000 voix par rapport à 2014. Ce serait les communes les plus rurales dans lesquels le RN commencerait à s’implanter. Joël Sieller, président de Vallons-de-Haute-Bretagne communauté explique : « Le secteur nord, où les électeurs ont voté plutôt LREM et écologiste, et le deuxième secteur, plus éloigné de Rennes, plus rural, où l’on trouve RN en tête dans beaucoup de communes »

Si dans les colonies, l’élection a marqué par une forte abstention (même si la participation est plus forte qu’en 2014) on y voit l’évolution la plus spectaculaire du vote RN a lieu dans les colonies. Alors que le Front national était très faible en 2014, et même s’il y a eu une percée en 2017, la liste Bardella est arrivée en tête à La Réunion, en Guyane, en Guadeloupe, à Mayotte, Saint-Pierre et Miquelon, en Nouvelle-Calédonie ainsi qu’à Saint-Martin/Saint-Barthélémy. Parmi ses plus fortes progressions avec 10,2 points de plus en Guadeloupe, 7,78 points de plus sur l’ile de La Réunion avec un score de 31,24 %.

Volatilité de l’opinion : La bipolarité LREM/RN loin d’être consolidée

Tout a été fait pour que l’européenne de 2019 soit un « remake » du second tour de la présidentielle de 2017. Et, en quelques sortes, c’est bel et bien une fausse bipolarisation LREM/RN qui s’annonce, sur les ruines du système d’alternance gauche/droite incarné par le PS et l’UMP/LR.

Toutefois, si cette nouvelle bipolarité entre néo-libéraux et nationaliste, qui ne sont rien d’autre que deux variantes d’un seul et même bonapartisme, s’annonce, elle est encore loin d’être consolidée. Parmi celles et ceux qui ont votés le 26 mai, 22% ont fait leur choix la dernière semaine, et 20% le jour même. Par ailleurs, cette volatilité du choix est moins forte chez le tandem LREM/RN, sans être totalement inexistante. A cela s’ajoute les près de 50% d’abstention, sans compter l’ensemble des « non-inscrits ».

L’élection européenne confirme et même approfondit l’étroitesse de la base sociale de Macron. Ainsi, il réunit seulement 12% des bulletins des inscrits, contre 18% des inscrits lors de la présidentielle. C’est bien ici que se reflète toute l’instabilité de la situation, avec un début de bipolarisation réelle mais encore parcellaire et loin d’être consolidée.




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