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Politique

A couteaux tirés

Européennes. Remplacée par LREM, la droite traditionnelle en échec

Après le résultat catastrophique des Républicains aux Européennes, la lutte fractionnelle est relancée et c’est tous contre Wauquiez. Le grand parti bourgeois lutte pour sa survie.

lundi 27 mai

C’est la débâcle pour Les Républicains. Alors qu’ils se projetaient avec un score d’au moins 14%, voire rêvaient de talonner LREM, ils réalisent le pire résultat national de l’histoire de cette formation politique : 8,5%. Ce score les place en quatrième position, derrière Europe Écologie-Les Verts – une humiliation pour celui qui a su être le principal parti de la bourgeoisie française. Cette gifle vient s’ajouter à celle que LR avait subi aux présidentielles de 2017, avec leur candidat François Fillon plombé par ses casseroles qui avait réalisé un score d’à peine 15% des inscrits.

C’est une claque électorale qui met en crise l’ensemble du parti. Ainsi, Gérard Larcher, président du Sénat, reconnaît que c’est un « échec » pour la liste LR. Le maire de Cannes David Lisnard parle quant à lui de « catastrophe » pour la droite. Othman Nasrou, président du groupe LR à la région Île-de-France, va jusqu’à déclarer que « la droite est en état de mort cérébrale ». Éric Woerth déclare que Les Républicains ne sont « pas loin de disparaître ». Florence Portelli, ancienne porte-parole de Fillon, parle de « claque » et de « désaveu pour la ligne choisie par Laurent Wauquiez ».

Ces commentaires ne sont pas exempts d’arrière-pensées. Ce n’est pas simplement du sort du parti que ces dirigeants s’alarment. Ils voient également l’opportunité de d’attaquer l’actuel chef de la formation conservatrice et libérale et tenter de modifier les rapports de forces internes, très déformés depuis la victoire de Wauquiez en 2017, pratiquement sans concurrents de taille. Pour ces courants ce serait un enjeu de taille d’arriver mieux positionnés pour les élections municipales de 2020, voire de mettre de faire partir l’aile Wauquiez avant cette échéance centrale dans la vie politique française.

Ainsi, des voix commencent à s’élever pour réclamer la démission du patron des Républicains, rappelant notamment la démission de Nicolas Sarkozy de la présidence du RPR après la débâcle de leur liste aux Européennes de 1999 (12,82%). Valérie Pécresse, grande rivale de Wauquiez, assure : « à sa place, je démissionnerais ». Ce qui est critiqué par certains cadres du parti, c’est la ligne choisie par la droite ces dernières années, trop centrée sur « le conservatisme sociétal et les questions identitaires ». Mais en réalité, ce qui s’exprime dans la banqueroute de la droite est bien plus profond.

Ce qui s’exprime ici c’est en effet la crise profonde du bipartisme français. Après des décennies d’alternance au pouvoir des deux principaux partis de la bourgeoisie, les politiques antisociales, la crise économique, la dégradation des conditions de vie, l’explosion du chômage et des inégalités, les électeurs se sont détournés de ces partis. A la faveur de l’effondrement de ces partis (notamment la débâcle totale du PS qui hante aujourd’hui LR), des options tout aussi bourgeoises et réactionnaires semblent reprendre le flambeau : LREM et RN. LR pourrait bien finir là où il le mérite, à la poubelle de l’histoire, mais pour lutter contre l’ensemble de ces organisations du patronat et des grandes fortunes, les travailleurs et les classes populaires devront se doter de leur propre organisation politique défendant leurs intérêts de classe. En attendant, ces organisations réactionnaires et leurs dirigeants trouveront toujours une façon de se recycler sous de formes de plus en plus néfastes.

Crédit photo : Reuters




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