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Politique

Drame ?

Eurotunnel, tunnel de la mort. Onzième migrant assassiné à Calais

Dans la nuit du 28 au 29 juillet, un migrant est mort aux alentours de Calais, renversé par un camion descendant du train, tandis qu'il tentait sa chance pour la traversée de la Manche, vers la Grande-Bretagne, par l'Eurotunnel. Depuis le premier juin, sur la route de la Grande-Bretagne, pas moins de dix migrants sont morts dans des conditions similaires. Chaque nuit, ils peuvent être jusqu'à deux mille à tenter leur chance.

jeudi 6 août 2015

Yano Lesage

Eurotunnel, la compagnie qui assure la gestion et l’exploitation du trafic du tunnel sous la Manche a lancé une poursuite contre les gouvernements français et britanniques et réclame 9 millions d’euros pour assurer la sécurité des voies de passage. En dépit des 120 CRS envoyés en renfort par Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, pour faire la chasse aux migrants avant même qu’ils ne puissent approcher la zone du tunnel, une véritable crise diplomatique s’est ouverte entre Londres et Paris sur la question de la « gestion des flux migratoires », terme barbare qui cache la dure réalité des faits : comment refouler le plus possible de candidats au départ pour la Grande-Bretagne.

Dernière étape d’une longue odyssée, qui relève le plus souvent du calvaire, quand on n’y perd pas la vie, ces flux ont grossi, ces derniers temps, notamment du fait de la dégradation accélérée de la situation en Syrie et en Lybie. En jeu, donc, la prise en charge d’une « question migratoire », toujours plus problématique au sein de l’Union Européenne, qui n’est pas sans soulever un certain nombre de contradictions qui brise les beaux textes fondateurs d’une Europe continent de paix et de liberté.

Calais, cul-de-sac

Ils sont entre 1.000 et 2.000 à tenter leur chance, dès que la nuit tombe, pour passer du continent européen à la Grande-Bretagne : s’introduire sur le site d’Eurotunnel pour chercher à grimper sur le toit des camions ou dans les navettes qui embarquent pour le convoi Outre-manche. Ils ne sont quelques uns, une poignée, à y parvenir ; beaucoup à être arrêtés par le dispositif de sécurité mis en place par Eurotunnel et renforcé ces derniers jours par les autorités françaises ; quelques uns encore, à mourir pour ce qui constitue, pour beaucoup d’entre eux, l’étape décisive de l’éprouvante odyssée qui les a menés de leur pays d’origine, l’Afghanistan, l’Erythrée, le Soudan ou la Syrie, jusqu’aux côtes méditerranéennes, des côtes turques aux côtes grecques, de la Libye aux rivages de Lampedusa et des côtes italiennes.

En effet, Calais et sa nouvelle « jungle » qui y a émergé, après la destruction de l’ancien camp de Sangate, n’est situé qu’à quelques kilomètres du site français d’Eurotunnel, par lequel s’acheminent les transporteurs de marchandises à destination du marché britannique. Pour beaucoup de migrants, cette zone constitue un point d’achoppement du terrible périple qu’ils ont entamé, souvent depuis plusieurs mois, voire une ou deux années, pour fuir la guerre et la misère économique d’un pays dévasté par les guerres civiles et les intrusions étrangères.

Ni drame, ni fatalité

L’impressionnante augmentation du nombre d’arrivée sur les rives de la Méditerranée, en Grèce ou en Italie, se répercute, en toute logique, dans les pays européen continentaux, qui font face à un afflux inégalé. Dans la « new jungle » de Calais, qui fait office de lieu de passage, ils seraient près de 5.000, selon les associations, à vivre dans ce bidonville à ciel-ouvert, sur un terrain vague, ancienne décharge, concédé par la mairie.

La nuit, ils sont plusieurs centaines, à plusieurs milliers, selon les conditions météo et la lune, à s’introduire sur le site d’Eurotunnel, pourtant gardés par plus de 200 agents de sécurité, épaulés par plusieurs compagnies de CRS, et ceinturé de barrières en barbelés. Par petits groupes, ils tentent leur chance, au péril de leur vie.

Les chances de succès sont faibles. L’étape de la « jungle » de Calais constitue en réalité davantage un cul-de-sac dans lequel s’entassent les migrants dans des conditions de vie déplorables qu’un point de passage vers « l’Eldorado » britannique. En attendant, Paris et Londres se rejettent la faute et s’accusent ou se défendent vis-à-vis de la gestion du « problème » migratoire. Un « Problème » qui commence à coûter la vie à un-e jeune migrant-e toutes les semaines depuis le début de l’été.




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