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Notre classe

Portrait de gréviste

Exploitation, racisme et lutte des classes : portrait de Hassan, militant CGT Geodis à Gennevilliers

En grève pour les salaires depuis le 17 octobre, portrait de Hassan syndicaliste CGT Geodis Calberson à Gennevilliers. Le parcours d'un travailleur immigré en France, entre exploitation, racisme et lutte des classes.

jeudi 3 novembre

Propos recueillis par James Draoust

Pour soutenir les grévistes de Geodis à Gennevilliers, donnez à la caisse de grève !

Je suis arrivé en France, sans papiers, en 2001 avec l’équipe nationale de lutte tunisienne. Au départ, j’étais venu pour participer à un tournoi et j’ai décidé de rester ici. La lutte c’était un sport que j’aimais bien avec les valeurs de camaraderie et d’entraide qu’elle créait. J’ai grandi en Tunisie avec cet esprit sportif là que j’ai gardé encore aujourd’hui. On peut dire que je suis passé de la lutte à lutte des classes.

Je travaille à Geodis depuis 2008, on a vu les conditions de travail, déjà difficiles, se dégrader avec le temps. Les accidents de travail sont nombreux sur la plateforme, il y a des semaines où les pompiers viennent plusieurs fois tellement il y a des accidents. En plus de ça, on est constamment surveillés par nos supérieurs. Par exemple, ils ont investi une centaine de milliers d’euros dans des caméras de surveillance. Les moindres faits et gestes sont scrutés et consignés. On ne peut pas aller aux toilettes sans prévenir les chefs, sinon ce sont des retenues sur salaires : c’est de l’esclavage moderne ! Chaque mois, il y a des retards de paiements alors que des travailleurs ont un besoin vital de cet argent pour faire vivre leurs familles ici et à l’étranger.

Par ailleurs, même les animaux ne sont pas respectés, ils sont entassés à côté de produits chimiques avec aucune adaptation pour améliorer leurs conditions de transports. On a beau faire remonter à la direction, ils n’ont jamais répondu.

Sur le racisme, il commence dès le recrutement par l’entreprise. Ils ciblent des immigrés dans les foyers qui ont un besoin urgent de travailler, ils cherchent des gens dans la difficulté et ne font rien pour les aider, ils ne font pas de formations par exemple. Si on ose lever la voix, on nous dit qu’on est remplaçable, que quelqu’un viendra forcément travailler à notre place.

En 2016, j’ai été personnellement insulté par un responsable et un agent de sécurité, on nous a dit : « Ce ne sont pas les bougnoules qui font la loi ici ». Ces mots m’ont fait et me font encore mal, mon drapeau est international. Sur la plateforme, il n’y a quasiment que des Noirs et des Arabes. Donc il ne s’agit pas juste de moi, c’est l’ensemble des travailleurs qui ont été insultés ce jour-là.

Cette grève permet aussi de dire qu’on a le droit à du respect. Je me bats pour le respect de chacun et chacune de mes collègues, la lutte pour moi c’est ça. On veut que les salariés viennent et partent en bonne santé d’ici tous les jours, sans subir les pressions constantes de la direction. Les salariés sont déterminés, en tant que responsable syndical, on est là pour appliquer leurs volontés et porter leurs revendications.

Pour soutenir les grévistes de Geodis Calberson à Gennevilliers, donnez à la caisse de grève !



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