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Crise économique

Explosion des prix du carburant. Mais où sont passées les directions syndicales ?

La hausse généralisée des prix se poursuit en France. Après l’énergie, l’alimentation et les matières premières, c’est au tour des carburants d’atteindre des valeurs historiques. Face à la vie chère, l’urgence d’un plan de bataille se pose, mais pour l’heure les directions syndicales restent désespérément silencieuses …

vendredi 15 octobre

Crédit photo : ERIC GAILLARD / REUTERS

Une hausse historique des prix des carburants

Après le prix de l’électricité, ce sont ceux des carburants qui flambent et ce jusqu’à établir de nouveaux records. Selon les données publiées lundi dernier par le ministère de la Transition écologique, le prix moyen à la pompe en atteignant 1, 5354 euros dépassait donc le précédent pic enregistré en 2018 et à l’origine de la crise des Gilets Jaunes. Mercredi l’essence SP95-E10 et le SP98 prenaient respectivement 18,73 % et 18,51 % pour atteindre 1,6073€ et 1,6937€. La tendance est donc exponentielle et les prix atteints historiques. Pour cause, les prix à la pompe dépendent du cours du pétrole brut et avec la reprise économique la demande a explosé à l’échelle mondiale, l’offre ne parvenant pas à suivre le rythme.

Spectre des gilets jaunes et gouvernement en difficulté

A quelques mois des présidentielles, le sujet est délicat pour le gouvernement qui cherche à faire réélire Macron. A la suite de son Premier Ministre qui admettait il y a deux semaines suivre la hausse des prix du carburant comme le « le lait sur le feu », Emmanuel Macron annonçait hier la mise en place d’« une action à court terme » pour ne « laisser personne dans le désarroi ».

Pour cause la crainte est réelle de voir exploser un nouveau mouvement social et l’expression dans la rue d’une colère qui monte face à la vie chère. Clément Pétreault évoquait ainsi à juste titre dans un édito pour Le Point le retour du « spectre des Gilets Jaunes ». A sa suite Claire Gatinois analysait pour le Monde : « En politique, il est des sujets dits « nitroglycérines ». Celui de la flambée des prix de l’essence et du gazole est de ceux-là. A six mois de l’élection présidentielle, l’exécutif n’a pas manqué d’observer que le coût du carburant avait désormais dépassé le seuil qui avait nourri, en 2018, la révolte des « gilets jaunes ». Assez pour qu’Emmanuel Macron batte le rappel de ses troupes pour lancer des contre-feux au plus vite. »

Ainsi ces derniers jours on a pu observer sur les réseaux sociaux une multiplication des appels à la mobilisation, le hashtag « giletsjaunessaison2 » était dans les tendances France de Twitter mercredi et jeudi soir. Au moins 220 manifestations sont en ce sens d’ores et déjà confirmées ce samedi.

Quels moyens d’actions pour le gouvernement ?

Le gouvernement est donc dans une situation inconfortable. En porte à faux entre la volonté d’une part de conserver la paix sociale et sa volonté à quelques mois des présidentielles de continuer à donner des gages à la bourgeoisie, il s’interdit d’ouvrir la boite de Pandore sociale alors qu’il est accusé sur la droite de creuser le déficit et d’aller à l’affrontement avec le patronat pour imposer la baisse des prix.

En témoigne, l’interpellation molle des distributeurs par la ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, le 12 octobre dernier et son appel adressé aux patrons à « faire un geste » et à « jouer le jeu ». Or il est évident que ces déclarations qui n’engagent que le gouvernement, quand bien même les distributeurs feraient un geste, n’auraient qu’un impact mineur voire inexistant au regard de la hausse des prix du carburant. En réalité, le gouvernement cherche à faire diversion et maintient une forme de statu quo, maintenant, in fine, les taxes et les profits du grand patronat.

En arrière-plan, la part dans le prix de l’essence revenant aux distributeurs est très relative au regard des 60% de taxes qui reviennent à l’Etat et que le gouvernement se refuse à redistribuer. Pour cause, à quelques mois des présidentielles le gouvernement marche sur des œufs à droite après le « quoi qu’il en coûte » et se refuse à de nouvelles dépenses publiques.

A l’autre pôle, le gouvernement dans la continuité de ses effets d’annonce et de sa campagne de communication autour de la prétendue hausse du pouvoir d’achat essaye de revaloriser son bilan social. Castex insiste donc sur le geste « préalable » du gouvernement et la hausse du chèque énergie de 100 euros pour certains foyers dans les mois à venir mais la macronie est très consciente que cela ne suffira pas. C’est pourtant dans cette lignée que le gouvernement devrait avancer alors que l’équivalent de nouveaux « chèques énergies » semblent avoir sa faveur. La mesure aurait le double avantage pour la macronie de ne pas toucher les profits des patrons et les taxes qui remplissent ses caisses publiques et de limiter ses dépenses en restreignant les aides à une cible très réduite. Face à la baisse du pouvoir d’achat il n’est pas sûr que cela suffise pourtant à calmer les esprits et la grogne naissante.

A quoi jouent les directions syndicales ?

Dans ce contexte, il est légitime de s’interroger sur la réponse des directions syndicales. Si la CFDT et Laurent Berger se sont bien prononcés en faveur d’un chèque carburant distribué « de façon ponctuelle » et financé par les entreprises, la proposition est soumise au bon vouloir des patrons qui voudraient bien « jouer les jeu. Du côté de la CGT on pratique la politique de l’autruche et du silence radio.

En réalité dans la droite lignée d’une rentré sociale en demi-teinte c’est toujours l’absence d’un plan de bataille qui prime. A nouveau, force est de constater le retard pris par les directions du mouvement ouvrier. Elles qui avaient attendu des semaines avant d’appeler à la mobilisation le 5 octobre dernier, après le passage à l’offensive du gouvernement pour la rentrée, pratiquent à nouveau une politique d’attente.

Pourtant les raisons de se mobiliser ne manquent pas comme l’analyse Magali Della Sudda, chargée de recherche au CNRS :« Un certain nombre de conditions sont favorables à une contestation. Il y a le problème structurel de la hausse des inégalités sociales et économiques, des inégalités d’accès au logement et il y a des inégalités liées à la mobilité. Donc le contexte est favorable, d’autant plus avec cette question de la hausse du prix des carburants et de la hausse des prix de l’énergie, qui vont augmenter la part de dépense contrainte dans les ménages. »

Imposer un plan de bataille et un plan d’urgence face à la baisse du pouvoir d’achat et à la hausse des prix du carburant

Si la raison de la hausse des prix est conjoncturelle à la reprise économique, ce qu’oublient de nous dire les médias et le gouvernement c’est que dans le même temps des milliards sont distribués -et à nouveau cette semaine avec la présentation du projet France 2030- au patronat qui encaisse des profits monstres.

C’est donc en premier lieu et en plus de l’Etat les grandes multinationale et les distributeurs aux superprofits comme Total qui doivent payer. L’énergie est un bien de première nécessité et sa gestion ne doit plus être dans les mains de ceux qui pour encaisser des milliards détruisent la planète et nos conditions de vie. En ce sens, nous devons exiger la réquisition immédiate et la rétribution aux consommateurs de l’ensemble des superprofits accumulés par les grandes entreprise de l’énergie. Dès lors une gestion durable de l’énergie passera nécessairement par la prise en main par les travailleurs de la gestion d’un grand service public de l’énergie pour que les prix du carburant mais aussi du gaz et de l’électricité ne soient plus soumis aux fluctuations du marché mondial. Dans l’immédiat une diminution des prix est largement possible, elle passe par une suppression de la TVA sur l’énergie qui est un bien de première nécessité pour les travailleurs.

Ce que nous a une nouvelle fois rappelé le 5 octobre c’est qu’en l’absence de plan de bataille il est difficile de mobiliser. Pour cela, il nous faut un programme qui donne envie de se battre et qui puisse lier un programme sur l’énergie à des revendications salariales telles que l’indexation des salaires à la hausse des prix ou l’augmentation de l’ensemble des salaires de 300€ et le relèvement des minimas sociaux.




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