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Explosion du nombre de bénéficiaires du RSA : face à la crise sociale, imposons l’interdiction des licenciements

Depuis le début de l'année et la crise sanitaire, le nombre de bénéficiaires du Revenu de Solidarité Active (RSA), ne cesse d'augmenter. Alors que la vague de licenciements et de fermetures d'entreprises ne fait que commencer, des dizaines de milliers de personnes ont déjà été plongées dans la précarité et la misère.

vendredi 9 octobre

Une explosion du recours au RSA

L’Assemblée des Départements de France (ADF), a récemment publié les chiffres du RSA après une étude sur un échantillon de 15 départements, dans un contexte où les collectivités territoriales pointent du doigt l’augmentation conséquente des bénéficiaires et donc des dépenses, sans que l’État ne se saisisse du problème.

Frédéric Bierry, le président des Affaires Sociales de l’ADF, tirait déjà la sonnette d’alarme fin mai, en signalant que le nombre de bénéficiaires augmentait dans tout le pays. Dans le même temps, Pierre Monzani, directeur de l’ADF, évoquait une « crise sociale inédite depuis un siècle  ».

Les chiffres publiés la semaine dernière sont venus confirmer les estimations du printemps. Globalement, les dépenses liées au RSA ont bondi de 9,2% entre août 2019 et août 2020. Le département de la Corrèze a recensé 16,7% d’allocataires de plus entre avril et juin seulement. Dans le Loir et Cher, le nombre d’allocataires a augmenté de 14% en un an. Dans le Bas-Rhin, le second trimestre 2020 a vu une augmentation de 14% également. En Dordogne, depuis mars, le nombre de bénéficiaire a augmenté de 7%.

Ainsi, alors qu’en mars 2020, près de 1,9 millions de foyers bénéficiaient du RSA dans le pays, les estimations prévoient que ce nombre va augmenter jusqu’à atteindre 2,1 millions de foyers concernés, soit une augmentation de plus de 10%.

Ces chiffres correspondent à des milliers de personnes, qui voient leurs conditions de vie se dégrader brusquement, qui sont confrontées à une précarité insoutenable. Début avril déjà, le Secours Populaire annonçait une augmentation de 20% des personnes accueillies.

Si les médias et les chaînes d’infos présentent les bénéficiaires du RSA comme des personnes qui esquivent le travail, responsables de leur situation, des assistés auxquels il faudrait demander des contreparties en échange de la solidarité, la réalité est toute autre.

En effet, le RSA est une aide qui permet toute juste de survivre. Une personne seule perçoit 560 euros par mois, soit à peine plus de la moitié du seuil de pauvreté, situé à 1063€/mois. Dans le cadre du RSA, une personne seule avec un enfant touche 847 euros par mois, et un couple avec un enfant 1016 euros par mois. Des sommes dérisoires, qui sont loin de permettre de vivre ou d’élever un enfant dans des conditions dignes, sans redouter le lendemain, ne pas savoir comment on va manger à partir du 15 du mois, devoir se restreindre sur à peu près toutes les dépenses possibles, et être terrifié à l’idée d’une panne de voiture, d’un frigo qui lâche ou d’une amende à payer.

Le début d’une crise d’ampleur

Cette explosion des allocataires du RSA est le signe un appauvrissement important de la population. Le Secours Populaire indique que 1,9 million de personne ont fait appel à leur aide pendant le confinement, alors qu’ils étaient 3,3 millions pour toute l’année 2019. Encore plus significatif, 45% des personnes s’adressant à l’association le faisaient pour la première fois.

Ces chiffres déjà impressionnants sont d’autant plus inquiétants que nous ne sommes qu’au début des conséquences de la crise économique.

Laurent Somon, président du Conseil Départemental de la Somme – département dont le nombre de bénéficiaires a augmenté de 4,7% entre janvier et juin – redoute une vague encore plus importante d’allocataires supplémentaires dans les mois qui viennent : « On peut imaginer que dès lors que les aides comme le chômage partiel s’arrêteront il y aura des conséquences dramatiques sur le nombre de bénéficiaires.  »

L’augmentation du nombre de personnes contraintes de s’en remettre au RSA pour tenter subvenir à leurs besoins n’est pas le seul indicateur de la crise sociale d’ampleur vers laquelle nous nous dirigeons. Le pays comptait en juin dernier plus de 6,16 millions de chômeurs, un record depuis 1996. Le gouvernement lui-même estimait en juin la suppression de 800 000 emplois d’ici la fin de l’année. Depuis, les plans de licenciements n’ont fait que s’accumuler, de Bridgestone à Auchan, en passant par Airbus, Cargill, Renault et Total
Dans un contexte où déjà en 2018, l’INSEE estimait à 9,3 millions le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté en France, il est plus qu’urgent de contrer ces dynamiques de précarisation de centaines de milliers de personnes.

Se battre pour un monde d’après qui ne soit pas fait de misère et de précarité

Du côté du gouvernement, la ligne est claire. Trop occupé à distribuer des milliards au grand patronat qui licencie à tour de bras, le gouvernement a annoncé cette semaine qu’il n’y aurait pas d’augmentation du RSA.
En réponse à ces perspectives pour le moins inquiétantes, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, a avancé sur le plateau de LCI l’idée d’un « chèque relance » pour les plus précaires, et une augmentation du RSA de 100 euros. Une proposition très loin de l’ampleur de la crise et des attaques du patronat auxquelles nous faisons face.

D’une part, l’existence même de près de 2 millions d’allocataires du RSA, et de 6 millions de chômeurs, pose directement la question de l’emploi. Tous les services publics manquent cruellement de personnel. Que ce soit dans l’éducation où les enfants s’entassent à 30 par classe dès le CP, dans l’enseignement supérieur, dans les administrations et surtout à l’hôpital, où la crise sanitaire a révélé toutes les failles du système de santé et où le personnel soignant est réquisitionné après des journées de 12h pour continuer à travailler. Dans le secteur privé, des millions de travailleurs se crèvent en 3x8, les cadences sont infernales, et n’importe qui ayant travaillé sait à quel point les semaines de travail sont longues et épuisantes.
Pourtant, alors même que d’un côté 25 millions de travailleurs se tuent à la tâche, de l’autre côté le patronat prive d’emploi les 8 millions de personnes au chômage et au RSA.

Parce qu’en effet, ce ne sont pas les chômeurs ou les bénéficiaires du RSA qui décident de mettre à la porte 1233 salariés de Nokia ou 719 salariés d’AAA, qui choisissent de fermer l’usine Bridgestone à Béthune, ou qui souhaitent restructurer la raffinerie de Grandpuits en supprimant au passage des centaines d’emplois. C’est bien le patronat, pour conserver ses profits et ses milliards, qui est prêt à plonger des millions de personnes dans la misère.

D’autre part, ce n’est pas en lançant en l’air des propositions que nous obtiendrons quoi que ce soit.
En face de Laurent Berger qui agite sa revalorisation du RSA, il y a le patronat et le gouvernement, qui avancent méthodiquement et à un rythme effréné vers la casse de tous les acquis sociaux du Code du Travail à la Sécurité Sociale, et vers un monde fait d’exploitation débridée, de précarité, et dont la devise serait « Marche ou crève ».

Pour l’emporter contre le MEDEF et le gouvernement, qui accélèrent sur leur lancée et assument ouvertement de vouloir s’attaquer à aux retraites, à la Sécurité Sociale et aux 35 heures, il nous faut un plan de bataille à la hauteur des enjeux. Au contraire de la politique des directions syndicales, qui continuent à aller se concerter avec le gouvernement pour négocier, alors même qu’elles n’ont rien obtenu depuis des années, il est impératif de construire une mobilisation massive qui puisse effrayer le gouvernement au point de le faire reculer.

Une intersyndicale large du secteur de la santé a appelé à une journée de mobilisation le 15 octobre, pour de meilleures conditions de travail et des moyens à l’hôpital, alors que même après la première vague catastrophique de Covid-19, aucune mesure n’a été prise pour améliorer la situation et le système de santé.

Cette date peut être un point d’appui dont tous les secteurs doivent se saisir pour construire une mobilisation de tout le monde du travail. Non seulement parce que les soignants se battent pour l’ensemble de la société, pour un accès aux soins décents pour toutes et tous, mais aussi parce que la gestion catastrophique de la crise sanitaire illustre parfaitement la politique menée par le gouvernement : aucune considération pour la santé, aucune considération pour l’humain, la défense des intérêts des patrons comme seule perspective.

Ainsi, si une seule date ponctuelle comme la journée du 15 n’ouvre pas de perspectives plus concrètes et ne suffira pas à établir un rapport de force suffisant pour faire reculer le gouvernement, il est essentiel d’unir nos forces avec les soignants en lutte pour œuvrer dès maintenant à la construction d’une réponse à la hauteur des enjeux auxquels nous faisons face.




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