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Politique

Islamophobie d'Etat

Expulsion de Hassan Iquioussen : non à l’offensive raciste de Darmanin !

L’expulsion de l’imam Hassan Iquioussen sur ordre de Gérald Damanin a été validée mardi par le Conseil d’État. Une décision raciste et autoritaire à la suite de laquelle le gouvernement entend poursuivre son opération politique, qui doit être dénoncée avec force.

vendredi 2 septembre

Crédits photo : AFP

Expulsion d’Hassan Iquioussen : le Conseil d’Etat s’aligne sur la politique raciste de Darmanin

Le 28 juillet dernier, Gérald Darmanin notifiait la décision d’expulsion par arrêté préfectoral de l’Imam Hassan Iquioussen, initiant ainsi une nouvelle offensive islamophobe. Le ministre de l’intérieur avait alors justifié sa décision d’expulser l’imam en invoquant des propos antisémites et sexistes tenus par l’imam a plusieurs reprises il y a plusieurs années, instrumentalisant ainsi la lutte contre l’antisémitisme et la lutte féministe à des fins racistes et autoritaires.

Finalement, ce mardi 30 août, le Conseil d’État a validé cette décision. L’arrêté d’expulsion avait dans un premier temps été suspendu le 5 août par décision du Tribunal administratif, qui caractérisait l’expulsion comme «   une atteinte grave et manifestement disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale ». Le tribunal administratif avait également rejeté différents motifs retenus contre Iquioussen face au manque de preuves apportés par le ministère de l’intérieur. Mais l’appel de Gérald Darmanin devant le Conseil d’État a finalement cassé la suspension du tribunal administratif et validé l’expulsion.

Dans son communiqué publiant la décision, le Conseil d’État s’aligne complètement sur la politique de Gérald Darmanin. S’il rejette le motif de « remise en cause de la réalité des attentats terroristes et son rejet des lois de la République au profit de la loi islamique », le Conseil d’État « a estimé […] que M. Iquioussen tenait un discours systématique sur l’infériorité de la femme » et « que la décision d’expulsion n’était pas manifestement disproportionnée […] et ne portait pas une atteinte grave et manifestement illégale à la vie privée et familiale de M. Iquioussen » pour en conclure que « ces comportements constituent des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination ou à la haine contre une personne déterminée ou un groupe de personnes justifiant une expulsion ».

Ce feu vert du Conseil d’Etat a permis au gouvernement de lancer l’acte 2 de son opération politique raciste. Mardi, des dizaines de policiers ont ainsi procédé à une perquisition du domicile de Hassan Iquioussen et se sont déployés aux alentours de son domicile. Ce dernier n’était pas présent lors de la perquisition et a été inscrit au « Fichier des personnes recherchées » (FPR).

Le gouvernement relance l’offensive islamophobe pour la rentrée

La décision du Conseil d’Etat constitue un alignement total sur l’offensive raciste que constitue l’expulsion d’Hassan Iquioussen. En effet, cette décision n’est rien d’autre qu’une énième mesure d’exception visant les musulmans et les personnes assimilées comme tel, dans le sillage de la loi séparatisme et de la dissolution autoritaire et islamophobe du CCIF en novembre 2020. Ces mesures que le gouvernement empile visent également les immigrés qui peuvent subir une expulsion sous prétexte d’un délit ou de simples propos, fussent-ils réactionnaires, comme dans le cas d’Iquioussen.

Une nouvelle fois, les arguments mobilisés pour justifier cette offensive par Darmanin et le Conseil d’État, reposent sur un procédé raciste usé qui consiste à attribuer aux personnes musulmanes et assimilées comme telles, ainsi qu’aux immigrés, la responsabilité de l’oppression patriarcale ou de l’antisémitisme. Alors que, par exemple, les violences sexistes et les propos misogynes pullulent au sein de la classe politique, comme en témoigne les accusations de viol contre Darmanin ou Damien Abad, cette décision participe d’un climat de stigmatisation et d’attaques permanentes contre les musulmans.

Alors que Hassan Iquioussen aurait fui en Belgique, le gouvernement et les médias entendent désormais transformer son expulsion en feuilleton politique, faisant de l’imam un nouvel ennemi public. Le Préfet des Hauts-de-France a ainsi donné mercredi une conférence de presse concernant la tentative d’arrestation, où il a qualifié l’imam de « délinquant » et évoqué la possibilité, en cas de confirmation de la thèse de sa « fuite », d’une « coopération judiciaire internationale » pour l’interpeller.

Se mobiliser à l’international afin d’assurer l’expulsion de France d’un homme qui n’a pas été condamné et se trouve désormais probablement… dans un autre pays : cette aberration n’a de sens qu’à la lumière de l’objectif politique du gouvernement, mettre en scène une chasse au musulman. Une offensive raciste à lire à la lumière de l’ensemble des projets du gouvernement sur ce terrain, alors que Darmanin entend lancer à la rentrée des débats au Parlement sur l’immigration en préparation d’une loi facilitant, entre autres, les expulsions en cas de « délits graves ».

Face aux attaques racistes du gouvernement, faire front

Face à l’opération de Darmanin, la gauche et le mouvement ouvrier sont en général restés silencieux à l’exception de la France Insoumise. Cette dernière a revendiqué le respect de « l’État de droit », dénonçant une « une pression de l’exécutif sur le judiciaire » du côté de Clémence Guetté, et demandé la tenue d’un procès en France pour les propos tenus par l’imam, quitte à revendiquer la « fermeté » dans ce cadre.

Une position qui met sous le tapis le caractère raciste de l’offensive actuelle, et laisse entendre qu’un traitement « juste », dans le cadre de « l’État de droit », de cette affaire serait possible. Or, l’offensive de Darmanin constitue de A à Z une opération politique visant à s’en prendre aux musulmans. Pour cela, elle s’appuie d’ailleurs allègrement sur le droit et les institutions suprêmes qui le garantissent, comme le Conseil d’État. C’est d’ailleurs ce même « État de droit » qui a permis ces dernières années la dissolution d’organisations telles que le CCIF ou l’adoption d’une loi raciste telle que la loi séparatisme.

Il n’y a donc rien à attendre d’un État qui multiplie les mesures à l’encontre des musulmans. Derrière l’opération de Darmanin, les expulsions en série cet été et les dissolutions d’association musulmanes, c’est un renforcement autoritaire qui se joue. Celui-ci vise d’abord les musulmans et assimilés et les étrangers, mais prend aussi pour cible les organisations qui s’opposent à lui, notamment du mouvement antiraciste, et visera demain le mouvement ouvrier, alors que des syndicats tels que SUD Éducation 93 ont déjà été menacés de dissolution.

Dans ce cadre, le mouvement ouvrier, les organisations politiques de gauche, de l’antiracisme et du mouvement social doivent donc faire front et s’opposer résolument à cette offensive, en dénonçant l’expulsion raciste de Hassan Iquioussen, et en revendiquant la fin de l’ensemble des mesures d’exception visant notamment les musulmans, en commençant par l’abrogation de la loi séparatisme et de toutes les lois autoritaires, racistes et islamophobes. Cela implique non seulement de dénoncer cette nouvelle offensive raciste, et plus largement contre les droits démocratiques, mais aussi d’appeler à des rassemblements pour dénoncer le racisme d’État.

Une initiative de rassemblement a été appelée pour dénoncer l’expulsion et l’islamophobie d’État ce samedi à 15h Place de la République par l’organisation Perspectives musulmanes. Un rassemblement que des secteurs de l’extrême droite cherchent d’ores et déjà à faire interdire.



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