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Xénophobie

Expulsion des étrangers : Darmanin ouvre un nouveau front xénophobe dans sa campagne sécuritaire

« Reconduire systématiquement dans leur pays les étrangers qui constituent une menace grave pour l’ordre public », voilà la dernière mesure de Darmanin. Instrumentalisant l’attaque devant les locaux de Charlie Hebdo, le gouvernement poursuit son offensive sécuritaire et marche allègrement sur les platebandes de l'extrême-droite.

mercredi 30 septembre

Crédit photo : Bertrand Guay / AFP

Ce mercredi 30 septembre, Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur, a adressé une lettre aux préfets pour les encourager à « reconduire systématiquement dans leur pays les étrangers qui, par leurs agissements, constituent une menace grave pour l’ordre public. »

Il insiste dans le texte sur la nécessité de renforcer les moyens répressifs, du côté des forces de l’ordre comme du côté du système juridique pour « procéder, dans un certain nombre de cas, à des refus ou des retraits de titre, voire engager des procédures de refus ou retrait de la protection internationale ou de la nationalité française ». L’objectif est clair : afficher un volontarisme contre les étrangers, tout en opposant les bons aux mauvais « étrangers ». « Je vous demande de faire preuve du plus grand volontarisme à l’éloignement » note ainsi le Ministre de l’Intérieur qui vise « en premier lieu l’éloignement des personnes présentant une menace grave pour l’ordre public ».

Pourtant, derrière cette formule, c’est une nouvelle déclinaison xénophobe de la politique sécuritaire du gouvernement qui s’annonce. Une orientation qui ne peut avoir pour conséquence que d’accroître le niveau de répression subi par les étrangers, et à faciliter leurs expulsions. Une manière de signifier aux étrangers vivants en France qu’ils ne sont que tolérés, mais demeurent avant tout des suspects, menacés d’expulsion à la moindre incartade.

Si l’expulsion des étrangers coupables de « menace grave pour l’ordre public » figure déjà dans la loi, le fait que Gérald Darmanin appuie sur cette question n’a rien d’anodin. La répression contre les étrangers appartient en effet aux revendications historiques de l’extrême-droite. Elle figurait par exemple en ces termes, à la place 21 des 144 propositions de Marine Le Pen pour les dernières présidentielle : « Rétablir l’expulsion automatique des criminels et des délinquants étrangers ». Avec sa circulaire, Darmanin illustre une fois de plus comment le gouvernement marche allègrement sur les platebandes du Rassemblement National.

De fait, cette mesure arrive au milieu de la campagne sécuritaire de Darmanin et Schiappa. Entre leur projet de loi sur les séparatismes, au nom duquel ils font la guerre aux musulmans, leur politique de criminalisation des consommateurs de drogue, ou encore le renforcement de la politique répressive des manifestations, les Bonnie & Clyde de la politique sécuritaire s’attaque cette fois aux étrangers.

Pour faire passer cette attaque, le gouvernement a choisi d’instrumentaliser l’attentat qui a eu lieu vendredi dernier près des anciens locaux de Charlie Hebdo. Et si il met en avant le profil de l’agresseur, un mineur isolé pakistanais, il passe évidemment sous silence l’interpellation éminemment raciste dont a été victime Youssef, un jeune algérien qui a tenté d’arrêter l’assaillant et a été considéré pendant plusieurs heures comme « le deuxième suspect » pour ce simple fait...

Dans le sillage de l’attaque, Darmanin s’en est également pris aux mineurs isolés ce mardi à l’assemblée nationale où il a déclaré que « Notre pays est confronté au drame des mineurs isolés notamment venant des pays du Maghreb, de Tchétchénie ou du Pakistan. Nous devons très rapidement mettre fin à la présomption de minorité ». Le Ministre de l’Intérieur choisit une fois de plus de pointer et criminaliser les plus pauvres, les faisant passer pour des profiteurs d’un système qui n’a pourtant rien à leur offrir. C’est en effet la politique extrêmement répressive de l’Etat, qui traque les migrants et les condamne à vivre dans des conditions indignes, qui pousse certains à chercher à bénéficier des maigres avantages qu’offre le statut de mineur isolé, très loin d’être une panacée.

Le « grand volontarisme de l’éloignement », va également de pair avec le « pacte sur l’immigration » discuté à l’échelle de l’Union Européenne. Ce dernier vise également à augmenter le nombre d’expulsions effectives, à limiter l’arrivée de réfugiés et l’octroi du droit d’asile. Dégoûter par des procédures impossibles, détenir dans des centre rétentions inhumains et mettre des frontières à toutes les échelles, à chaque pays traversé, avant et après être arrivé en Europe : voilà la machine mise en place par les gouvernements des pays européens, voilà le calvaire auxquels doivent faire face les migrant.e.s aujourd’hui. Ce qu’ils fuient ce sont des situations de guerres, de pauvreté ou de violences extrêmes bien souvent déclenchées par des intérêts de pays impérialistes qui les refuseront plus tard à la frontière de leurs pays.

Le gouvernement de son côté cherche clairement à renforcer sa politique xénophobe et joue toujours plus ouvertement sur le terrain de l’extrême droite. Dans le même temps, les migrants survivent dans des conditions dramatiques, les camps bondés et vétustes, régulièrement démantelés dans la violence, la rue, et ce alors que l’épidémie de coronavirus sévit toujours fortement. Face à cette situation pour le moins dramatique, il est nécessaire de réaffirmer une politique de solidarité de classe vis-à-vis de tous les réfugiés et migrants, pour un accueil digne et leur droit à s’installer là où ils voudront. Il est également nécessaire de dénoncer l’offensive profondément réactionnaire du gouvernement, qui enchaîne les polémiques sur le voile, entre le lancement de la loi sur les séparatismes et les annonces de reconduction des migrants à la frontière.




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