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Politique

Une mesure symbolique… de l’extrême-droite

Extension de la déchéance de nationalité, le gouvernement assume sa lepénisation

Renan Granger Proposée par Hollande après les attentats du 13 novembre dans le cadre du projet de réforme constitutionnelle, son retrait avait été annoncé lundi par Christiane Taubira. Mais Manuel Valls vient de confirmer ce 23 décembre que la très réactionnaire proposition d’extension de la déchéance de nationalité sera bien maintenue.

mercredi 23 décembre 2015

C’est le premier ministre lui-même qui le dit : « L’efficacité [...] n’est pas l’enjeu premier. C’est une mesure à caractère hautement symbolique. » Et quel symbole ! Celle d’une mesure portée par l’extrême-droite depuis fort longtemps, et que même Nicolas Sarkozy avait dû retirer en 2011 après la fronde des centristes. Cette décision vient donc confirmer une fois de plus que le PS, loin d’être un « rempart contre le FN », est au contraire le meilleur outil pour appliquer le programme de Marine Le Pen. Cette mesure risque effectivement de ne concerner que peu de monde : elle prévoit l’extension de la déchéance de nationalité aux binationaux nés français (la mesure existant déjà pour les binationaux nés étrangers) en cas de condamnation pour terrorisme.

Cette mesure ne sera d’aucune utilité en ce qui concerne la « lutte contre le terrorisme », qui dispose déjà d’un arsenal judiciaire très étoffé. En revanche, la déchéance de nationalité constitue un vrai renforcement du caractère raciste de l’Etat Français. Le mythe de la nationalité française censée garantir l’égalité entre tous les « citoyens » et le droit du sol s’écroule un peu plus. Les habitants immigrés ou fils d’immigrés des quartiers populaires le savaient déjà bien, eux qui subissent tous les jours la violence policière et le racisme d’Etat, particulièrement dans cette période d’état d’urgence. Mais cela est maintenant officiellement assumé : le principe d’une distinction entre deux catégories de citoyens. Les « vrais » français, « de souche », et les autres, particulièrement les musulmans ou ceux qui en ont l’air, dont la nationalité n’est pas acquise définitivement, qu’il faut surveiller, qu’on peut assigner à domicile ou perquisitionner par « précaution ».

De plus, alors que Daesh perpètre des attentats principalement en dehors de la France, et notamment au Moyen-Orient, le signal envoyé aux autres peuples du monde est très fort : leurs morts ne nous intéressent pas, et, à l’avenir, l’Etat français enverra les terroristes (réels ou supposés) de l’hexagone dans ces pays-là. La lutte contre la barbarie s’arrête donc aux frontières de l’Etat français pour le général Hollande. C’est pourquoi les attentats de Beyrouth, perpétré par Daesh un jour seulement avant ceux de Paris, ne le concerne pas, pas plus que la mort des habitants de Rakka, fief de Daesh, bombardés par l’armée française depuis plusieurs semaines.

Le maintien de la mesure d’extension de la déchéance de nationalité permet aussi aux socialistes au pouvoir de s’assurer le vote de la droite et de l’extrême droite sur la réforme constitutionnelle, qui ont déjà tous deux annoncés leur soutien. Voilà donc le véritable caractère de leur « union nationale » : réactionnaire, raciste, islamophobe, sécuritaire. Il est logique que Marine Le Pen en profite pour écrire dans ce tweet : « Déchéance de nationalité : premier effet des 6,8 millions de voix pour le Front national aux élections régionales ». Ce que nous écrivions il y a peu comme une possibilité est bien devenu une réalité : un important pas supplémentaire dans la lepénisation est franchi par Hollande et Valls.

Et Front de Gauche a beau jeu, dans ce contexte, de s’en offusquer, notamment par la voix d’André Chassaigne, dont le communiqué dit « Une fois de plus, le gouvernement souhaite donner des gages à la droite, bafouant ses propres valeurs et ignorant ceux qui l’ont mené au pouvoir. Par sa portée sur le plan symbolique, cette mesure est un terrible gâchis !". « Gâchis » ? Comme si le Front de gauche ne portait pas une lourde responsabilité dans la réalisation de ce scénario, en ayant soutenu la mise en place de l’Etat d’urgence, et en ayant appelé unanimement à voter pour le PS au second tour des régionales. La surenchère raciste que constitue la déchéance de nationalité vient nous rappeler une fois de plus à quel point il est nécessaire, définitivement, de s’organiser et de résister face à leur état d’urgence, et face à leurs guerres.




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