Edito

Extrême(s) droite(s)

Extrême(s) droite(s)

« De tout temps ils avaient été au service de ceux qui commandent et ils le seront éternellement. Mais leur recrutement en une armée spéciale, avec un uniforme spécial et un armement spécial, était une nouveauté des dernières années. C’étaient eux les fascistes, comme on les appelait ».

Crédits photo : Alessandro Di Meo / EPA

Ces éléments de définition que fournit Ignazio Silone dans l’un de ses romans les plus connus, Fontamara (1933), acquièrent une résonance particulière aujourd’hui. Victoire de Trump aux États-Unis, de Salvini en Italie, de Bolsonaro au Brésil, rebond de Marine Le Pen en France après sa défaite à la présidentielle : l’extrême droite a le vent en poupe dans le monde. Y a-t-il pour autant un danger fasciste ? La question de l’extrême droite apparaît aujourd’hui comme une des questions brûlantes pour les révolutionnaires, tellement elle ressemble à une menace qui pèse sur les acquis démocratiques du mouvement ouvrier, des immigrés, des femmes et des minorités de genre. La crise organique qui agite les régimes démocratiques en Occident profite le plus souvent à des formations politiques récentes qui réussissent à s’imposer dans le panorama politique (même s’il faut souligner quelques exceptions, tels le FPÖ autrichien ou le Rassemblement national en France, qui ont existé pendant plusieurs décennies dans la périphérie du système électoral de leurs pays respectifs). Crise sociale et crise politique s’alimentent en Europe et ailleurs depuis une dizaine d’années au profit de ces formations politiques qui accèdent une à une au pouvoir dans différents pays. Ainsi, la lutte contre l’extrême droite apparaît comme une dimension incontournable de la lutte de classes aujourd’hui.

Mais la question de l’extrême droite est aussi à l’origine de beaucoup de questionnements au sein des forces politiques « à gauche de la gauche ». La première d’entre elles voudrait que l’ensemble de ces nouvelles formations politiques peuvent être qualifiées de fascistes. La peste brune serait donc de retour, sous d’autres habits, cette fois-ci sous le visage « respectable » de figures médiatiques. Le fascisme 2.0 n’entretiendrait une image « cool » que pour mieux garder comme projet politique de régénération nationale à travers l’élimination — y compris physique — de minorités, du mouvement ouvrier et de toute opposition politique. Pourtant, cette clé d’analyse évacue de l’analyse de les régimes qui émergent partout en Europe comme des régimes de crise et à ce titre « transitoires » entre la démocratie et le fascisme.

Le deuxième questionnement, qui est un corollaire de la première, se trouve dans les réponses politiques que notre camp devrait apporter à la montée des extrêmes droites. Devant la menace de l’extrême droite, un « antifascisme bourgeois » veut s’ériger comme le champion de la défense de la démocratie parlementaire, tel un Macron qui s’est fait élire en partie en se présentant comme un « barrage au FN » (ce rôle était traditionnellement occupé par le Parti socialiste, qui, après la présidence Hollande, a été marginalisé dans le champ politique). Cependant, qui pourrait dire aujourd’hui, six mois après le début du mouvement des gilets jaunes, que Macron est un défenseur des droits démocratiques et qu’il ne fait pas le lit de Marine Le Pen ?

Enfin, un troisième questionnement porte cette fois-ci sur la politique que doit mener notre camp. Au nom de la lutte contre l’extrême droite assimilée au fascisme, pour certains il faudrait construire un large front, qui aille de l’extrême gauche jusqu’à des forces politiques qui, par les politiques néolibérales qu’elles ont appliquées au gouvernement, comme par leurs renoncements successifs sur le terrain de l’antiracisme, ont apporté pendant des décennies de l’eau au moulin de l’extrême droite. Pourtant, les contours de ce même front reste une problématique de première importance : avec qui et, surtout, dans quel but construire ce front ?

Cette édition de RP Dimanche souhaite contribuer au débat autour de ces questionnements.

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