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Politique

Offensive sécuritaire

Fabien Roussel embrasse la campagne sécuritaire imposée par Macron et l’extrême-droite

30 ans de prison minimum pour un crime contre les policiers, création de 30 000 postes de policiers, manifestation aux côtés des syndicats de police… : c’est sur le terrain sécuritaire que s’ouvre la campagne du PCF pour les présidentielles. Une adaptation profonde et réactionnaire au climat sécuritaire imposé par Macron et l’extrême-droite.

jeudi 13 mai

Crédits photo : afp.com/CHARLY TRIBALLEAU

Le PCF au diapason de la campagne sécuritaire du gouvernement

Depuis dimanche dernier, Fabien Roussel est le candidat du Parti Communiste Français (PCF) pour les prochaines présidentielles. Moins de deux minutes après le de début de la conférence de presse qui officialisait cette annonce, Fabien Roussel assurait : « La question de la sécurité ne sera pas secondaire. Je souhaite que cette question soit abordée pleinement et franchement. ». Assurant que « le droit à la sécurité n’est pas un droit parmi les autres, c’est un droit fondamental » il a expliqué que pour lui et pour le PCF « il est important de montrer que la gauche sur ce sujet porte des propositions. Et ma gauche en tous cas ne sera pas laxiste ».

Alors que le gouvernement, la droite et l’extrême-droite tentent activement de mettre les questions sécuritaires au cœur de la Présidentielle, le PCF a donc choisi d’adopter cet agenda. Et ce sont sur des mots empruntés à la droite et à l’extrême-droite que le parti a ouvert sa conférence de candidature. Une proximité que Fabien Roussel assume. Au cours de cette même conférence de presse, alors qu’une journaliste lui rappelle la volonté du gouvernement de durcir les peines pour les agresseurs de policiers, la réponse de Fabien Roussel est sans appel : « J’y suis favorable » ! « Ça existe déjà mais pour que le message soit plus fort et mieux entendu, il faut l’inscrire dans le code pénal, y compris inscrire noir sur blanc : 30 ans de prison minimale pour un crime à l’encontre de toute détenteur de l’autorité publique. »

Une manière de surenchérir sur les annonces sécuritaires et réactionnaire du gouvernement, tout à fait décomplexée, qu’il conclut d’ailleurs ainsi : « Je suis pour donner un signal fort et montrer qu’ils [les policiers et gendarmes] sont intouchables ». Le reste de l’échange avec les journalistes l’a d’ailleurs confirmé. A l’ordre du jour pour le candidat PCF la création de 30 000 policiers de proximité et des moyens supplémentaires en nombre pour ceux dont il dit qu’ils sont « seuls au front et désarmés » face à une « montée de la violence ».

D’ailleurs, le candidat du PCF entend bien tendre la main dès maintenant aux policiers en manifestant à leurs côtés ! Quand une autre journaliste l’interroge sur sa présence à la « marche citoyenne » en soutien à la police le 19 mai, il répond sans détour : « je pense que cette marche est importante […] qu’il y a besoin de plus de moyen dans le maintien de la sécurité ». Finalement, celui qui n’aura pas eu un mot tout au long de ces 45 minutes pour les victimes de violences policières ou pour toutes celles et ceux qui se battent contre le racisme, a par contre assuré vouloir recevoir les « syndicats de police dans les prochains jours pour discuter avec eux ».

Durant la conférence de presse Fabien Roussel a également assuré : « Nous voulons garantir le droit à la tranquillité ». Comment ne pas penser aux mots d’Emmanuel Macron dans Le Figaro qui expliquait alors sur le même sujet : « Je me bats pour le droit à la vie paisible »

Un discours bourgeois

Ces déclarations de Roussel sont totalement en phase avec l’offensive sécuritaire du gouvernement. Loin d’être nouvelles, elles ne sont pas sans rappeler le discours du dirigeant du PCF à Malo-les-Bains en septembre dernier où il n’avait pas hésité à reprendre la rhétorique de Darmanin et de Macron et à se placer sur le terrain miné de l’extrême-droite et la droite en parlant d’ « ensauvagement » et de « barbarie ». De la même manière sur la loi séparatisme les députés PCF se sont largement abstenus quand ils ne votaient pas pour certains articles de cette loi raciste et islamophobe.

Pour justifier de mettre au cœur de son programme et de son discours la question sécuritaire, Fabien Roussel explique que : « la question de l’insécurité est une question populaire. Ce sont celles et ceux qui vivent dans les quartiers où la République s’est retirée qui en pâtissent ». Sur BFM-TV, il poursuivait cette idée : « Ce sont ceux des quartiers populaires, les plus modestes, c’est la caissière du supermarché, c’est le chauffeur de bus, c’est l’infirmière qui travaille la nuit ou qui rentre au petit matin, c’est ceux qui ne supportent plus les rodéos qui les empêchent de vivre. C’est ces gens qui vivent dans des quartiers qui aujourd’hui sont oubliés par la République, ils sont oubliés par l’État ».

Mais, derrière ce discours qui reprend tous les éléments de langage de l’extrême-droite sous couvert de défendre les intérêts des classes populaires il y a d’abord, comme dans tous les discours sécuritaires, une volonté d’effacer la misère qui y prospère, la violente répression étatique et policière qui l’entoure mais aussi le racisme qui structure la société. Dans une période où le gouvernement, la droite et l’extrême-droite s’en prennent aux quartiers populaires notamment sous couvert de démantèlement des points de deal, il est nécessaire de voir et de comprendre que la violence et le trafic de drogue sont les conséquences d’un système qui met en marge une partie de sa population. En se coulant dans le discours sécuritaire qui domine le champ politique, le PCF efface cet enjeu. Or, continuer de serrer la vis sur les quartiers populaires, par l’omniprésence policière et une réponse seulement sécuritaire aux problèmes de ces quartiers ne peut que renforcer l’oppression subie par ses habitants.

Cette logique, loin de permettre de « lutter contre la délinquance », n’aura qu’un effet : renforcer la stigmatisation des jeunes de quartiers, les priver d’emplois et de perspective d’avenir. Et pour cause, il s’agit surtout de ne pas interroger le fonctionnement capitaliste, intrinsèquement raciste et inégalitaire, qui aboutit à l’émergence de tels ghettos. En ce sens, le discours sécuritaire de Roussel comme celui de Macron ou Le Pen est profondément un discours bourgeois qui dissimule la nécessaire dénonciation du capitalisme.

Un discours aux effets contradictoires au sein du PCF

Le discours de Roussel n’est pas sans susciter de tension en interne, notamment du côté d’une jeunesse qui a vécu les mobilisations historiques contre les violences policières et le racisme de 2020. On voit ainsi poindre la contradiction entre une jeunesse forgée dans la lutte contre le racisme, les violences faites aux femmes et la répression policière et la ligne du Parti Communiste Français qui est historiquement marquée par une politique raciste.

De fait, si de nombreux jeunes ont pu voir dans le PCF une possibilité de changement de société ou la défense d’une perspective communiste, le nombre de déçus et de désillusionnés risque fort d’augmenter dans le cadre des Présidentielles ou le parti expose son adaptation au champ politique bourgeois. Cette situation agit comme un révélateur. De fait, le PCF n’incarne pas ce qu’il était il y a cent ans lors de sa fondation : il n’est en rien une alternative révolutionnaire, féministe et anti-raciste face au pouvoir en place.

C’est pour cette raison qu’à rebours des illusions réformistes du PCF comme de la France Insoumise, il est fondamental de nous doter d’un tel outil. Un Parti Révolutionnaire des Travailleurs, réaffirmant la nécessité de renverser le système capitaliste dans son ensemble et non de le réformer. Un parti qui, lors des présidentielles à venir ne cherchera pas à satisfaire ses petits calculs électoraux mais cherchera à représenter la voix de celles et ceux qui luttent, dans les entreprises, les quartiers, les lycées et les universités, contre le patriarcat, les violences policières et le racisme et la destruction écologique de la planète. C’est dans ce sens que le NPA-Révolution Permanente a proposé le mois dernier Anasse Kazib, cheminot et militant Sud-Rail comme candidat pour les présidentielle pour le NPA, et lutte pour que le NPA change d’orientation pour se faire le levier de la construction d’une organisation ouvertement révolutionnaire.

Fabien Roussel est loin d’incarner cette voix, qui préfère se ranger derrière les revendications des syndicats policiers d’extrême droite plutôt que de porter la parole des familles de victimes de violences policières. Loin d’être une « erreur », c’est un marqueur politique, un révélateur, dont tous les militants communistes doivent prendre conscience et face auquel ils devront se positionner dans les mois à venir.




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