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Face à la deuxième vague, des préfets annoncent de nouvelles restrictions

A la demande du gouvernement, les préfets des territoires particulièrement touchés par le Covid ont annoncé lundi de nouvelles mesures de restrictions qui vont de la limitation des rassemblements à la fermeture des bars après 22 heures et font la part belle à une gestion policière. Alors que la deuxième vague de Covid-19 se confirme, la stratégie qui lui est opposée est toujours plus répressive, au profit de la vie économique.

mardi 15 septembre

Crédits photos:AFP / Christophe ARCHAMBAULT

La deuxième vague est une hypothèse chaque jour plus certaine. Lundi le directeur de la branche européenne de l’OMS mettait en garde. « Cela va devenir plus dur. En octobre, en novembre, on va voir une mortalité plus élevée ». La semaine dernière c’est le Premier ministre, qui notait une « dégradation manifeste de la situation ». Des propos inquiétants que viennent corroborer les derniers chiffres publiés par l’OMS, vendredi plus de 51 000 nouveaux cas étaient rapportés, soit davantage que ce qui avait été observé lors des pics d’avril.

En France, lundi, ont été enregistrés 6158 nouveaux cas positifs selon les données de la Santé publique France. Le nombre de patients en réanimation est en croissance constante avec 448 nouveaux malades la semaine dernière.

A la suite du discours de Jean Castex qui demandé aux préfets de prendre des mesures locales et contraignantes face à une « évolution préoccupante de la situation ». Dans les territoires les plus touchés par cette seconde vague épidémique ont été annoncées hier un nouveau panel de mesures restrictives et les préfets de Gironde, des Bouches-du-Rhône ont dévoilé, lundi, leurs mesures complémentaires pour lutter contre la propagation du virus dans leur zone de compétence. Ces territoires sont les premiers à subir les conséquences directes de cette nouvelle vague. Les arrivées se font massives à l’hôpital, à Marseille les hospitaliers tiraient sur la sonnette d’alarme lundi alors qu’il n’y avait plus que 4 lits disponibles.

Une gestion toujours plus policière de l’épidémie

Dans le Paca, pour ralentir la progression qui touche tout particulièrement Marseille, Christophe Mirmand a annoncé l’interdiction des rassemblements de plus de 10 personnes et du maintien des évènements de plus de 1000 personnes ainsi que le renforcement des contrôles de police, réclamant le renfort de nouvelles forces de police sur place afin d’accentuer les verbalisations.

C’est sensiblement le même programme que Fabienne Buccio, la préfète de Gironde, a présenté hier alors que les « signaux sont au rouge » selon Yann Bubien, le directeur du CHU de la ville. Les rassemblements y sont aussi plafonnés, quand les manifestations sociales pourront être interdites et ce alors que la préfète a demandé «  l’appui des polices municipales »que viendront « soutenir » un détachement de CRS et de gendarmes mobiles. Fabienne Buccio évoque ainsi « une verbalisation accrue pour le non-part du masque » quand les autorités seront « très fermes à l’encontre des comportements à risques » et qu’il s’agira de « contrôler et sanctionner ceux qui ne jouent pas le jeu ». En Guadeloupe, Alexandre Rochatte, a annoncé la fermeture des bars et cafés après 22 heures en semaines et celle des gymnases et stades.

Ces mesures reviennent une nouvelle fois à une augmentation de la gestion policière de l’épidémie, sans efficacité sanitaire les annonces des préfets ne font en réalité que poursuivre le cap maintenu par le gouvernement depuis le début de l’épidémie. Il s’agit de combattre le virus et sa propagation sur le terrain de la répression et des appels à la « responsabilité individuelle ».

Une stratégie sécuritaire pour maintenir les profits des entreprises

Il est frappant de voir que l’impréparation du gouvernement face à la première phase semble devoir se répéter. Après une période de reflux, les hôpitaux font face à un "risque rapide de saturation", comme l’explique le directeur de l’ARS à la Provence, comme à Marseille, ou à Bordeaux où une augmentation de nombre de lits de réanimation vient d’être décidée en urgence. Autre mesure symbolique qui sonne comme un aveu d’échec, face à « l’embolie manifeste du système de test » Fabienne Buccio a décidé de réserver l’accès à celui-ci aux malades, cas contacts et personnels de la santé.

Vendredi dernier le gouvernement choisissait de maintenir le cap qu’il tient depuis le début de l’épidémie, priorité à l’économie et s’il continue à débloquer des milliards pour le patronat, aucun moyen supplémentaire n’est pour l’instant alloué pour faire face à la reprise de l’épidémie. Et alors que les mesures restrictives s’enchainent dans l’espace public aucune recommandation n’est faite du côté des entreprises, qui constituent pourtant selon la direction nationale de la Santé 29% des clusters identifiés. ». Il est alors absurde d’imposer d’un côté la fermeture des bars et restaurants, des plages, l’interdiction des soirées étudiantes, rassemblements et manifestation et de l’autre de se satisfaire d’une rentrée sans protocoles sanitaires sérieux ou presque dans de nombreuses entreprises, écoles et universités.

Gestion coupable et nouveaux clusters : le cas des écoles et universités

Dans l’enseignement supérieur de nombreux sites ont déjà du fermer. L’Ecole Telecom Physique Strasbourg a été fermée lundi après la découverte de cinquante cas positifs parmi les étudiants, quelques jours après la fermeture de Sciences-Po Reims. A Rennes-I quarante-trois cas de covid ont été détectés chez des étudiants en médecine, pharmacie et odontologie. Alors même que la rentrée n’a pas été effectuée partout ce sont déjà une dizaine de clusters à l’université qui auraient été identifiés.

Frédérique Vidal se cantonne pour l’instant à en appeler à la « responsabilité individuelle » des étudiants et à se défausser. Pourtant la responsabilité de chacun n’a rien de mesurable avec celle du gouvernement. Le Covid dévoile au grand jour la casse de l’enseignement supérieur par les gouvernements successifs, entre manque de moyens, de places et de professeurs. Alors que la rentrée n’a pas encore eu lieu partout, les trop nombreuses images de classes surchargées qui favorisent la propagation du virus en raison du manque de personnel et de salles de cours disponibles sont très inquiétantes.

Dans le secondaire la situation est sensiblement similaire. Alors que le protocole a été dévoilé par le cabinet du ministre de l’enseignement supérieur, la veille de la rentrée à minuit, à l’impréparation et à l’amateurisme s’est ajoutée la réalité d’une Ecole aux moyens insuffisants. Ainsi depuis la rentrés les communiqués ou les droits de retrait dénonçant les classes surchargées, l’impossibilité, parfois pour les enseignants de faire se laver les mains aux enfants quand dans un quart des écoles les points d’eau manquent, … se succèdent. Depuis la rentrée 524 classes et 32 établissements entiers ont déjà dû fermer.

Dans une telle situation, le monde du travail devra se mobiliser non seulement face à la crise, mais aussi pour exiger des moyens sanitaires supplémentaires, des masques gratuits pour toutes et tous, l’augmentation des capacités de tests à l’heure où les laboratoires se disent débordés, et des moyens à la hauteur des besoins dans l’Education nationale et les entreprises. Dans le même temps il s’agira de lutter contre toutes les mesures répressives que le gouvernement met en place sous couvert de lutte contre le Covid-19. Si le confinement et le déconfinement nous ont appris quelque chose c’est que l’obtention de mesures essentielles à la hauteur ne pourra s’obtenir que par les luttes, et que dans les mains du gouvernement, la gestion sanitaire se transformera en attaque contre les travailleurs et nos droits. En ce sens le 17 septembre apparaît comme une date importante pour essayer de commencer à rassembler les différents secteurs combattifs afin d’imposer que les travailleurs et la jeunesse ne soient ni la variable d’ajustement de la crise économique qui vient ni les victimes de la crise sanitaire qui renaît.




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