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Politique

Crise sanitaire

Face au « tsunami » Omicron, la nécessité d’un plan d’urgence pour la première ligne et l’hôpital public

Boostée par le variant Omicron, l’épidémie sanitaire avance à vitesse grand V dans le monde et en France. Alors les contaminations ne cessent d’augmenter et menacent de faire s’effondrer les hôpitaux, il est urgent de revendiquer un programme sérieux pour l’hôpital et la santé !

mercredi 29 décembre 2021

Crédits photo : THOMAS SAMSON / AFP

Une situation épidémique hors de contrôle

Un peu plus de deux ans après son début, l’épidémie de la Covid-19 ne montre aucun signe d’affaiblissement. Au contraire nous assistons sous l’effet combiné d’une double vague entre le variant Delta et le variant Omicron à une forte reprise de l’épidémie. « Chaque seconde, deux Français sont positifs au Covid-19 », voici ce qu’a déclaré Olivier Véran lors de son audition par la commission des Lois de l’Assemblée nationale sur le projet de loi transformant le pass sanitaire en pass vaccinal. « Vu les chiffres que nous enregistrons, j’aurais tendance à parler de raz-de-marée. Ce sont des chiffres qui donnent le vertige » a affirmé le ministre de la santé. Et pour cause, la France vient d’enregistrer le troisième record consécutif de contaminations quotidiennes : après avoir franchi le cap des 100 000 contaminations le 25, 180 000 hier, les contaminations atteignent la barre des 208 000 ce mercredi. En trois jours elles ont doublé. Dans les hôpitaux les admissions pour forme sévère sont elles aussi en hausse, hier et pour la deuxième fois consécutive près de 500 personnes sont entrées à l’hôpital, faisant porter le nombre total à 17 450. Une augmentation exponentielle due principalement à l’ultra contagieux variant omicron qui ne devrait tarder à devenir majoritaire en France.

Un variant qui amène déjà avec lui des situations explosives à travers le monde et laisse présager une situation similaire en France. Son aspect hautement transmissible et sa capacité à contourner les défenses immunitaires amenées par les vaccins inquiète l’OMS en premier lieu qui, hier, qualifiait le risque du variant de « très élevé » et « qu’il entraînera un grand nombre d’hospitalisations ». Ce matin, l’Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP) apporte des précisions sur les caractéristiques du variant Omicron qu’il ne faut pas minimiser : s’il semble moins dangereux que Delta, il est en revanche plus dangereux que le virus de base. « Omicron, selon les premières données, se situe quelque part entre le virus d’origine et Delta », il devrait donc provoquer proportionnellement plus d’hospitalisations. Dans le même sens, les premiers chiffres - notamment aux États-Unis- sont inquiétants concernant la contamination des enfants au coronavirus. Un phénomène dont s’alarment 50 personnels de santé dans une tribune dans le JDD en appelant le ministre de la santé à décaler d’une semaine la rentrée scolaire.

Pourtant, face à la gravité de la situation épidémique le gouvernement minimise l’état actuel des choses et se veut rassuriste en annonçant des mesures très largement insuffisantes à l’image de celles faites ce lundi. Le gouvernement continue encore une fois de répondre aux exigences du Medef en privilégiant les intérêts économiques au détriment de la santé. En continuant la stigmatisation des non vaccinés et en prônant les responsabilités individuelles, le gouvernement affiche des priorités bien loin de la nécessité qu’impose l’intensité de la vague épidémique, en particulier dans les hôpitaux pour lesquels Omicron laisse pressentir une situation dangereusement inquiétante.

Le gouvernement laisse les hôpitaux au bord du gouffre, imposons des moyens à la hauteur

Nous le disions déjà il y a une semaine, l’hôpital public est définitivement au bord du gouffre. Tandis que le gouvernement n’a fait aucune annonce concernant la situation des hôpitaux, cela fait maintenant plusieurs semaines que les hôpitaux ont déprogrammé de nombreuses opérations et que l’ensemble des agences régionales de santé ont déclenché des plans blancs pour pallier aux nombreux manques. Une situation inquiétante dans un contexte où le personnel hospitalier vient à manquer, Olivier Veran et le conseil scientifique annonçaient déjà en octobre dernier que 20% des lits étaient fermés faute de soignants. En pleine crise sanitaire comme celle que nous connaissons chaque lit manquant est une catastrophe et pousse inexorablement vers une situation catastrophique.

La situation est telle que dès la semaine dernière les premiers transferts de patients pour désengorger les services ont eu lieu en région PACA, ce mercredi deux patients sont encore transférés vers le CHU de Lille. Faute de places disponibles les déplacements de malades en réanimation ont à nouveau débuté. La région PACA qui fait face à des saturation des services hospitaliers importants se prépare dès à présent au tri des patients à Marseille. C’est ce que révélaient le 24 décembre dernier Mediapart qui a eu accès au dossier de préparation aux transferts de patient qui s’intitule : « Proposition de règles de priorisation pour l’accès à la réanimation en cas de pénurie exceptionnelle par dépassement des ressources maximales de réanimation – patients Covid et non-Covid. » Une potentielle sélection pour l’accès aux soins qui pourrait être amenée à se concrétiser et s’étendre si rien n’est fait pour casser l’extension fulgurante des contaminations. L’épuisement généralisé du personnel hospitalier après deux ans de pandémie est lui aussi alarmant.

La situation est telle que Joe Biden reconnait aujourd’hui « qu’il y a des hôpitaux dans certains endroits qui vont être débordés à la fois en termes d’équipement et de personnel », lors d’une réunion virtuelle à la Maison-Blanche avec plusieurs gouverneurs et conseillers en santé. Une déclaration qui reconnait la gravité de crise et le manque de moyens à l’hôpital pour y faire face

Encore plus parlant, l’OMS déclare par le biais de son président ce mercredi être « très préoccupé par le fait qu’Omicron, plus transmissible, circulant en même temps que Delta, entraîne un tsunami de cas. Cela exerce et continuera d’exercer une immense pression sur un personnel de santé épuisé et des systèmes de santé au bord de l’effondrement ».

Nous le ne répéterons jamais assez, cette situation lamentable est le résultat des politiques néolibérales qui a maltraité́e au cours des dernières décennies la Santé publique, en particulier les hôpitaux qui ont subi contre-réformes, coupes budgétaires et réductions drastiques de personnel. Alors même que la crise sanitaire a mis en lumière cette situation, le gouvernement de Macron continue dans cette logique en imposant une gestion pro patronale de la pandémie. À leurs yeux l’hôpital public est une marchandise, un « budget », bien au contraire en plein « raz-de-marée » épidémique il est important d’affirmer que la santé est un droit universel.

Nombreux sont les personnels hospitaliers qui dénoncent le manque de moyens, les urgentistes du CHU de Rouen ont démarré récemment une grève illimitée « pour protester contre la dégradation de [leurs] conditions de travail et le manque de moyens humains et matériels ». Face au gouffre dans lequel se trouve l’hôpital public en pleine flambée de l’épidémie, à l’image des agents hospitaliers de Rouen - et bien d’autres depuis des années- il est nécessaire de revendiquer un investissement massif dans les services de santé. Des moyens pour d’une part pour revaloriser les métiers de la santé en titularisant les emplois précaires, en intérim et en augmentant significativement les salaires pour permettre des embauches massives. Enfin d’une autre part pour donner le matériel et l’encadrement nécessaire pour garantir des conditions de travail satisfait et la qualité de soins. Des financements importants qui doivent reposer entièrement sur le grand patronat qui a continué à s’engraisser pendant la crise sanitaire et a profité - au contraire des services de santé - de « l’argent magique » déboursé par le gouvernement.

Porter un programme sérieux pour la santé face à l’urgence actuelle

La vaccination reste indispensable pour faire face à la Covid-19 et freiner son avancée. Si Omicron réussit à contourner par ses nombreuses mutations les défenses immunitaires du vaccin qui diminue avec le temps, la troisième dose est importante pour limiter la diffusion du virus et la sévérité des symptômes. Encore plus important dans ce cadre, la levée des brevets sur le vaccin et l’expropriation des laboratoires sont nécessaires pour permettre au monde entier d’avoir accès à la vaccination. Deux mesures centrales pour la mise en place des plans de vaccinations mondiales et mettre fin aux profits morbides des grandes industries pharmaceutique sur le dos de la santé de milliard d’être humain mais aussi empêcher l’émergence de variant comme plus dangereux comme Delta et Omicron.

Si la vaccination est indispensable elle doit se combiner avec une stratégie sanitaire sérieuse et cohérente. Au vu de l’évolution exponentielle des contaminations le pari que la campagne de rappel vaccinal sera plus rapide que l’épidémie est déjà dépassée. Malgré le fait que le gouvernement en prenne acte il maintient sa politique made in Medef et autoritaire qui nous mène droit dans le mur. Comme nous le disions hier : il nous faut imposer les sujets que le gouvernement évite.

A commencer par la rentrée scolaire dont le gouvernement a définitivement écarté le prolongement des vacances pour maintenir la garderie du Medef. Alors que les variants circulent grandement avec les enfants et les jeunes plus généralement aucune annonce sérieuse n’est mise sur la table. La situation est similaire dans les universités où Frédérique Vidal a annoncé le maintien des partiels en présentiel janvier. De même, si ce n’est la minime annonce de l’interdiction de la consommation dans les transports, le gouvernement se contente d’en appeler à la responsabilité individuelle alors même que ces derniers, « lieux de sur-risque de contamination » sont bondés. Face à la fuite en avant orchestré par le gouvernement et le Medef nous devons imposer des protocoles sanitaires adaptés et organisés par les travailleurs et les usagers eux-mêmes en lien avec les personnels de la santé et accompagnés de l’investissement humain et matériel qui en découle.

Pour la lutte contre la diffusion du virus nous devons nous attaquer à la transmission par aérosol par la distribution de masques FFP2 gratuitement, de gel hydroalcoolique, l’installation de capteurs de CO2 et des filtres HEPA (High Efficiency Particulate Air Filters) en premier lieu dans les hôpitaux et partout dans les lieux publics, les entreprises, écoles, universités ou transports en commun. De la même manière il est important d’assurer un accès gratuit à tous et toutes aux tests antigéniques mais surtout PCR ainsi que de mettre les moyens nécessaires pour répondre à l’augmentation de la demande et assurer leur réalisation. Ces mesures sont centrales pour limiter au maximum les chaines de contaminations, pouvoir les surveiller, les casser mais surtout empêcher en amont le débordement des hôpitaux afin de ne pas arriver aux tries des patients voire pire…

Comme nous le disions la semaine dernière il nosu faut un programme sanitaire à la hauteur qui « place l’auto-organisation en son coeur et porte des revendications par le bas et ne rien attendre de ceux qui nous ont condamnés à la situation actuelle, le gouvernement et le MEDEF. Le début du premier confinement avait été l’occasion, dans certaines usines, d’avancer des revendications ouvrières consistant à réorienter la production vers les matériels nécessaires au secteur de la santé. En Argentine, des usines sous contrôle ouvrier avaient ainsi pu produire du gel hydro-alcoolique et des masques. Aujourd’hui, ces revendications de solidarité doivent revenir à l’ordre du jour : il s’agit de construire des comités à la base dans les entreprises, dans les usines, dans les écoles et sur tous les lieux de travail pour mettre en oeuvre des protocoles sanitaires pensés à la base pour répondre à l’urgence. De tels cadres permettraient de remettre au coeur ceux qui sont les seuls à même de pouvoir répondre à cette situation d’urgence, les travailleurs en lien avec les personnels hospitaliers, ceux qui sont en première et deuxième lignes de la crise. »

Si le gouvernement fait preuve de déni face au risque dévastateur de la double vague sur les hôpitaux il en va de la responsabilité des organisations politiques et syndicales de gauche de s’emparer de ce programme et de s’opposer radicalement au gouvernement et son ami le Medef. D’autant plus la colère présente dans les hôpitaux depuis des années n’est qu’encore plus renforcée à chaque annonce méprisante du gouvernement. Régulièrement divers services hospitaliers sont mobilisés pour dénoncer cette situation et revendiquer plus de moyens à l’image des urgentistes du CHU de Rouen ou encore de sage-femme en grève toute cette semaine. De plus en plus de collectifs de soignants s’organisent à la base ces deux dernières années. Les luttes par secteur se multiplient mais ne sont toujours pas accompagnées d’un plan de bataille global des directions syndicales qui préfère les tables de négociations de l’Élysée.

Pourtant seul un plan de bataille global au-delà du seul secteur hospitalier pourra imposer le programme sanitaire à la hauteur de la situation dont nous discutons. Un plan concernant l’ensemble des secteurs de la première et de la seconde ligne qui s’attache à construire le rapport de forces par la la grève et l’auto-organisation pour imposer des moyens partout où il en faut.




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