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Edito

Face aux attaques dans l’aéronautique, refuser les licenciements et le chantage à l’emploi

Plusieurs sous-traitants aéronautiques viennent d'annoncer de nouvelles attaques contre les salariés, dans le sillage de l'APC à Derichebourg et des licenciements chez Daher. Le 9 juillet, la CGT appelle à la mobilisation.

vendredi 26 juin

Crédits photo : David Ryder/AFP

Le transport aérien s’étant effondré durant les périodes de confinement, c’est aujourd’hui un lieu commun que de parler de la crise économique qui couve dans l’aéronautique. Les commandes sont annulées les unes après les autres, les perspectives pour l’aérien particulièrement floues (notamment en ce qui concerne le secteur touristique) et les projections les plus pessimistes avancées, dans les premières semaines d’arrêt des vols au mois de mars, tendent à devenir des scénarios raisonnables, un retour à la normale pré-covid n’étant pas attendu avant au moins quatre ans ! Des hypothèses qui font débat sur la profondeur de la crise, conjoncturelle pour certains (uniquement liée à la pandémie de Covid-19), structurelle pour d’autres (le Covid venant plutôt comme un accélérateur des faiblesses d’une filière qui spécule sur l’apparition d’une classe moyenne asiatique et l’augmentation constante des voyageurs, une spéculation aujourd’hui mise à mal) : dans tous les cas, l’aéronautique se trouve à court comme à long terme certainement, dans une situation de surcapacité productive. Une situation à laquelle les capitalistes répondent par des baisses de salaire et des licenciements (sous des formes variées). Le patronat aéronautique a été vif pour entamer l’offensive, lui qui a par ailleurs pesé de tout son poids pour ne pas fermer les usines au plus fort de la propagation du virus pour construire des avions qui n’allaient de toute façon pas voler. Daher et Derichebourg Aeronautics Services ont été les premiers sous-traitants à annoncer des attaques d’envergure contre les salariés : 3000 licenciements chez le premier, un Accord de Performance Collective revenant sur de nombreuses primes qui faisaient la rémunération des ouvriers.

De l’art de « ne pas gâcher une crise »

La phrase était de l’ex-PDG d’Airbus, Tom Enders lors d’un Forum Economique Mondial à Davos en 2012. Ne pas gâcher la crise, c’est le défi que se lancent les patrons et les actionnaires du secteur. La structure particulière de la filière (quelques gros donneurs d’ordre, Airbus en tête, et une myriade d’entreprises sous-traitantes) permet au patronat des prestataires et des sous-traitant de jouer la carte du « moindre mal », leur dépendance envers Airbus servant de couverture pour affirmer qu’il n’y a pas d’autres solutions. Ceux-là n’hésitent même pas parfois à se prendre au rôle de défenseurs de l’emploi, comme à Daher où Didier Kayat, à qui il reste la tâche de licencier 1300 salariés, espère descendre en-dessous des 1000 licenciements... Même scénario à Derichebourg où Pascal Lanette, et ses relais chez FO prétendre protéger l’emploi en attaquant les salaires et les conditions de travail.

Chez les salariés de l’aéronautique, la hantise des licenciements est palpable. Les ouvriers aéronautiques ont été « épargnés » par la crise qui a pu toucher d’autres secteurs, les avionneurs continuant à bénéficier de larges carnets de commande. Aujourd’hui, la peur commence déjà à faire place à la colère ! Le chômage partiel a déjà pesé lourdement sur les salariés du secteur qui travaillent en général plus que les 35 heures sur la base desquelles est calculé le chômage partiel, de même que leur rémunération est largement composée de primes qui sautent à cette occasion. Le fait de payer pour un patronat riche à milliards, qui a fait de larges bénéfices depuis des années et versé de généreux dividendes aux actionnaires, passe mal. De même que le secteur a régulièrement reçu de confortables aides de l’Etat, qui reste à son chevet pendant la crise avec un plan de 15 milliards d’euros pour les très gros et qui va venir, comme pour Renault dans l’automobile, venir subventionner ceux qui licencient.

La production et les orientations d’Airbus rythment la vie de l’aéronautique. Un ralentissement de l’activité est prévu au mois d’août, ce qui laisse présager une vague d’annonce d’attaques à la rentrée mais d’ores et déjà, plusieurs entreprises se sont positionnées dans le sillage de Daher et Derichebourg. Chez Airbus, les doutes planent encore (les intérimaires n’ont pas eu ce luxe et une écrasante majorité a été renvoyée), Guillaume Faury, l’actuel PDG, a annoncé dévoiler le plan de la direction avant la fin juillet. Chez des entreprises sous-traitantes comme la CIM, DSI , Athos (Expleo), Blanc Aero, PGA Astronics des APC ou des PSE ont déjà été annoncés. Partout la logique est la même, menacé de licenciements pouvant aller jusqu’à la moitié des effectifs, et éventuellement proposer comme un « moindre mal » le renoncement à de nombreux droits et à une partie du salaire. Ce discours y est souvent soutenu par les syndicats majoritaires (régulièrement FO, bien qu’il faille mentionner que ce dernier a refusé l’APC chez Athos) qui sont ceux qui signent ces accords de performance, permis par les ordonnances Macron et en lesquels le patronat a trouvé un incroyable outil à briser les conditions de travail.

Face à cette situation, les salariés de Derichebourg Aeronautics Services ont fait leur ce mot d’ordre : « on ne négocie pas le poids des chaînes ». C’est ce qu’ils sont allés porter devant plusieurs sites aéronautiques toulousains pour commencer à transmettre l’expérience de leur lutte à leurs collègues, première résistance à l’offensive patronale. Une prise de conscience essentielle que le combat contre les licenciements, contre les baisses de salaire ne pourra pas se mener entreprise par entreprise. Si le travail aéronautique a été particulièrement divisé (par le recours à la sous-traitance, à l’interim et aux contrats précaires), sans ces ouvriers, il n’y a pas d’avion. Les patrons jouent de la concurrence entre les entreprises pour menacer du mécontentement du « client » (le donneur d’ordre) ou la nécessité de prendre de vitesse la concurrence. Les attaques étant les mêmes partout, la riposte peut et doit être d’ensemble, la lutte, coordonnée.

Par ailleurs, le système de sous-traitance permet aussi, au besoin, de faire porter le poids de la crise d’abord sur un patron potentiellement en faillite qui le fera porter encore plus durement sur ses salariés. Les ouvriers ont le droit de connaître les moindres secrets de la comptabilité de tout le patronat aéronautique ! Pas seulement des patrons prêts à mettre la clef sous la porte qui ont des armées de comptables pour justifier de prétendues difficultés après des années de profits, mais bien de tout le patronat aéronautique, de la dernière entreprise sous-traitance aux plus gros donneurs d’ordre. S’il y a vraiment crise, où est passé les milliards accumulés depuis des années qui n’est le produit que du travail de ceux qu’on veut licencier aujourd’hui ?

Le rythme des annonces n’est évidemment pas anodin, les patrons essayent de jouer, la sidération mais aussi la montre pour diviser les ouvriers, pour que le « sauvetage individuel » (où se recaser, dans quel secteur se former pour trouver un nouveau travail si l’aéronautique s’effondre ?) prenne le pas sur les solutions de lutte collective. Ce lot d’annonces avant l’été a un sens précis. Mais l’ampleur de la crise laisse peu de chance aux solutions individuelles. Quand la moitié des salariés d’une entreprise sont menacés d’être mis à la porte et que la situation est la même dans l’entreprise voisine ou encore que les seuls postes disponibles seront ceux qui, suite à un APC, permettent à peine de survivre, il devient clair qu’il faut refuser le chantage tous ensemble. La région toulousaine est particulièrement attentive à la situation dans l’industrie aéronautique (il ne faut toutefois pas oublier les autres bassins industriels aéronautiques, notamment à Saint-Nazaire, autour de Marseille, autour de Clermont-Ferrand, en région parisienne pour ne parler que de la France), puisque de nombreux emplois induits et indirects dépendent des plus de 100.000 emplois aéronautiques en Occitanie. Après la lutte des Derichebourg, des premières perspectives de lutte se dessinent avant l’été, à la fois ds résistances immédiates aux attaques mais aussi un moyen de commencer à coordonner les secteurs et préparer les batailles, très dures à n’en pas douter, qui se profilent pour l’automne et l’hiver prochains. En ce sens, la CGT aéronautique appelle à une journée de manifestation pour l’emploi le 9 juillet prochain qui doit aller en ce sens, pour refuser tous les licenciements et toutes les baisses de salaires.




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