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Politique

Attentats à Paris et réactions sur les réseaux sociaux

Facebook. Pourquoi nous ne sommes pas bleu-blanc-rouge

Sarah Macna Depuis les attentats, les hommages et les réactions de multiples anonymes ont fleuri un peu partout, et notamment sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, ce sont les photos de profil aux couleurs du drapeau bleu-blanc-rouge qui sont apparues et se sont multipliées. Un drapeau que l’on a pu retrouver également sur les lieux de recueillement en hommage aux victimes, ainsi que sur nos écrans de télévision.

lundi 16 novembre 2015

Tricolore, de quelle unité parle-t-on ?

Ce drapeau et ces couleurs n’ont certainement pas la même signification pour tous ces profils Facebook. Pour certains, parmi les plus réactionnaires, le drapeau signifie la revendication d’une nation mythifiée, de « tradition judéo-chrétienne », de blancs aux yeux bleus, excluante et raciste. C’est le drapeau de ceux que l’on a pu voir réapparaître à Metz ou à Lille pendant les rassemblements en hommage aux victimes. De ceux qui déjà depuis plusieurs années s’attaquent aux mosquées et aux femmes voilées. De ceux qui dans le même temps ont paradé pour « la famille » en rose et bleu pendant les Manifs pour tous, contre l’égalité des droits et en soutien à l’autorité patriarcale et homophobe.

Pour d’autres, il s’agit de soutenir l’État et le gouvernement. Celui-ci cherche en effet à tout prix ces derniers jours à se montrer « fort » contre la guerre qu’il a pourtant lui-même lancée – en Syrie, au Mali ou ailleurs. Les couleurs du drapeau viennent alors témoigner d’un soutien, inconscient ou non, à l’immense arsenal répressif qu’est en train de mettre en place le chef de l’État, avec déjà une centaine de perquisitions qui ont eu lieu depuis vendredi et les interdictions de manifestations et de rassemblements qui tombent chaque jour, sans compter les rumeurs parlementaires parlant d’un prolongement de l’état d’urgence pendant trois mois. Et plus encore, le drapeau prend la couleur kaki des soldats français partis bombarder la ville de Rakka et qui sont en train de faire vivre à ses habitants, qu’ils soient islamistes ou non, ce que nous avons vécu à Paris pendant quelques heures, multiplié à l’infini.

Pour d’autres encore, nous ne pouvons nier que le Facebook tricolore témoigne d’une envie de « rassemblement » et « d’unité » contre la douleur qui a touché directement ou indirectement la population de la capitale. Le drapeau cherche alors à jouer le rôle de rassembleur contre des éléments « extérieurs » qui nous diviseraient. Mais de quel rassemblement, de quelle unité parle-t-on ? Avec ceux cités plus haut, qui dès à présent vont profiter de l’émoi pour s’en prendre à ceux dont la couleur de peau ou la religion ne leur revient pas ? Avec ceux dont les bruits de bottes chercheront à nous faire marcher au pas vers la guerre ?

Un drapeau aux couleurs de la boucherie, depuis bien longtemps

Mali, Centrafrique, Irak, Lybie, Syrie. Une guerre par an depuis l’élection de Hollande. Nous sommes en guerre, oui, et nous n’avons fait que fermer les yeux trop longtemps devant cette réalité. Dans tous ces pays et bien d’autres, le bleu-blanc-rouge n’est que la couleur des uniformes, des tanks et des mitraillettes. Leur vernis « démocratique » et « progressiste », ressorti à chaque grand discours de départ en guerre pour mieux cacher les intentions géostratégiques et économiques réelles, ne change rien à cela.

D’un gouvernement à l’autre, l’État français et son drapeau restent les mêmes, ceux de la colonisation (légalisée ou non), de l’exploitation des richesses et des peuples, de la répression des volontés d’indépendance nationale. Dans l’Hexagone lui-même, ils restent ceux du contrôle au faciès, de la militarisation des banlieues, de la police raciste et de sa justice de classe.

Le drapeau français est un drapeau de guerre, en interne contre ceux qui ne rentreraient pas dans le rang, et vers l’extérieur pour la défense de notre statut de puissance impérialiste. Et si nous n’avons rien fait pour, nous n’avons néanmoins pas lutté contre depuis bien longtemps.

Leurs guerres, nos morts : pour une minute de silence aux couleurs de l’internationalisme

Pourtant, Paris n’a pas toujours été la ville du bleu-blanc-rouge et de la guerre. Dans les années 2000, en France et dans d’autres pays, un mouvement anti-guerre avait vu le jour contre l’intervention en Irak suite aux attentats du 11 septembre à New-York. À l’inverse de cette déferlante de bleu-blanc-rouge sur Facebook, c’est de ce type de mouvement dont nous aurions besoin aujourd’hui. Le sang versé vendredi soir n’a ni couleur de peau, ni religion, ni drapeau, quoiqu’en dise l’organisation ultra-réactionnaire qui en est à l’origine. C’est un sang rouge, comme tous les autres, ni plus ni moins civilisé qu’un autre, mais versé et instrumentalisé par les mêmes, de Daech ou de France, qui cherchent à nous faire marcher au pas par la peur. Notre réponse doit donc être celle de la solidarité et de l’hommage à toutes les victimes, d’ici ou d’ailleurs, qui meurent sous les balles « made in France », qu’elles soient tirées par les soldats français ou par ceux de Daech. C’est l’esprit du mouvement de Leonarda et Khatchik, celui de la solidarité, qu’il nous faut relancer.



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