^

Politique

Crise du monopole Facebook

FacebookLeaks. Zuckerberg mise sur la toxicité de ses réseaux pour augmenter ses profits

La fuite d'une série de documents internes de Facebook publiés par le Wall Street Journal dévoile que l'entreprise a privilégié les profits par le biais de changements d'algorithmes au détriment de la sécurité ou encore qu'elle est consciente qu’Instagram génère de l'angoisse et de l'anxiété chez les adolescentes.

jeudi 7 octobre

Traduction de l’article de La Izquierda Diario : Filtración.Facebook no solo se cae : se está hundiendo y se vuelve más peligroso

Si l’actualité de lundi était le crash des applications gérées par Facebook, ces dernières semaines, l’entreprise a été sous le feu des projecteurs suite aux fuites de rapports montrant que la recherche du profit passe avant tout pour le géant des réseaux sociaux. D’une part, avec des changements d’algorithmes qui visent à mettre en avant les messages haineux et d’une autre en ne prenant pas en compte un rapport interne sur l’impact d’Instagram sur les adolescents.

La fuite par une ancienne employée de plusieurs documents internes de Facebook au Wall Street Journal a déclenché le dernier scandale en date pour le réseau social, révélant au public que l’entreprise agit en réalité très différemment de son discours officiel.

Que révèlent les documents de Facebook ?

La principale conclusion que l’on peut tirer de cette fuite de documents est que les dirigeants de Facebook savent que les plateformes de l’entreprise (Instagram, WhatsApp et Messenger, ainsi que le réseau social lui-même) sont, dans de nombreux cas, préjudiciables aux utilisateurs.

Ainsi, l’élément qui a suscité le plus d’indignation parmi la presse et les réseaux sociaux est le rapport interne de l’entreprise qui détermine qu’Instagram est néfaste pour une partie de ses plus jeunes utilisateurs, et surtout "toxique" pour les adolescentes. Selon les rapports de l’entreprise, le réseau social de photos "exacerbe" les problèmes qu’une fille sur trois rencontres avec son image corporelle.

Autre révélation saillante : les changements d’algorithmes effectués en 2018 sous prétexte « d’améliorer la plateforme » ont eu le résultat inverse et l’ont transformée en un environnement plus négatif, favorisant les contenus encourageant la confrontation et l’argumentation.

M. Haugen a déclaré : « Il y avait des conflits d’intérêts entre ce qui était bon pour le public et ce qui était bon pour Facebook. Et Facebook a choisi à maintes reprises celles qui lui profitaient, pour faire plus d’argent ».

Elle a également noté que Facebook donne la priorité aux contenus comportant des messages « haineux », « diviseurs » ou « polarisants », car ils génèrent davantage de vues et d’interactions.

« Il est plus facile d’inspirer la colère aux gens que d’autres émotions (...) Facebook a compris que s’il modifie l’algorithme pour le rendre plus sûr, les gens passeront moins de temps sur le site, cliqueront sur moins de publicités et il y aura moins d’argent », a-t-elle ajouté.

Alors que les hauts dirigeants de Facebook, comme le PDG Mark Zuckerberg lui-même, ont déjà témoigné à de multiples reprises devant le Congrès américain et ont toujours défendu l’entreprise à bout de bras, les documents divulgués pourraient révéler des incohérences ou des contradictions avec ces témoignages. S’il est prouvé que des responsables de Facebook ont délibérément menti ou dissimulé des informations au Congrès, cela pourrait être considéré comme un délit de parjure.
Facebook a répondu de manière évasive à ces allégations, non pas par l’intermédiaire de ses dirigeants, mais par celui de son "équipe de réponse stratégique".

Tout d’abord, ils ont déclaré que les données de recherche étaient incorrectes et hors contexte, ce qui a rendu furieux les propres analystes de la société qui avaient travaillé sur les documents ayant fait l’objet de la fuite. Ils savaient que l’information était claire et précise, ce qui a créé un malaise au sein même des salons de discussion de l’entreprise et a obligé Facebook à revenir sur ses affirmations précédentes.

Les travailleurs de Facebook ont également été outrés par la réponse interne de l’entreprise à propos de l’influence d’Instagram. Selon le New York Times, la société a déclaré en interne qu’il était incorrect de dire qu’Instagram peut nuire à la santé mentale des adolescentes et que la chose correcte à dire était que « les adolescentes qui ont une satisfaction de vie plus faible sont plus susceptibles de dire qu’Instagram aggrave leur santé mentale ou la façon dont elles se sentent par rapport à elles-mêmes que les adolescentes qui sont satisfaites de leur vie ».

Facebook a donc un problème plus grave que le krach de lundi dernier, à savoir le naufrage sans fin de son navire amiral, ce qui l’amènera à approfondir toute méthode lui permettant de maximiser ses profits sans tenir compte des conséquences sur les utilisateurs.

Comme le note un chroniqueur du New York Times, : « l’entreprise a élaboré des stratégies de marketing à l’intention des enfants, qualifiant les pré-adolescents de "public précieux mais inexploité" [...] L’utilisation de Facebook par les adolescents aux États-Unis est en déclin depuis des années, et cette tendance devrait s’accentuer prochainement : des chercheurs internes ont prédit que l’utilisation quotidienne chuterait de 45 % d’ici 2023. Les chercheurs ont également révélé qu’Instagram, dont la croissance a compensé la baisse d’intérêt pour l’application principale de Facebook pendant des années, perd des parts de marché au profit de rivaux à la croissance plus rapide comme TikTok, et que les jeunes utilisateurs ne publient plus autant de contenu qu’avant.  »

Cette chute n’indique pas que Facebook va sombrer du jour au lendemain, mais une entreprise de sa taille qui traite les données sensibles de milliards de personnes dans le monde de manière pour le moins non transparente et qui privilégie ses profits par-dessus tout, représente un danger potentiel. Un danger qui, comme le montrent les rapports, fait déjà souffrir des personnes, et qui semble devoir s’aggraver encore à mesure que ses applications deviennent moins rentables.




Mots-clés

Réseaux sociaux   /    Facebook   /    médias   /    Politique