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Politique

A quoi joue le gouvernement ?

Faire mal et faire peur : Hollande et ses flics veulent éviter la jonction entre jeunes et salariés à la rentrée et lors du 28 avril

« La France se porte mieux ». C’est ce que Hollande avait le culot de soutenir du plateau de France 2, hier soir. A ce niveau-là, on aura compris que ni lui, ni son gouvernement ne sont à une contre-vérité prés. Du coup, alors que trois-quarts des Français sont contre la Loi Travail, les jeunes qui manifestaient, hier, dans plusieurs villes, sont minoritaires, les lycéens sont des violents et les flics de pauvres victimes de jets de projectiles. « Plus c’est gros, plus ça passe », telle semble être la nouvelle maxime de l’exécutif. Mais que cherche le gouvernement en tapant aussi dur sur des jeunes ? Jean-Patrick Clech

jeudi 14 avril 2016

Et quand bien même on imaginerait que les « gardiens de la paix » sont là pour assurer la sécurité des manifs et que les « forces de l’ordre » sont censés garantir la sérénité des bons citoyens et des passants, force est de constater que les flics semblent tout faire pour provoquer et mieux gazer et matraquer tous azimuts (badauds inclus). La journée de mobilisation d’hier, à l’appel, fondamentalement, des lycéens en colère et de la Coordination Nationale Etudiante, n’a pas fait exception à la règle.

Mais les médias ont beau chercher et mentir, ni Le Midi-Libre, ni Ouest-France, ni Le Parisien n’ont su dénicher « plusieurs casseurs » dans les manifestations de Marseille, Nantes, Montpellier et Paris pour justifier une répression féroce : entravés dans le cours de leur manif, collés de prés par les policiers, « nassés » à plusieurs reprises et, pour certains, arrachés à leurs camarades et envoyés en garde-à-vue, les lycéens parisiens ont connu, dans le Nord de la capitale, une journée sous le signe du gaz au poivre, de la lacrymo et de la grenade assourdissante hier. Des scènes semblables se sont répétées dans les autres villes où la mobilisation, moins forte que lors des précédentes journées, calendrier oblige, a tout de même été au rendez-vous.

Quel objectif poursuit ce gouvernement, si l’on exclut qu’il chercherait, follement, la bavure ? La stratégie de Hollande tendant à rehausser d’un cran, à chaque manif, le niveau de répression, est avant tout court-termiste. Le gouvernement sait que, malgré l’extension dans le temps du calendrier des mobilisations interpro avec un prochain rendez-vous le 28 avril, il y aura de l’agitation, dans l’air, à partir du mois de mai, lors de la discussion parlementaire du texte El Khomri. Dans ce cadre, il s’agit, pour le gouvernement, que le mouvement y arrive le plus divisé et affaibli possible : avec le plus de syndicats s’estimant entendus ou négociant, avec le moins de jeunes possibles dans la rue et ce de façon à ce que la mobilisation des salariés retrouve son caractère routinier Répu-Bastille-Nation et s’essouffle.

Hollande connaît ses classiques et sait qu’une jeunesse remontée est capable d’entraîner, derrière elle. Il sait également combien elle peut s’avérer incontrôlable, de par sa radicalité et son influence sur le reste de la société. Par conséquent, plus elle sera prostrée et gazée, plus les « organisations de jeunesse » qui ont été reçues à Matignon pourront appeler à des promenades inoffensives pour mieux, au final, négocier complètement avec le gouvernement.

C’est la raison pour laquelle Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education, promet le Code pénal contre les lycéens mobilisés, que Thierry Mandon, pour l’Education supérieure, assure que les campus ne seront pas laissés aux gauchistes et que Cazeneuve fait fermer les métros, de nuit, dans la capitale, pour éviter le déplacement des manifestants. Tout ceci, bien entendu, est complété par des interpellations à la chaîne, des garde-à-vue sur mineurs ou jeunes adultes qui se prolongent au-delà de 24h et des comparutions immédiates qui ne manqueront pas de déboucher sur des peines lourdes si rien n’est fait pour appuyer les camarades qui passent en jugement.

C’est précisément pour toutes ces raisons que tous ceux qui sont pour le retrait de la Loi Travail devraient se prononcer, immédiatement, contre les violences et pour l’abandon des poursuites à l’égard de manifestants arrêtés. A Paris, a minima, Martinez, pour la CGT, Mailly, pour FO, Martinet, pour l’Unef, de même que l’ensemble des organisations de l’Intersyndicale et les élus qui la soutienne devraient faire immédiatement le tour des commissariats et des dépôts pour exiger que l’ensemble des interpellé-e-s ou gardé-e-s-à-vue soient libéré-e-s et exiger l’abandon des charges qui pèsent sur eux-elles. C’est ce qui devrait se répéter, à autre échelle, localement, ailleurs, même si, en province, certains syndicats sont déjà sur cette ligne, comme au Havre, par exemple.

C’est un impératif, pour le mouvement, de ne laisser aucun camarade sur le carreau. La répression ne nous fera pas peur car nous saurons y résister. Les manifestations systématiques devant les commissariats de police par les jeunes témoignent de ce nouvel état d’esprit, un peu plus réel que les « quatre vrais Français » triés sur le volet qui ont joué le rôle d’interlocuteurs de Hollande hier soir lors de son cirque médiatique organisé alors que les CRS matraquaient à République.




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